LES PSYCHOSES GASTRIQUES
des accès de dépression, de la tendance à rirritabilité el à Temportemeot, les dyspepsies peuvent développer une propension au suicide et surtout à la dipsomanie. 11 ajoute que les troubles dyspeptiques, qu'ils soient cause de la folie ou simplement développés chez des individus déjà aliénés, déterminent souvent le refus d'aliments et des illusions internes qui donnent aux malades la sensation que leur tube digestif est le siège de maladies singulières, qu'ils ont des animaux vivants dans l'estomac, que leurs aliments se putréfient, etc. La tendance au suicide serait encore la conséquence de ce retentissement'. Je ne pense pas qu'on soit en droit d'admettre une folie dyspeptique. Tout au moins n'ai-je jamais constaté chez aucun des dyspeptiques que j'ai pu suivre l'évolution vers la folie vraie des troubles mentaux qu'ils ont présentés.
u dipsoiiifmie. Cependant je serais assez disposée faire une exception pour la dipsomanie qui, dans un cas au moins, m'a paru avoir une indéniable origine gastrique. Un grand spéculateur étranger, que son entourage prenait pour un vulgaire buveur parce qu'il donnait de temps à autre le lamentable spectacle de son ivresse, me tint un jour à peu près ce langage : c On m'a fait la réputation d'être un ivrogne et pourtant je n'aime pas en principe les boissons alcooliques. Certes, je me suis grisé, mais beaucoup plus rarement qu'on ne le pense. Habituellement je ne bois que de l'eau à mes repas, sauf quand j'ai un travail important à fournir, auquel cas je prends du vin à mon déjeuner. Mais il y a des moments où je suis pris d'une irrésistible envie de boire du vin. Je puis prévoir ces sortes de crises; car elles suivent toujours une période de surmenage intellectuel et elles sont précédées d'une sensation de brûlure à l'estomac et au gosier, qui survient dans l'après-midi ou qui me réveille au milieu de la nuit, et parfois de renvois aigres très pénibles. Toutes les boissons non alcooliques, l'eau, le thé, le café, ne calment pas la soif intense que j'éprouve alors; seul, le vin rouge me procure un soulagement. Alors je commence à boire du vin rouge, et plus j'en bois, plus je sens le besoin de boire davantage. Maintes fois, j'ai voulu lutter; j'ai donné des ordres pour qu'il n'y eût jamais chez moi de vin à ma portée; mais, quand l'accès me prend, je suis capable de toutes les ruses pour satisfaire l'impérieux besoin qui m'obsède. Recherchez donc, ajouta-t-il, s'il n'y aurait pas derrière tout ceci une maladie de l'estomac ou un trouble digestif intermittent lié aux périodes de travail intellectuel exagéré. »
1. E. RÉ61S. — Manuel pratique de médecine mentale, p. 378, Paris, 1885.
Le malade avait, en effet, trouvé le secret de sa dipsomanie. Nous nous assurâmes que chaque période de travail trop actif était suivie d'une crise d'hypersthénie paroxystique ou périodique. Il se soumit au traitement, consentit même à suivre pendant plusieurs mois le régime lacté absolu, et voici trois années qu'il n'a plus présenté de crise de dipsomanie.
Je ne veux pas généraliser; mais cet exemple est bien fait pour attirer votre attention sur l'estomac des dipsomanes et les rapports de causalité qui peuvent exister entre la névrose et la dyspepsie. Et, si j'ai insisté sur tous ces exemples, c'est pour vous montrer que l'hypochondrie, la dipsomanie et peut-être quelques autres troubles mentaux sont susceptibles d'être améliorés quand on peut faire intervenir la dyspepsie dans leur étiologic.
Les Parmi les troubles psychiques qui semblent
haiiuciiiations. j^pg^dro dc la dyspcpsic, je vous citerai encore certaines hallucinations, en particulier celles décrites par Maury sous le nom d'hallucinations hypnagogiq'ues. Elles précèdent immédiatement le sommeil, sont purement visuelles et silencieuses. Au moment de s'endormir, le malade voit défiler de droite à gauche des images passagères, aussi variables dans leur forme que dans leur expression. Tantôt ce sont des apparences colorées, généralement rouges, d'abord confuses, mais qui se précisent bientôt assez pour représenter des visaj^es qui s'approchent lentement et disparaissent dès qu'on cherche à les fixer. Puis le malade s'endort. Et le sommeil est souvent troublé par des cauchemars, des rêves pesants, tristes ou terrifiants, dans lesquels domine la sensation de chute, de poursuite ou de fuite avec une invincible lourdeur des jambes, et qui se continuent vaguement au moment du réveil.
Les éléments du traitement. — Le traitemeiii anti-dyspeptique. — Les laxatifs cholagogues. — Les irrigations intestinales. — Les toniques nervins. — Les modérateurs réflexes. — L'hygiène physique et morale. — Le traitement hydrologique.
Les éléments Lc traitement implique la médication anti-dyspep-
du traitement. . • • * r « i • • , .
tique appropriée, une severe hygiène physique et morale ainsi que l'intervention de certains actes médicamenteux. Voici ses principaux termes :