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LES INDICATIONS DE LA PEPSINE — SES MODES D'EMPLOI - SES SUCCÉDANÉS

La décadence de la pepsine. — Réponse aux arguments de ses détracteurs.

La dôcadeaoe L» pepsifie a joué Rulrefois un rôle considérable dans de la pepsine, j^ traitement des maladies de rcstomac, tandis qu'aujourd'hui ce rôle est à peu près nul, puisqu'elle est presque abandonnée par la majorité des praticiens. Or la pepsine mérite-t-elie la défaveur ou elle est tombée? Et, sans revenir jusqu'à l'enthousiasme des temps passés, ne peut-on essayer de réhabiliter ce médicament déchu? Telle esl la question que nous allons examiner.

Lorque Corvisart introduisit la pepsine dans la thérapeutique, la confiance accordée au nouveau médicament fut telle qu'on alla jusqu'à dire : c Avec la pepsine, maintenant, on j[)eut se passer d'eslomac. > En effet, cette conception neuve des ferments solubles avait fait envisager sous un jour différent les actes de la digestion et relégué au second plan l'action de l'acide du suc gastrique. Mais les choses ont bien changé depuis Corvisart, et de Beurmann, qui a fait le relevé de la consommation de la pepsine dans les hôpitaux pendant le dernier

quart de siècle, nous a montré que son emploi était en perpétuelle décroissance. La pratique hospitalière s^est rapidement répercutée sur celle de la ville et plusieurs pharm<iciens que j'ai interrogés m'ont répondu que la consommation de la pepsine avait baissé d'environ 60 p. 100.

Les argomenu Quellc est la causc de cct énorme amoindrissement? de ses dètracuon. ^gg advorsaircs de la pepsine ont mis en avant un cerlain nombre d'arguments dont nous ne retiendrons que les principaux.

Les Béorétioiit Le premier de ces arguments, c'est que la et df u "(Ssine pcpsiuc cl THCl sout dcux produits de sécrétion engensontparauéies. jj-j^g simultanément. Qui juge la production de riICl juge aussi celle de la pepsine. Aussi, dans les recherches chimiques des dernières ann(^es, s'est-on occupé surtout des variations de l'ilCI, puisqu'on admettait comme vérité démontrée que la sécrétion de la pepsine devait suivre les mômes oscillations. Cette assertion vient encore d'être confirmée par Oppler* cl A. SchOle* qui déclarent que, dans les maladies d'estomac, la sécrétion de la pepsine marche parallèlement avec celle des deux autres principes essentiels du suc gastrique, l'IICI et le lab. Pour LiNossiER%les variations de la pepsine sont plus étendues que celles de THCI; elles sont de même sens, mais sans leur être proportionnelles, puisque le rapport des deux substances peut varier du simple au sextuple.

A cet argument, j'ai de nombreuses obj ections à opposer.

En premier lieu, dans les fièvres, la sécrétion de l'HCl s'arrête, et pourtant on trouve encore de la pepsine dans le contenu gastrique. Chez les tuberculeux, en particulier, la dyspepsie des périodes initiales est très fréquemment une hypersthénie gastrique avec liyperchlorhydrie ; lorsqu'il survient un accès lébrile, la fonction chlorhydrique est suspendue, mais la fonction peplique continue, ainsi que j'ai eu Poccasion de m'en assurer dans plusieurs cas.

En second lieu, d'éminents hisiologistes, au premier rang desquels J. Renaut (lie Lyon), pensent que la sécrétion de la pepsine et celle de rilCl ne se passent pas dans la m^me cellule, peut-être pas dans la même glande. 11 est vi*ai que ce n'est pas encore là une opinion définitive, mais le fait seul du doute a son importance.

1. Oppler. — Bcitragzur Kennlniss vom Verhalten des Pepsins bei Erkrankangen des Magens, Archiv par Verdauuufjskrankheiten, i. II, fasc. 1, 1898.

2. A. SchOle. — Uobcr die Pepsinabsonderung un normalen Magen, Z«iUcAri/Y /ûr iilinvxhe Medicin, t. XXXIII, fasc. 5 et B, p. 538, 1897.

3. LiNOSSiEH. — Hcchcrclic et doagc de la pepsine dans le contenu gastrique des dyspeptiques, Journal de physiologie et de pathologie générale^ mars lb99.

En troisième lieu, Thypothèse de l'absolue concordance entre les sécrétions de THCl et de la pepsine n'est pas sai^s rencontrer de sérieux contradicteurs. HASCHESopérant avec la méthode de Grûtzner, a trouvé que les variations de la pepsine sont plus limitées que celles de rilCl et que le liquide extrait de l'estomac à jeun est plus riche en ferment que le produit de la digestion d'un repas d'épreuve. Gintl* admet que les variations de la pepsine sont plus limitées que celles de riICI. Ainsi, dans l'hyperchlorhydrie, iL ne trouve pas d'augmentation de la pepsine, ce qui devrait être si les deux sécrétions: marchaient aussi parallèlement qu'on l'admet. G. Kôvesi soutient la même opinion qui est combattue par Lïnossier et par Oppler, lesquels constataient, au contraire, une augmentation nolable de la pepsine au cours de l'hyperchlorhydrie.

Enfin vous vous rappelez sans doute qu'à propos du dosage de la pepsine je vous ai fourni de nombreux chiffres qui montrent bien, d'une part, le défaut de concordance entre les variations de l'IICl et celles de la pepsine et, d'autre part, que la pepsine existe encore en quantité notable dans des sucs gastriques totalement anachlorhydriques.

Vous conclurez avec moi qu'on a trop négligé la recherche de la pepsine dans le contenu stomacal, puisqu'il n'est pas prouvé qu'elle suit les variations de l'HGl.

Le deuxième argument qui a été développé par ■• BouRGET au Congrès de médecine, de Lyon, en 1894, est que dans les estomacs les plus malades, même dans les cas de cancer ou de gastrite chronique invétérée, la pepsine ne manque pour ainsi dire jamais. Alors à quoi sert d'en fournir artificiellement à l'estomac, puisque celui-ci en renferme toujours naturellement?

Vous repnarquerez tout d'abord que ce deuxième argument constitue aussitôt une puissante objection au premier argument du pai^allélisme des deux sécrétions. Mais, en dehors de cela, il est luimême fortement battu en brèche; car, si Oppler, Lïnossier et moimême appuyons le dire de Bourget, si Gintl, sur 132 recherches faites chez 83 individus différents avec la méthode d'HAMMERSCHLAO, ne trouve absence totale de pepsine que dans 2 cas, au contraire G. KôvEsi^ sur 27 cas d'anachlorhydrie trouve la pepsine 3 fois normale, 11 fois diminuée, 13 fois absente. A. Schûle constate de la

1 . Hasche. -r- Mûnchener medicinische Wochemchrift, n» 33, 1893. ± GrNTL. — Archiv fur Verdauungskrankheiten, t. IV, 1898.

3. G. KÔVESI. — Untersuchuugen aus dem Gebiete der BlagenpaUiologte, Archiv fur Verdauungskrankheiten, t. V, fasc. 2, p. 190, 1839.

pepsine dans un cancer de l'estomac et dans un cas de catarrhe gastrique alcoolique, mais il ne peut retrouver ce ferment dans deux autres cas de cancer stomacal. D'autre part, G. Kôvesi trouve une quantité diminuée, mais encore sensible dans 3 cas de la maladie décrite par M. Einhorn* et Martius* sous le nom d'achylie gastrique et qui n'est autre qu'une des formes de notre dyspepsie hyposthénique. Mais, par contre, Martius écrit que la pepsine y manque au même titre que l'HCI. Oppler% dans 4 cas de gastrite chronique, arrive au même résultat. Riegel*, se rangeant à l'opinion courante, dit que les influences morbides atteignent beaucoup plus facilement THCl que la pepsine et que celle-ci ne manque que dans des cas exceptionnels. Enfin J. Troller' apporte deux observations à l'appui des assertions de F. Riegel. Ajoutons encore que les partisans de permanence de la pepsine disent que l'ppinion contraire de leurs adversaires repose sur une technique insuffisante*^.

Quoi qu'il en soit, je vous demande si l'on peut fonder l'ostracisme de la pepsine sur des opinions aussi divergentes.

Linittmté Le troisième argument s'appuie sur les re-

dawiM diîSïïoiia cherches de Heidenhain et de Ebstein pour qui la mu-

artmoieues. queusc stomacalc ne fabrique pas de pepsine, mais un produit spécial dit propepsine, qui secondairement, sous l'influence de l'HCI, se transforme en pepsine. Or, s'il peut arriver quelquefois que la pepsine manque dans Teslomac, par contre la propepsiae ne manque jamais. Il suffit donc, dans un estomac où la pepsine est insufQsante, d'ajouter de l'HCI, mais il est tout à fait inutile d'y mettre de la pepsine.

Cet argument est appuyé indirectement par les recherches de Ooorget'. Pour cet auteur, en admettant même que la pepsine pût faire défaut, il serait encore inutile d'en introduire dans l'estomac, des digestions artificielles lui ayant montré que la pepsine est plutôt gênante, qu'elle trouble les liquides d'épreuve et n'aide en rien la

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