VINGT-SIXIEME LEÇON
LES GRANDES INDICATIONS DU TRAITEMENT LE RÉGIME -LA QUESTION DU LAIT — SOMMAIRE DE L'ORGANISATION DES REPAS
Les grandes indioations du traitement.
^ Les fermentations gastriques présentent trois mo-
grandesindioations dalités : ellcs viennent compliquer l'une des deux formes de dyspepsie que nous avons décrites; elles sont primitives et se développent dans un estomac dont la sécrétion chlorhydrique est normale ; enûn elles créent des réactions stomacales secondaires qui prennent le type de Thyperchlorhydrie.
Quelle que soit la modalité que Ton envisage, il est évident que les fermentations reconnaissent une thérapeutique qui leur est propre. Mais, dans la première modalité, cette thérapeutique viendra se surajouter au traitement de la dyspepsie antérieure ; dans la deuxième, elle sera toujours suffisante à elle seule; dans la troisième, elle sera quelquefois suffisante, mais quelquefois aussi elle sera impuissante à remédier à Thyperchlorhydrie secondaire, et celle-ci, survivant à sa cause, deviendra justiciable de son traitement régulier.
Les indications du traitement des fermentations n'ont jamais été posées avec la rigueur nécessaire. Dans l'esprit de la majorité des médecins, au diagnostic de fermentation se lie aussitôt le traitement dit antiseptique avec le lavage de VestomaCy c'est-à-dire des moyens d'empêcher les fermentations 'Ou de supprimer leurs effets. Je pense
au contraire, qu'il faut au sujet des fermenlalioDs çasiriques suivre encore la méthode physiologique qui m'a toujours servi de guide en thérapeutique. D'après cette méthode, Il ne faut pas plus comballr^. les fermentations considérées en elles-mêmes qu'il ne faut saturer nar des alcalins THCI en excès des hyperslhéniques ou renforcer en . HCI le suc gastrique insuffisant des hyposlhéniques. De même que Ton doit, non saturer l'IlCI en excès, mais apaiser l'excitabilité gastrique exagérée qui produit un excès d'HCÎ; de même que l'on ne doit pas donner d'HCI aux hyposthéniques, mais stimuler la sécrétion insuffisante, — de même, on doit non pas arrêter les fermentations en évolution ou en évacuer les produits au dehors, mais bien mettre la digestion gastrique en situation telle que les fermentations aient peine à s'y produire, cl cela en remédiant à leurs conditions essentielles.
Ces conditions, nous les connaissons. Ce sont : l'abondance et la nature des aliments, la mauvaise mastication, les troubles de la résorption et de la motilité stomacales : en d'autres termes, la stase 4ïastrique, l'apport de micro-organism?s par les aliments, les troubles du chimisme stomacal.
1* Le traitement a pour but de supprimer ou de modifier d'abord ces conditions morbides qui constituent l'indication thérapeutique fondamentale.
2* Quand celle-ci est remplie, vient seulement l'indication de remédier aux fermentations qui peuvent encore se produire.
3* La troisième indication consiste à restreindre ou à empêcher leur influence pathogène et à traiter directement les accidents qu'elles ont pu déterminer.
ht" Enfin, dans la quatrième indication, on traite à part certaines prédominances symptomatiques qui prennent., chez quelques malades, une importance décisive.
Le régime alimentaire. — Les aliments interdits et les aliments permis Les boissons défendues et les boissons permises.
Le Vous concevez aussitôt, par cet exposé, l'importance
régime aiimenuipe j^ régime et VOUS VOUS rappelez que, souvent, un bon régime suffit, à lui seul, sans médication, pour réduire les fermentations, car il répond à toutes les indications posées.
La première recommandation à faire au malade sera de diminuer la quantité d'aliments aux deux principaux repas et d'augmenter
ceux des repas ordinairement accessoires: en d'autres termes, de ne plus faire que de petits repas, mais sans cependant en muUipMer le nombre, les trois repas habituels étant suffisants chez les adultes Chez les jeunes gens, vous ferez faire quatre repas.
Les aliments seront toujours fmement divisés ou rcdaits en purée alin d'offrir la plus grande surface possible à l'attaque il^estive. Ils seront aussi très cuits, la cuisson étant encore le meill'^ut moyen que nous ayons pour diminuer l'apport des micro-organ Urnes et pour réduire l'aptitude fermcntescible des aliments. J'en suis arrivé à défendre les viandes saignantes et à n'autoriser que les viandes rôties, très cuites, elle bouilli du pot-au-feu, à la condition qu'il soit très tendre.
Las alimente Vous interdirez formellement tous les aliments et
modes^oîîtaïairaa '^s modcs culinaircs suivants :
iBUrdits. 40 Lgg farineux, les féculents, les pâtes, les jâiisse-
ries, les sauces quelconques, le sucre, les bonbons, les sucreries, le chocolat, les plats sucrés, etc., bref tous les aliments iiydroearbonés.Quantaupain,ily aurait aussi grand avantage à le supprimer et vous n'hésiteriez pas à le faire dans les grandes fermentations. Mais beaucoup de malades ne peuvent s'en passer et il vous sera souvent impossible d'obtenir sa suppression absolue. Alors obtenez au moins que la consommation en soit réduite au minimum et qu'il ne soiL fait usage que de pain fraîchement et fortement grillé. Le pain sera toujours absolument interdit au premier repas du matin. Les farineux à éviter sont: les haricots blancs ou rouges, les lentilles, les pois *^vos ou secs, les fèves, les pommes de terre, sauf en ce qui concerne quelques exceptions à fixer tout à l'heure.
2* Les choux, les choux de Bruxelles, les navets, les raves, les betteraves, les cardons.
S** Les crudités, radis, raifort, salades crues, concombres^ tomates ou hors-d'œuvre, l'oignon, Tail, les condiments, les cornichons, les légumes au vinaigre, tous les acides, comme le vinaigre, et tous les aliments acides.
4* La charcuterie, les viandes salées, fumées, conservées, mari* nées, à l'exception du maigre de jambon.
Sf" Le gibier, à moins qu'il ne soit très frais et qu'il n'ait aucune odeur de venaison.
G" Les coquillages, à l'exception des huîtres; les crustacés.
7** Les corps gras, le beurre cuit, les graisses, les fritures.
8" Les fromages et tous les aliments en voie de fermenlalion.
9"* Parmi les fruits, les marrons, châtaignes, les fruils à pulpe
sèche, les abricots, les pommes et les poires non fondantes et, en général, tous les l'ruits crus.
Les aUmtiiU pormit.
Vous permettrez les aliments suivants, dont nous rechercherons tout à l'heure le mode de groupement suivant les repas.
Les potages.
Bouillon du pot-au-feu, à condition qu'il soit frais, c'est-à-dire préparé le jour même, et qu'il ait été cuit lentement, sans ébuUition, pendant dix à douze heures, ce qui est l'unique manière d'obtenir du boBuf bouilli tendre. Potages maigres, sans lait. Un mode de préparation bien accepté et avantageux, quand il faut instituer de petits repas, consiste à faire des potages aux pâtes d'Italie additionnées de purée de viande bien cuite. On peut aussi donner des potages à l'orge mondée et bien cuite.
Toutes les viandes : bœuf, mouton, veau, agneau, bouillies ou rôties à fond et sans autre sauce que celle de la viande elle-même. Le perdreau très frais, rôti. Les œufs à la coque, peu cuits.
Ut iMon» ^^ ^^'®' '® "ï^rlan, la barbue, le turbot, la tanche,
la truite de rivière, le brochet, le rouget, cuits au court-bouillon, avec un peu de sel comme unique assaisonnement.
Let La chicorée,, le céleri, les épinards, l'oseille, les
aiiflMBUTévétaiiz. asperges, les artichauts, les haricols verts nouveaux, les petits pois nouveaux, les salades cuitrs.
Les fruits seront toujours pris cuits, nature et sans sucre, et encore devra-t-on s'en abstenir dans la première période du traitement. Plus tard, vous autoriserez le raisin.
Les boissons Lcs boissons défenducs sont : le vin blanc ou rouge,
déiendaes. |g^ bière, le cidre, les boissons gazeuses de quelque nature qu'elles soient, les liqueurs fortes ou douces.
Les Les boissons permises sont, en premier lieu et sur-
boissonspermues. j^^j^ y^^^ ^^^^^ ^^^ j^ préfère à toutcs les caux minérales ; accessoirement, les eaux inermes de Vittel, Alet, Evian, Thonon. Dans maintes circonstances, les malades se trouvent très bien des boissons très chaudes, comme les infusions très légères de tilleuly camomilley menthe, fleurs et feuilles d'oranger
Le café et le thé, très légers, conviennent à certains sujets et ne sont pas tolérés par d'autres; donc pas de règle fixe, mais une susceplibilité personnelle à rechercher pour chaque sujet.
En quelques cas à déterminer, et seulement chez les malades dont THCI libre est absent ou très diminué, on pourra autoriser, après le déjeuner ou le dîner, comme excitant physiologique, une demi-cuillerée d'excellente fine Champagne. Â ce propos, toutes les fois qu'il s'agit de donner à un malade quelconque du cognac au dn vin, prenez toujours ce qu'il y a de meilleur et de plus vieux. Si je vous dis cela, c'est pour vous tenir en garde contre la théorie exposée par Dar£MB£RG, théorie que je considère comme paradoxale et d une mauvaise application clinique. Bien entendu, avant d'autoriser le cognac, assurez-vous que le malade n'a pas d'acide acétique dans le contenu stomacal.
Les hypersthéniques se trouvent quelquefois bien de l'usage d'une eau alcaline artificielle^ qui doit être préparée de la façon suivante : dissoudre à chaud 3 à 6 grammes de bicarbonate de soude dans un litre d'eau filtrée; laisser refroidir et se déposer le bicarbonate de chaux qui se précipite ; décanter soigneusement et boire aux repas le liquide clair ainsi obtenu.
Voici encore un genre de boisson qui est bien accepté et toléré par plusieurs malades. On prend une bonne eau de source ou une eau minérale ineime, non gazeuse, et l'on y met une mince tranche de citron^ sans le presser. Il est à remarquer que le citron est le seul condiment qui soit supporté par quelques-uns de ce^ malades. Quoique la théorie n'explique pas suffisamment ce fait, le médecin peut en profiter.