Debove et Rémond. — Lavage de Testomac, 1892, p
Je VOUS ai déjà dit que je n'étais jamais parvenu à intoxiquer d'animaux avec le produit de la digestion stomacale. Grumprecht injecte à des animaux des liquides recueillis dans l'estomac d'un tétanique, et ni ces liquides, ni leur extrait alcoolique ne provoquent aucun symptôme ^ La méthode des injections veineuses est de plus un détestable moyen d'étude, puisqu'elles sont capables de provoquer des convulsions, quand bien même elles sont pratiquées avec de la simple eau distillée. Injectez cette soi-disant pepto-toxine sous la peau des animaux en expérience, vous ne provoquerez pas de convulsions.
Pour expliquer la tétanie survenant chez des malades qui ne prennent pas d'alcool, il faut supposer que l'alcool se forme directement dans l'estomac, ce qui n'a pas été démontré. Puis Cassaét et Ferré ont trouvé le poison de Bouveret et Devic dans le contenu stomacal d'un hyperchlorhydrique hypersécréteur qui ne présentait aucun symptôme de tétanie. Enûn Fleiner, Queirolo*, Sievers' n'ont rien vu dans leurs cas récents qui confirmât la théorie toxique.
On objectera, en faveur de l'auto-intoxication, que Ewald et Jacobson^ ont trouvé dans l'urine d'un individu atteint de crises de tétanie un alcaloïde qu'ils ne rencontraient plus en dehors des crises. Malheureusement pour la théorie, le malade n'était pas hyperchlorhydrique et l'alcaloïde n'était pas toxique. Et, si Grumprecht'^ a constaté que la toxicité urinaire était augmentée dans un cas de tétanie pendant les crises, il a retrouvé la même toxicité après la guérison.
Un dernier argument : Von Mering^ a provoqué des accès de tétanie chez des chiens à qui il avait pratiqué une fistule duodénale et chez qui, par conséquent, le contenu stomacal s'écoulait au dehors. Bref, la théorie de l'auto-intoxication nerepose sur aucun fait démonstratif; elle est contredite par les expériences que j'ai faites avec Kuss, par une expérience très significative de Debove et Rémond qui n'ont pu intoxiquer des cobayes avec le contenu concentré de l'estomac d'un dyspeptique qui avait des contractures musculaires dans les membres, non plus qu'avec l'extrait alcoolique de ce contenu, et par l'expérience de Grumprecht et dé von Mering, etc. Elle a, enfin, la thérapeutique contre elle. C'est donc une simple théorie de mode.
1. Frenkcl, sans vouloir tirer de conclusions fermes de ses expériences, souligne que les liquides de rétention sont assez peu toxiques, souvent moins toxiques que le liquide gastrique après repas d'épreuve. (Séméiologie et thérapeutique des maladies de Vestomac, Paris, 1900.)