LEUR SYMPTOMATOLOGIE LEUR DIAGNOSTIC ET LEUR TRAITEMENT
Les retentissements oculaires. — L'asthénopie musculaire et accommodative. — Les scotomes. — La pseudo-conjonctivite. — Les troubles de la sensibilité rétinienne.
Lgg II n'est pas jusqu'aux fonctions visuelles qui ne
'^^^ôc^T'**" puissent être influencées par les dyspepsies et, dès 1 887,
Grandglément, dans une communication à la Société d'ophtalmologie de Paris, donnait de ces troubles une description fort complète. Suivant cet éminent ophtalmologiste, les troubles visuels d'origine gastrique peuvent se ranger sous quatre chefs.
Laathénopie ^cs plus fréqucuts sout dcs symptômcs d'asthé-
muscniaire nopic musculairc et accommodative avecendolo-
et acoommodative. *
rissement du globe de l'œil, douleurs péri-orbitaires, photophobie et sécheresse de l'œil. Cet état d'asthénopie présente ceci de spécial qu'il revient par crises de durée variable, entre lesquelles il ne reste aucune trace du trouble visuel. La crise débute par une certaine difGculté à lire ou à écrire à la lumière, à fixer les objets à courte distance; puis surviennent les douleurs oculaires et sus-orbitaires, accompagnées d'une sensation très pénible de tension dans l'œil, de rougeur des conjonctives et des paupières, le tout se cahnant
LES RETEiNTlSSEMENTS OCULAIRES 705
rapidement quand on ferme les yeux dans Tobscurité ou quand le patient se place dans le décubitus dorsal.
L«8 Booiomes. ^® sccoud Ordre de troubles visuels consiste en
scotomes ou mieux en semi-anesthésie de la rétine. Un de mes malades me racontait, à ce propos, quelle curieuse et pénible sensation visuelle lui annonçait, à coup sûr, l'arrivée d*uDe crise gastrique. C'était une sorte d'ondulation vibratoire siégeant presque exclusivement dans la partie interne du champ visuel et finissant par obscurcir la vision en ôtant tout contour aux objets. 11 essayait de fixer un point quelconque, et ce point, d'abord visible, s'effaçait rapidement. Il y avait dans les débuts de ces phénomènes quelque chose d'analogue au scotome scintillant, àcause de l'apparence brillante des ondulations; mais bientôt ce scotome prenait un caractère personnel caractérisé par l'obnubilation visuelle et l'absence de vertige ou de migraine consécutive.
upssado- Le troisième ordre de réflexe oculaire consiste en
oonjoncuvite. ^^^ brûlurc dcs paupières, avec sensation de gravier et larmoiement, réalisant la symptomatologie d'une conjonctivite sans autre manifestation inflammatoire qu'un peu de rougeur de la conjonctive et des paupières.
Les troubles Sous Ic quatrième chef se groupent trois ordres de
*** rttîSir"^** phénomènes qui sont :
A. — L'apparition d'une espèce de brouillard qui voile momentanément la vision. — B. Une lenteur pénible de l'œil à s'accommoder à la vision approchée. — G. Une persistance anormale des sensations colorées.
La migraine ophtalmique. — Les particularités symptomatiques. — Les anomalies de la crise. — La pathogénie. — Le traitement causal.
— Le régime et Thygiène. — Le régime lacté et Tcau chaude. — Le traitement oculaire. — Les agents physiques. — Le traitement de Faccès.
La migraiiie Aux obscrvatious dc Grândglément dout VOUS aurez
ophtaiiniqae. gouvent Toccasiou de constater l'exactitude, j'ajouterai encore que la migraine ophtalmique est fréquente chez les dyspeptiques. Comme tous les troubles précédents, elle affecte rarement
les grands dyspeptiques, les hypersthéniques permanents ou cachectiques, et frappe bien plutôt les hypenthéniques aigus et périodiques et les dyspeptiques par fermentation.
Les Celte migraine ophtalmique d'origine gastrique mé-
s^omauqaes Hte d'être individualisée, car elle a une manière d'être
d0 la crise, q^j la différencie des formes classiques. Elle est précédée d'une sorte d'au r a singulière, par une sensation de légèreté, de lévitation; il semble que les pieds ne louchent .pas le sol et, cependant, les membres éprouvent déjà comme une lassitude. Puis, rapidement, l'un des deux yeux ou tous les deux, à la fois ou successivement, semblent être flanques d'une œillère interne, ou encore c'est une ombre qui envahit de dehors en dedans le champ visuel. Le cœur se met à battre plus vite, et cette palpitation presque douloureuse est interrompue à chaque instant par des intermittences qui donnent l'angoisse d'une suspension momentanée de la vie.
A ce moment parlent, du côté) externe de l'œil atteint, de longues lignes horizontales brisées, formées de cristaux brillants. Ces lignes sont animées d'un assez vif mouvement d'ondulation qui change bientôt leur direction et les transforme en cercles concentriques qui se meuvent toujours de dehors en dedans et donnent l'impression des ronds produits dans l'eau ensoleillée par une pierre qu'on y jette. A ce degré, une sensation nouvelle vient s'ajouter; l'œil semble énorme, saillant et devient douloureux.
Alors commence, dans le côté opposé à l'œil atteint, un fourmillement accompagné de raideur qui occupe le bras, la langue, les dents, le nez, etc. Cp symptôme impressionne vivement les malades, d'autant qu'il s'accompagne d'une semi-amaurose, d'oubli des mots, de perle de la mémoire, d'une grande difficulté à rassembler les idées et d'une douleur migraineuse siégeant au sommet du crâne du côté opposé à l'œil atteint. L'angoisse est à son comble; l'énervement du malade exaspère tous ces symptômes déjà si pénibles par euxmêmes; des vertiges, des tintements d'oreilles, un éloignement des bruits qui ne semblent parvenir à l'oreille qu'à travers des tuyaux, une difficulté de la parole compliquent cette triste situation. Puis surviennent généralement des nausées, des éructations, précédées ou accompagnées de crampes, de pesanteurs, de douleurs au niveau du creux de l'estomac, et le malade se met à vomir.
Les vomissements sont très acides; ils agacent les dents comme le ferait du vinaigre. Ils marquent le début d'une certaine détente qui s'accentuera peu à peu à la suite d'émissions abondantes et fréquentes d'uneurine aqueuse ou d'une garde-robe diarrhéique.
Mais cette crise laisse le malade épuisé pendant un à deux jours, avec un malaise général indéfinissable, une torpeur physique et iotellectuelle, et une diminution de la vue qui demeure ainsi troublée jusqu'au complet retour à la santé. Quand tout est terminé, le malade a un aspect jaune terreux et il lui faut plusieurs jours pour retrouver sa mine et son activité.
Chez la femme, les crises sont plus fréquentes et plus fortes à rapproche des règles. Mais elles se produisent aussi sans cause appréciable et affectent la plus grande irrégularité dans leur retour. Pourtant il est habituel de les voir se succéder pendant une période de temps qui sera suivie d'un plus ou moins long intervalle de repos.
L'examen ophtalmoscopique ne révèle aucnne lésion du fond de l'œil ni de ses milieux.
Les anomalies La fonuc que jc vicus de vous décrire est la plus deiacriae. fréquente de celles que j'ai observées; mais vous devez savoir aussi qu'elle offre divers degrés d'intensité, que certains des symptômes précédents peuvent manquer, que d'autres apparaissent, que les vomissements ne sont pas toujours acides, que le début peut différer, etc. Pour vous donner une idée des anomalies de cette crise, il est des cas où elle débute brusquement, sans cause, par une vive douleur dans les yeux ou mieux en arrière des yeux, comme s'ils étaient tiraillés en arrière ou latéralement par une violente contraction musculaire. Pendant la crise, il peut y avoir parésie temporaire du bras, incohérence momentanée, hémiopie temporale plus ou moins marquée, hallucinations de la vue ou de l'ouïe, amnésie, dysphasie, hémi-tremblement, etc.
Le diagnostic Quaud VOUS vcrrcz dcs malades qui accusent ces
symptômes, examinez leur estomac, scrutez ses fonctions, et il est bien rare qu'un examen attentif ne vous révèle pas Texistence d'une hypersthénie gastrique paroxystique ou périodique ou de fermentations gastriques. Mais il est des cas où vous ne trouverez aucun symptôme gastrique et où les relations entre les névropathies oculaires et les troubles de l'estomac passeraient inaperçues si vous n'aviez pas le soin d'étudier le chimisme stomacal qui deviendra alors un précieux moyen de diagnostic. S'il vous est impossible de pratiquer cet examen, remarquez que les accès oculaires coïncident avec de la constipation, des écarts de régime, l'abus de l'alimentation grasse, des féculents, des salaisons ou des crudités, qu'ils s'accompagnent d'une diminution de la quantité des urines et qu'ils sont, en général, calmés par le décubitus dorsal.
u patuogénie. Suivant les doctrines régnantes, on serait tenté de
rapporter ces troubles oculaires aune auto-intoxication d'origine dyspeptique, et il paraîtra même singulier que je n'indique pas ici le rôle si commode des toxines, des leucomaïnes, des ptomaïnes qui semblent tout indiquées comme agents pathogéniques décisifs en cette occurrence. La diminution de la quantité des urines avant les accès et la polyurie qui les suit paraîtraient même des arguments sans réplique en faveur de la théorie de l'auto-intoxication. Je me suis expliqué souvent déjà sur cette question des auto-intoxications digestives, et j'ai montré combien on l'avait exagérée en mettant sur le compte de toxines hypothétiques ce que l'on pouvait si facilement expliquer par des actes réflexes. Dans le cas actuel, je n'opposerai qu'un seul argument : c'est que les troubles oculaires sont presque exclusivement l'apanage des gastropathies superficielles et périodiques et qu'ils sont exceptionnels chez les grands dyspeptiques ayant des distensions permanentes, de la stase habituelle et par conséquent d'abondantes fermentations. J'ajouterai que les analyses d'urine pratiquées avant et après les crises ne m'ont pas montré qu'il y eût une décharge quelconque quand l'accès se termine. Chez une dame de vingt-quatre ans, atteinte de crises oculaires d'une grande violence, les rapports d'échange se chifirèrent ainsi :
Tableau XLVII. — Les rapports d^échange avant et après la crise
de migraine ophtalmique.
LES RAPPORTS D'ECHANGE
Coefficient d'oxydation azotée
— de déminéralisation totale. ....
— — chlorurée. . . .
— — non chlorurée
Ph'O^ : Azote total
Cl : Azote total
Ph*05 terreux : Ph^O^ total