L-crarre Lcs choses en étaient là, quand parut Broussais. II
^û^^l^' renverse l'idée des maladies générales ; il voit la gastrite deBeaa, eto. qi ]^ gastro-cntérilc partout; il en fait la clef de la pathologie ; il n'est pas de maladies où l'estomac ne prenne la parole au nom des autres organes. Mais Broussais faisait une pari trop haute à la gastrite pour que cetle maladie inflammatoire n'absorbât pas aussi les autres aflections de l'estomac dont les troubles fonctionnels, y compris les dyspepsies, ne figurèrent plus qu'à titre de symptômes. C'était un progrès, puisque Taltention des médecins était plus vivement attirée vers l'estomac c'était un recul, puisque tout ce quil y avait de fonctionnel dans sa pathologie s'elfondrait dans la gastrite.
Une réaction était inévitable. Alors que la doctrine de l'irritation semblait encore toute- puissante, que Ton combattait par les mêmes moyens toutes les maladies de l'estomac parce qu'on les croyait toutes produites par l'inflammation, on s'aperçut qu'en clinique nombre d'états gastriques, caractérisés par la douleur, guérissaient sans l'emploi des antiphlogistiques; on les sépara sous le nom de gastralgie et, sous l'influence des travaux de Johnson, de Schmidt- MANN et de Barras, ce terme engloba bientôt toutes les souiïrances de Teslomac. Les affections indolentes de l'organe furent inobservées et délaissées; on réduisit les gastrites aux toxiques et aux traumatiques; la notion de dyspepsie devint confuse et indéterminée.
Et les choses allèrent ainsi avec des oscillations nombreuses jusqu'au moment où Chomel rendit officiellement aux dyspepsies leur place prépondérante et, faisant de la simple clinique dégagée de toute théorie, publia son Traité, encore célèbre, dans lequel il décrivait leurs diverses formes avec un cadre moins large peut-être que celui deCuLLEN, mais en mettant en relief leurs réactions sur l'état général, rajeunissant ainsi l'idée hippocralique qui s'était singulièrement obscurcie.
En même temps que Chomel, mais avec des vues d'une autre envolée. Beau ressaisissait aussi les dyspepsies et proclamait leur influence pathogénique. Il montra qu'3, l'estomac préparant les matériaux qui serviront à la réparation du sang et à l'entretien des grandes fonctions, la dyspepsie devait comprendre^ en dehors des symptômes propres liés au trouble des fonctions stomacales, d'autres symptômes plus ou moins éloignés, dépendant non seulement des altérations consécutives du sang, mais d'une foule d'accidents secon*
d aires, fonctionnels ou organiques. Avec Beau, la dyspepsie prenait les allures d'une perpétuelle provocation morbide. G'étail une maladie évoluant en trois étapes : la première, purement stomacale ; la seconde, se r» vélimt par des symptômes groupés en série névropathique et en sérit; hémopathique ; la troisième, liée à l'affaiblissement de Torganisme et le disposant à subir l'action des causes morbigènes, qu'elles vinssent du dedans, ainsi qu'il arrive aux diathésiques, ou du dehors, de par les multiples influences extérieures auxquelles nous sommes exposés. L'idée première de celte conception vraiment géniale, et que la sf ienre moderne n'a fait que confirmer, devait avoir été inspirée à UsAU par la lecture d'un passage de Frédéric Hoffmann qui parait avoii' eu la prescience du rôle pathogénique des dyspepsies quand il écrivait que, « lorsqu'il y a dans les premières voies digeslives un vice de la première coction, ce vice n'est pas facilement corrigé dans les voies secondes, c'est-à-dire dans les voies viscérales dévolues à la sanguificalion et à la dépuration, et encore moins dans les voies tierces où se jugent les actes de la nutrition ». Et le grand clinicien ajoiilait cet aphorisme, qui est une majeure indication thérapeutique: Mffxima omnium vero ventriculi habenda est ratio,
Miiis les temps n'étaient pas advenus. Les doctrines de Beau eurent un énorme retentissement; elles soulevèrent d'abord des controverses animées, puis s'enlizèrent lentement dans une sorte d'oubli. Beau avait trop de détracteurs pour que le symbole pathologique qu'il avait créé fût admis dans les sphères officielles de la médecine; le silence se fit autour de ses grandes idées, et l'on en revint aux conceptions plus étroites de Chomel sur lesquelles la pratique vécut jusqu'au moment où Bouchard tenta une nouvelle révolution dans la pathologie gastrique.
ta daateuon Avcc lui s'écroulèrcut les derniers vestiges des
ii€ r«atomac. dyspepsies classiqucs. La dilatation de l'estomac, jadis et à juste titre considérée presque comme une curiosité anatomique, acquiert une fréquence telle qu'elle existerait chez 60 p. 100 des individus atteints de maladies chroniques. Quand il y a dyspepsie, il y aurait sept fois sur huit dilatation de l'estomac : cette dernière est la lésion, la dyspepsie n'en est plus que le symptôme. Outre les accîdenls directs qu'elle détermine du côté du tube digestif et de ses annex^^s, la dilatation de l'estomac engendre des troubles, lointains ou â distance, dans l'innervation, les sens, l'intelligence; elle altère la nutrition générale et forme le premier anneau d'une chaîne morbide qui va jusqu'à la phtisie, au rachitisme, à l'ostéomalacie et aux dermatoses.
Je me souviens de Timpression que fit devant la Société médicale des hôpitaux la communication de Bouchard. On commençait alors à entrevoir l'importance des modifications du suc gastrique, et Germain Sée avait osé imprimer » vers 188i, une formule retenlissante: Les dyspepsies sont chimiques ou elles ne sont pas ^ Mais l'idée d'une lésion conjuguée à la dyspepsie satisfaisait trop bien les préjugés organiciens de celle époque pour ne pas être adoptée avec enthousiasme, et la dilatation de l'estomac conquit en un clin d'œil la faveur presque universelle des médecins finançais, pendant que la parole prophé.iique de Germain Sée n'éveillait d'écho qu'à l'étranger.
Ce qu'il y avait de plus intéressant dans la communication de Bouchard, c'était, à vingt ans de dislance, la reconstitution de l'œuvre de Beau. Cette analogie n'avait pas échappé à Dujardin- Beaumetz qui, dans la discussion sur cette communication, s'exprima ainsi : « Bouchard renouvelle, sous un autre nom, la tentative faite par Beau, il y a près de vingt ans. A la place du mot dyspepsie, mettez celui de dilalation de l'eslomac, et vous serez saisis de Fanalogie qui existe entre les affirmations de Beau et celles de notre collègue-. >
Si l'hypothèse de la dilatation stomacale ne devait briller que d'un éclat fugitif, elle avait cependant une certaine importance, en ce sens qu'elle insistait à nouveau sur l'énorme rôle pathogénique des affections gastriques et qu'elle rappelait aux préoccupations médicales la pathologie d'un organe quelque peu délaissé.
ht ouiBisme D'ailleurs le dogme de la dilatation gastrique devait
stomacaL ^^^ rapidement battu en brèche par l'étude chimique des sécrétions de l'estomac. Le mot de Germain Sée avait fait son chemin. Des travaux surgissaient de tous côtés, ëwald, Reichmann, Léo, Boas, Leube, Gluzinski, Jaworski, Riegel, elc, Germain Sée et ses élèves, Hayem et Winter, A. Mathieu et moi-même étudiions, avec d'exacts procédés, la chimie pathologique de l'estomac. L'anciea chaos des dyspepsies s'éclairait progressivement; on les individualisa comme espèces morbides; on fixa leurs rapports avec les lésions de l'estomac; en un mot, on crut posséder un critérium pour caractériser cette chose confuse qu'était jusqu'alors la dyspepsie et pour déterminer la place nosologique de ses diverses variétés. Aujourd'hui, c'est la doctrine du chimisme stomacal qui règne