‹ Les maladies de la nutrition. Les maladies de l'estomac, diagnostic et traitementChapitre 138 sur 177 · VINGT-DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

LES FERMENTATIONS GASTRIQUES LES MICROBES DE L'ESTOMAC — LE ROLE BACTÉRICIDE DU SUC GASTRIQUE

JoDsIdérations générales sur les fermentations gastriques.

QoniiJiièrauoiiB Lcs dyspcpsies par fermentation dont nous allons oénéraiea. j^^^g çccuper aujoufd'hui ne figuient dans aucun traité 2la3si({ue récent. On parle incidemment des fermentations aux chapitres réservés à la stase gastrique ou à la dilatation de Testomac ; on se livre à des considérations physiologiques et chimiques sur les fermenlations qui se passent dans l'estomac, à propos des procédés d'exaiiiea du contenu stomacal; mais, nulle part, il n'est question d'un ensemble clinique correspondant aux fermentations anormales qui se passent dans Testomac. Et, quand on en vient à la thérapeutique, celle-ci se borne à Tantisepsie stomacale.

J*ai essayé de combler provisoirement cette lacune dans mes premières Leçons faites, en 1894, à la Pitié, et dans le Traité de thérapeutique appliquée^ Mais, depuis lors, la question a fait des progrès et demande à être complétée.

Dans le plus grand nombre des cas, les fermentations anoiinales de Testomac ne constituent pas une espèce morbide définie, mais les

t. Albéït Robin. — Leçons sur le traitement des maladies de restomac, Bulletin génétal tle thérapeulique, 1896. — ID. Traitement des dyspepsies, Traité de thérapeutique appliquéÊ, L XII, 1897.

LES FERMENTATIONS GASTRIQUES Af

troubles qu'elles engendrent ont une physionomie personnelle et nécessitent une intervention thérapeutique spéciale. Elles peuvent s'observer au cours de toutes les dyspepsies, et Ton est même en droit de dire qu'il n'est pas de maladies de l'estomac qui ne puissent les pie ■ senter à titre de complications et que la connaissance du traite^ ment spécial à ces fermentations devrait logiquement suivre lo régime et la médication propres à chaque maladie gastrique. Mais, comme la dyspepsie par fermentations vicieuses existe quelquefois pour son propre compte et comme elle est alors capable d'induire dans l'estomac des troubles sécréteurs divers, j'ai pensé, pour ces deux motifs, qu'il était nécessai re de lui consacrer des L e ç o n s s p éciales, afin, d'une part, d'éviter des redites et, d'autre part, pour donner son caractère d'individualité à cette dyspepsie, puisqu'elle aflecte aussi la forme primitive.

Toutes les fois qu'il y a d'anormales fermentations gastriques, les conditions chimiques de la transformation des aliments se trouvent bouleversées, non d'une manière univoque, mais avec une grande variabilité, ce qui se traduit cliniquement par des apparences turl diverses qui se superposent aux symptômes des dyspepsies antéccdentesy quand les fermentations sont secondaires, ou qui évoluent pour leur propre compte.

Ces fermentations sont capables de causer les troubles les plus pé* nibles, parmi lesquels le plus apparent et en même temps le plus désagréable est certainement la flatulence. En outre,la présence dans l'estomac d'acides organiques divers jouant plus ou moins un rôle irritai t provoque également des accidents gastriques secondaires, et tout cela forme un ensemble d'une grande complexité parmi lequel nos devanciers avaient essayé de constituer deux groupes: la dyspepsie flatulente et la dyspepsie putride. Nous sommes loin, aujourd'hui, de ces dénominations surannées et nous ne manquons pas d'en sourire quand on les prononce devant nous; pourtant elles répondaient à une certaine réalité, et nous verrons plus tard qu'elles pourraient s'appliquer avec assez d'exactitude aux deux formes principales de dyspepsie par fermentation que les recherches chimiques et bactériologiques contemporaines nous permettent de constituer.

Mais n'anticipons pas, et commençons l'étude des fermentations gastriques en nous occupant des micro-organismes de l'estomac, de leurs aptitudes, des produits qu'ils engendrent, toutes connaissances dont nous chercherons ensuite l'application clinique et thérapeutique.

Les microbes de restomao. — Les sarciocs. — Les principaux travaux de microbiologie gaslrique. — Les microbes producteurs d'hydrogène sulfuré.— Le rôle digestif des microbes. — Le rôle bactéricide du suc gastrique. — Conclusions.

ccnsidérattoDs L'estomac contient, à l'état normal, de nombreux

générales. microbcs qul ne sont pas sans influence sur la digestion. Chaque bol alimentaire qui pénètre dans l'estomac introduit, en efiel, avec lui de nombreux micro-organismes qui proviennent des aliments ou de la bouche dans laquelle Miller n'a pas trouvé moins de dixsept microbes pathogènes. La plupart de ces microbes sont inoffensifs et sont expulsés avec les matières fécales. Les autres ne trouvent que dans le milieu intestinal alcalin un milieu propre à leur pullulation. Au contraire, l'acidité du milieu stomacal constitue un obstacle à leur développement, et KiTiiSÀTO a démontié, par exemple, que les bacilles du choléra et de la fièvre typhoïde étaient annihilés par les liquides acides. L'estomac sain peut être considéré comme un des agents les plus importants parmi ceux qui sont capables d'entraver les fermentations intestinales d'origine microbienne, comme aussi la pullulation des microbes dans l'intestin. Tout amoindrissement de l'activité noi^male de l'estomac laissera donc la porte intestinale ouverte aux microbes pathogènes. II suffit de se rappeler les expériences de Koch sur le bacille en virgule du choléra asiatique qui manifeste d'autant mieux son action pathogène que l'activité stomacale est plus altérée.

On ne saurait trop insister sur ce rôle protecteur de lestomac contre les infections microbiennes d'origine alimentaire. Celles-ci ne sont pas l'un des moindres dangers que peuvent offrir certaines variétés de dyspepsies dont le premier effet est de vicier l'assimilation et de préparer le terrain de la maladie et dont Tacle ultime est de laisser pénétrer des microbes pathogènes qui infecteront l'organisme, soit par leur pénéiralion directe, soit par l'absorption des toxines qu'ils auront engendrées dans le milieu intestinal dont l'alcalinité est un milieu si favorable à leur culture.

Quand on examine les produits de lavage d'un estomac sain, on y rencontre des micro-organismes doués d'une grande force de résistance. Des travaux nombreux ont été faits sur ce sujet, parmi lesquels je ne vous énumérerai que les plus significatifs.

-^ En 1842, GooDSiR* découvrait dans l'estomac le

petit cryptogame qu'il nomme sarcine et que Bell, Hâsse, Buscu rencontrèrent dans de nombreuses dyspepsies.

BuDD observe que les sarcines existent surtout quand Testomac se vide mal.

Frerichs*, Falkenheim% Oppler*, Ehret^ puis A. Coyon* en ont fait une étude complète. Elles sont formées de petites masses cubiques, régulièrement assemblées, dont l'union dessine des stries perpendiculaires entre elles qui ont fait comparer ce petit organisme à un ballot de soie. On a trouvé des sarcines dans l'estomac sain ; mais elles se développent de préférence dans les cas ou il existe de la distension gastrique ou de la rétention intra-stomncale. Plusieurs des auteurs précédents sont d'accord pour admettre qu'elles n*ont pas grande importance et qu'elles interviennent peu dans les procédés de fermentation.

Toutefois elles ne seraient pas sans signification diagnostique, puisque Oppler et Riegel^ ont constaté leur rarelé dans le cancer gastrique, même quand il s'accompagne de dilatation.

Ehret* a trouvé des sarcines dans 31 p. 100 des estomacs qu'il a examinés; il pense que l'acide lactique existe rarement avec celles-ci (9 fois sur 54) et admet aussi qu'elles sont rares dans le cancer; mais il s'est assuré qu'elles peuvent produire des fermentations dont les produits sont l'alcool, l'aldéhyde, l'acide carbonique, les acides acétique et formique.

A. CoYON, dans un remarquable travail, a montré que les sarcines ensemencées dans une solution de peptone donnent naissance à des acides acétique et formique et à une petite quantité d'acide butyrique. Au contact des hydrates de carbone, elles donnent des acides acétique, formique et lactique.

Ces dernières expériences jugent définitivement la question; les sarcines ont une action fermentative variable suivant les milieux où elles vivent.

Page 1