THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
L.e3 incertitudes de la thérapeutique actuelle. — Exemples liiés du (raileinent des fièvres, de l'antisepsie interne.
Messieui*s,
Les incertiiudM '' "'^^^ P^^ inutile, au début de ces Leçons, de \ou3 de la tracer le profçi^mme de mon enseignement et de j^ ter uiérapenuqoe. ^^ ^^^^ ^ÇR\\ d*ensemble sur la route que nous alluns parcourir. Je poui^suis, en effet, un double but. C'est d'établir, parmi le chaos des dyspepsies, des distinctions qui soient pour le praticiert comme autant d'indications sur la ligne de conduite qu'il devia suivre; puis, c'est de vous montrer quelle aide puissante la physiologie et la chimie biologique apportent à la médecine et quel faisc^nu de lumière ces sciences projettent sur tant de phénomènes enrore obscurs de la pathologie; enfin, c'est de vous indiquer, à propos deï? maladies de l'estomac, quelques-unes des bases sur lesquelles je pense que doit s'édifier la lhéi*apeutique moderne.
Il faut dire hautement la vérité : à l'heure présente, et malgn les révolutions qui se sont accomplies dans les choses de la médecinr pnr rentrée en scène de la chimie et de la bactériologie, la théiapeuliqiitj est gouvernée par des lois empitiques et, quand elle tenle île s'échapper hors de la tradition confuse qui la dirige, elle lônibe dans l'incertitude.
Exemples J'en vcux prendre pour exemple le traitement des
tiré! fi^vrPS
un traitement "*-^*«î*«
des fièvres. Lc jour OÙ Ton coustata chez les fébricitants que
l'urée était souvent en excès et que Tacide carbonique expiré semblait, {\nm quelques cas, subir une certaine augmentation, n'a-t-on pas rm pouvoir établir la thérapeutique des fièvres sur d'indiscutables Sï^sises, et n'a-t-on pas créé aussitôt la méthode antipyrétique qui, faisant de la fièvre une conséquence d'oxydations exagérées, ne trouve rien de plus rationnel que de mettre tout en œuvre pour restreindre les oxydations organiques?
Et cette méthode antipyrétique succédant à la méthode antithermique qui ne visait, elle, que la soustraction de la chaleur morbide pour s'opposer à ses effets imaginaires, n'a-t-ellc pas régné sans conteste pendant un grand nombre d'années, et n'a-t-elle pas, actuellement encore, des adeptes convaincus ?
Cependant je crois avoir démontré, non sans lutte, qu'on avait in*^connu les causes véritables de l'hyperthermie, que l'organisme avait d'autres procédés pyrétogènes que les oxydations, que les hydratntions et les dédoublements de la matière vivante jouaient alors un rôle capital dans la désintégration organique, que ces actes chimiques (le désassimilation morbide engendraient des produits peu solubles, donc difficilement éliminables, toxiques à divers degrés, tandis que les oxydations, génératrices de résidus solubles facilement éliminables, dépourvus de toxicité, constituaient, au contraire, un procetïisus défenseur et qu'en tentant de les abattre on allait à rencontre des réactions de l'organisme conlre la maladie*
jintii sie toteme ^ thérapeutique des maladies internes a-t-elle été
•t mieux servie par la bactériologie? Oui, si l'on en juge
seulement par les effets merveilleux et décisifs du
sérum anticliphtéritique de BEnmNG et Roux, par les espérances
qu'on peut légitimement fonder sur la sérothérapie.
Mais la révolution absolue qui s'est accomplie dans le domaine de la chirurgie et dans celui de l'hygiène est-elle en voie de gagner la médecine? On serait presque en droit d'en douter quand on f (^cherche, en face d'une pneumonie, d'un rhumatisme articulaire aigu, d'une pleurésie, d'une fièvre typhoïde, quels sont les préceptes certains qui sont fournis à la thérapeutique par la bactériologie.
Et quand on regarde ce qu'est devenu le traitement de la phtisie depuis qu'il est gouverné par les idées microbiennes, et qu'aux yeux les moins prévenus la thérapeutique actuelle de la phtisie donne l'exemple de la confusion la plus dangereuse, on a le devoir de
se demander si les phtisiques n'auraient pas actuellement droit à une réaction contre la poursuite du bacille de Koch, en Taveur ^los méthodes dites surannées qui mettaient au premier plan du traitement tous les moyens capables de favoriser le remontement de Toi ganisme, on dirait aujourd'hui la réaction de défense.
Ce qu'il y a de plus grave dans la bactériothérapic des mala^lie^ internes, c'est qu'en dehors de la sérothérapie on pressent diItH cilement son avenir. J'ai montré, en effet, que la méthode d'antisepsie interne, qui consisteà saturer l'organisme par le mercure, le plus puissant des antiseptiques, dans le but de prévenir une infection microbienne, de modérer la pull ulation des micro-organismes, dut* lénuer leur virulence, n'était pas applicable à la ihcrapeutiqur, k moins qu'on ne trouvât un antiseptique idéal qui n'amoindrit pas l^^s diverses manifestations bio-chimiques de l'activité vitale et le poteotrcl de réaction cellulaire. Alors, si les micro-organismes peuvent 51^ développer avec toutes leurs propriétés nocives dans un mlfieu vivant saturé de mercure, il est à prévoir que l'administration \U cet agent, par exemple, alors que la maladie est en pleine évolutiun, sera, au moins, inutile ^
Ce qui rend inapplicables les recherches expérimentales failo^ jusqu'à présent sur la valeur des médicaments destinés à rantise|>sio interne, c'est qu'entre l'antiseptique et le microbe on a omis de fuiit* intervenir un troisième facteur dont l'importance est majeure: en facteur, c'est la cellule avec toutes ses aptitudes réactionaflle^î morphologiques ou chimiques, c'est cet ensemble des activités cellulaires qui s'appelle la Vie.
Sans préjuger de l'avenir et cherchant simplement un minimum de résultats pratiques, nous suivrons d'autres idées directrices. Et jt* vous montrerai qu'en puisant les indications de la thérapeutique d;iiis la pathologie fonctionnelle, dans la chimie morbide, dans Faction des agents médicamenteux sur les phénomènes bio-chimiques de la vie, on peut atteindre une précision et une sûreté qui légitiment les jthis vastes espérances.
1. Albert Rocin. — Consiilcralions sur runtisepsie interne. Mercure et broncho-ptioij' monie, Bulletin de l'Académie de médecine, janvier 189:2.
inthoductiox
Les grandes étapes de Thistoire des dyspepsies. — Les anciens. — L*œuvt'c de Broussais, de Barras, de Chomel, de Beau. — La dilataliou de reslomac. — Le chimisme stomacaL
Mais je ne veux pasm'attarder davantage dans cette
Les grandes ..... ,•
étapes de rhistoire exposition de principes que nous aurons 1 occasion des dyspepsies. j'g^ppiiq„ep ^ Tétudc ct au traitement des maladies
fonctionnelles de l'estomac qui feront l'objet de ces Leçons.
J'ai choisi ce sujet qui a fait depuis bien des années mon étude de prédilection, parce que la pathologie de Testomac est plus que jamais à l'ordre du jour, parce que les doctrines d'aujourd'hui rendent à cet organe un rôle pathologique dont il a été, au tiers moyen de ce siècle, injustement dépossédé, après celte phase brillante de son histoire où il sembla tenir un instant sous sa dépendance une grande partie de la médecine.
Cette histoire, il importe de la retracer àgrands traits, car elle est féconde en enseignements.
IliPPOCRATE disait que l'estomac est comme la mer, qu'il « donne > à tous les organes et qu'il c reçoit » de tous les organes ; que, lorsque la coction des alimenls se fait mal ou ne se lait pas, l'homme se desséche comme un arbre planté sur un sol stérile. Ce qui l'impressionna surtout, c'étaient donc les déchéances nutritives liées aux troubles gastriques.
Galien serra de plus près les troubles fonctionnels; il créa la bradypepsie et l'apepsic. 11 soupçonnait les retentissements éloignés des perversions gastriques, quand il disait que les maladies de l'estomac engendraient la dyspnée, l'apnée, la céphalalgie et la mélancolie.
Le vocable a dyspepsie » fut créé par Jean de Borris ou par VoGEL. Puis Van Helmont, avec son vitalismc mystique si étrangement suggestif, met au premier plan les dérangements de la fonction stomacale en plaçant dans cet organe le Grand Archée dont l'effroi, la colère ou l'abaltement produisent dans l'organisme des troubles qui se traduisent par autant de symptômes.
CuLLEN revient à la clinique et étend le sens du terme dyspepsie. Il montre qu'elle est souvent une affeclion symptomatique qu'il oppose aux dyspepsies idiopathiques, complélanr ainsi les connaissances des
anciens qui considéraient principalement les altérations de la nutrition causées par une digestion vicieuse.