BiNZ. — Vorlesungeii iiber Pharmacologie, p. 466, 188G
3. G. LINOSSIER et G. Lemoine. — Contribution à réludc de l'aclion des alcalins sur la digestion gastrique chez Thonime, Archives générales de médecine, juin 1803.
Pour vous montrer d'une façon saisissante Teffel des alcalins sur les fermentations lactiques, rappelons Teipérience de Bourget. On prend une certaine quantité du contenu stomacal chez un malade atteint de fermentations et Ton en fait deux parts, après avoir dosé Tacidité du liquide; Tune des parts est saturée avec du bicarbonate de soude, l'autre laissée telle quelle et les deux essais mis à Tétuve. Après trois heures, si Ton refait le dosage, on constate que, si Tacidité du second essai n'a que peu varié, celle de l'essai saturé a augmenté. L'addition d'un alcali a donc eu pour conséquence de favoriser la production des acides de fermentations. Cet effet était à prévoir, puisque les milieux alcalins sont favorables à la vie du ferment lactique.
Les alcalins ne répondent donc ni à l'indication étiologique fondamentale, ni à celle d'empêcher les fermentations. Ils ne peuvent donc pas être considérés comme des médicaments essentiels ; mais ils n'en ont pas moins une utilité accessoire, puisqu'en saturant les acides ils empêchent leur action irritante sur la muqueuse gastrique et calment les symptômes douloureux qui en résultent.
Par conséquent, il faut se garder d'administrer le bicarbonate de soude à hautes doses aux sujets atteints de fermentations gastriques sous peine de voir celles-ci^ temporairement atténuées, s'exaspérer secondairement.
Les Cependant, quand il y a dans l'estomac des acides
•loaiino-terrenz. organiques qui irritent la muqueuse, mettent en jeu de nombreux réflexes et causent du pyrosis ou des crises stomacales, il est nécessaire de les saturer. Vous emploierez dans ce but le carbonate de chaux et la magnésie qui, au moins, n'ont pas l'action excito-sécréloire du bicarbonate de soude. La formule indiquée déjà dans le traitement de la dyspepsie hypersthénique pourra servir, modifiée de la façon suivante :
9? Carbonate de chaux précipité O^^ 50 à 1 gramme
Sous-nitrate de bismuth 0^ 20 à 0«' 60.
Chlorhydrate de morphine 0«' 001 à 0»' 002.
Magnésie calcinée 0^ 75 à 1 gramme
H. s. a. Pour un paquet à prendre en une seule fois dans un peu d'eau, au moment où le patient perçoit la sensation du pyrosis.
Remarquons encore que, en associant au carbonate de chaux et à la magnésie une petite quantité de bicarbonate de soude et en administrant le mélange aussitôt après le repas, on prévient ou on modère
parfois lee fermentations acides, peut-être par l'action excito-sécrétoîre qu'exerce Talcalin à cette dose.
y Carbonate de chaux précipité 6 grammes
Magnésie calcinée • i —
Bicarbonate de soude 4 —
IL s. a. et divisez en 12 paquets. Prendre un de ces paquets dilué dans un peu d'eau immédiatement après le repas.
Les alcalino-terreux ne doivent donc pas être considérés comme les agents essentiels du traitement des fermentations, mais ils reconnaissent des indications secondaires et remplissent alors un rôle adjuvant vraiment utilCi
L'Miiit L'emploi systématique de Vacide chlorhydrique
diiiorti7dHq«e. (jang les fermentations est aujourd'hui jugé en doctrine et en fait. Nous savons que l'UGl libre normal n'empêche aucune fermentation, qu'un excès d'HGI favorise plutôt les fermentations gazeuses et acétiques, et que, si l'acide butyrique se forme plus facilement en Tabsence de l'HGl, cependant la présence de ce dernier ne constitue pas un obstacle décisif. Et puis, un allument clinique capital, c'est que les grands dyspeptiques hypersthéniques avec hyperchlorhydrie fermentent tout autant que les hyposlhéniques avec hypo ou anachlorhydrie.
Je repousse donc THCI, en tant que médicament systématique; mais nous devons lui reconnaître, comme aux alcalins, une utilité accessoire : celle de modérer, dans quelques cas, les fermentations lactique et butyrique et de remplir alors en partie la deuxième indication.
Ainsi, faites deux parts d'un contenu stomacal titrant un certain degré d'acide lactique et ajoutez à l'une d^elles 1 p. lOOOd'IICI. Après deux heures de séjour dans Tétuve, vous constaterez que, dans l'essai additionné d'HCl, l'acide laclique n'a pas varié tandis qu'il augmente dans l'autre. Ce point établi, distinguons. En cas de fermentations acides ou gazeuses liées à Thypersthénie avec hyperchlorhydrie, il est évident que personne ne songera à conseiller l'HGl. Mais l'observation m'a démontré que les autres acides minéraux, comme le mélange d'acide sulfurique, d'acide azotique et d'alcool, dont il a été question à propos du traitement de l'hypersthénie, réussissaient quelquefois dans des cas rebelles aux autres médications. G'est dire que ce moyen ne devra être tenté qu'après que celles-ci auront échoué. Gette médication acide paraît inhiber l'hypersécrétion d'HGI et influencer dircc-
tement les fermentalions. Rappelez-vous qu'elle sera spécialement indiquée chez les malades qui ont la langue très saburrale, de la félidilé de Thaleine, de la diarrhée, des régurgitations ou des renvois sentant l'hydrogène sulfuré ou le beurre rance.
La formule de Coutaret* est très recoramandable. On l'administre aussitôt après le repas, à la dose d'une cuillerée à soupe renouvelable suivant les cas, une à deux fois, à un quart d'heure d'intervalle.
En cas de fermentations surajoutées à la gastrite chronique ou à la dyspepsie hyposthénique avec hypochlorhydrie, alors bien entendu que la médication de cette dyspepsie ne parvient pas à réveiller la fonction chlorhydrique, vous pourrez conseiller un verre à madère d'une solution d'IICl à 1 ou 2 p. 1000 au milieu du repas et un autre à la fin, mais sans persister plus de 8 à 10 jours si, pendant cet espace de temps, le malade n'éprouve aucune amélioration.
Ladde laotkma ^^"^ dirai-jc quo ccilains médecins ont proposé de traiter les fermentations digestives par Yacide lactique? A vrai dire, cette proposition n'a eu aucun succès. L'action de l'acide lactique sur la digestion a, d'ailleurs,étépeu étudiée. Jaworski* pense que les acides lactique et acétique n'influencent la sécrétion de l'HGl que très faiblement. Gilbert' a observé que l'acide lactique entrave et peut même annihiler tout d'abord le travail chimique de l'estomac, mais que celui-ci finit par s'efi'ectuer tout de même avec un retard plus ou moins sensible. Le même auteur déclare aussi que l'acide lactique provoque une hypersécrétion intense. Ce qui ôle une partie de leur valeur à ces intéressantes recherches, c'est qu'elles ont été faites sur des chiens à fistule gastrique et que leur résultai n'est pas strictement applicable au dyspeptique. L. Modiano* observant sur l'homme confirme, en partie, les conclusions précédentes, mais il constate que l'acide lactique détermine une exagération dans la sécrétion dîiCl pendant la seconde phase de la digestion. Je vous conseille de supprimer résolument l'acide lactique de votre thérapeutique. Outre qu'il ne remplit aucune des indications du traitement des fermentations, le fait qu'il retarde ou empêche la digestion, qu'il peut provoquer de l'hypersécrétion gastrique et de l'hyperchlorhydiie doit suffire pour le faire éliminer. Son emploi est théoriquement irrationnel et cliniquement nuisible.