Gervain Sée. — Des dyspepsies gastro-intestinales
2. Dujardin-Beaumetz. — Société médicale des hôpUauXt 1833, p. 227.
en mailresse et qui gouverne la pathologie et la thérapeutique des iitahidies de reslomac..
Mais cette doctrine elle-même commence à être sourdement cDTjgbatlue. D'abord elle était plus difficile à vulgariser que ses devancières, en raison du côté technique de ses applications. Puis la terminologie et les classifications proposées par ses promoteurs son! si disparates et si confuses qu'elles ont été mal comprises et que le praticien n'a pas pu les superposer aux faits cliniques qu'il observait. Enfin voici que Hayem, qui fut l'un des plus fervents délenseurs du chimisme stomacal, veut lui trouver une anatomie pathologique et, rejetant sur un plan lointain l'idée d'un trouble fonctionnel, tente la réédification histologique des anciennes gastrites.
Coup d'œil historique sur les thérapeutiques systématiques dans les dyspepsies. — Elles n'ont été que des traitements de symptômes. — Un mot de Gubler. — Organicisme anatomique el organicisme fonctionnel. — Thérapeutique des réactions cellulaires ou thérapeutique vitale.
ub Lraitemenu ^^ regard de tant de systèmes, tour à tour prônés RjïDptomauaaes et délaissés, qui tous servaient de fil conducteur deidfspepstes. ^^^^ j^ rcchercho des indications, jugez des oscillalioua qu'a dû subir la thérapeutique, elle dont les interventions sont toujours subordonnées aux idées que Ton se fait des maladies. Cette tlitrapeutique, ou mieux ces thérapeuiiques, sous leurs apparences doiirinales, ont été, la plupart du temps, incertaines, inutiles, sinon quelquefois dangereuses.
La preuve en est facile à faire.
Avec Broussais et son école, c-est le triomphe avec tous les abus de Ir médication anliphlogistique, puisque Tidée d'inflammation dominait la pathologie. Avec Babras, Johnson et Schmidtmann, on rentre en plein dans la médication symplomatique : il ne s'agit plus qui^ cie sédatifs et de narcotiques; on conseille aussi les antispasmodiques, tandis que d'autres affirment que, lorsque ces moyens ont échoué, il faut revenir hardiment à lamédication tonique et excitante. SciiMiDTMANN déclare, d'ailleurs, que chaque remède a des temps définis durant lesquels il peut être utile ou nuisible, et conseille de consulter, comme indication précise, l'idiosyncrasie du sujet et la susceptibilité de reslomac. Pour le régime, on trace des règles qui paraissent d'abord assez nettes ; mais on dit, en matière de conclusion,
qu'il faut s'en tenir aux aliments que Teslomac supporte le mieux. Tout à riieure, quand je prononçais le mot incerlilude, vous voyez que j'étais au-dessous de la vérité.
Quanl à l'œuvre de Bbau, elle pèche surtout par la thérapeutique, et c'est pour cela peut-être qu*elle ne parvint pas à s'imposer. Beau procède par tâtonnements ; il s'inspire du précepte de Celse : Non omnibus eadem conveniunt; oportei experiri aliud aique aliud. Aussi ses médications se ressentent-elles de cette absence d'indications : elles demeurent, pour ainsi dire, exclusivement -symptomaliques. C'est ainsi que procédait Chomel, et Trousseau, lui-même, ne fit pas autre chose.
BoucuARD nous ramena en pleine médication syf^tématique. Il faut favoriser la rétraction de l'estomac; donc, que celui-ci ne soit dislendu parTalimentation que pendant le plus court espace de temps, le plus rarement possible, le moins possible. En outre, il faut modérer les fermentations gastriques, empêcher la production de ces fameuses toxines aux effets si multiples et si fâcheux : divers antiseptiques et l'acide chlorhydrique sont les agents essentiels et théoriques de cette seconde indication.
Avec les progrès du chimisme stomacal, le système thérapeutique de Bouchard devait s'écrouler et céder la place à un autre système, uniquement basé sur un fait chimique de convention et fort sujet à caution', trop souvent considéré indépendamment du milieu où il s'accomplit et des causes qui lui donnent naissance.
C'est cette médication purement chimique qui trône aujourd'hui : elle se pique d'être essentiellement scientifique, de ne rien laisser au hasard; elle prend des allures d'absolutisme. Je ne lui reconnais qu'un mérite, c'est celui de la simplicité : il y a trop d'acide dans l'estomac, vous le saturez; il n'y en a pas assez, vous en introduisez. Mais j'ai une objection à faire, et une objection suffisante pour ruiner le système chimique : c'est que, appliqué au traitement des dyspepsies, il est encore inférieur aux anciennes médications symptomatiques.
La maladie ne varie pas comme les doctrines; voilà pourquoi aucune médication exclusive n'a réussi à s'imposer d'une manière défloitive. Quand il y avait derrière la dyspepsie un élément inflammatoire, on réussissait avec la thérapeutique antiphlogistique de Brous- SAIS. Quand il s'agissait d'une prédominance douloureuse, les narcotiques faisaient merveille. La médication nervine modifiait fréquemment les retentissements neigeux des troubles fonctionnels de l'estomac. Lorsque la dilatation stomacale était indéniable, le régime sec
i. Voyez la discussion sur le cliimismc slomacal au Congrès de médecine interne de Lyon, 1894.
et mesuré donnait les plus heureux résultats. Mais sont-ce bien là de réelles indications thérapeutiques, dans le senspathogéniquedumot? Car il faut bien avouer que les cas de dilatation essentielle de l'estomac sont exceptionnels devant la fréquence des véritables dyspepsies.
u thirapenuqae Ce quc GuBLER répétait sans cesse, c'est que la d'après Qubier. thérapeutique doit être étiologique et pathogénique. Trailer un symptôme, c'est faire une Ihérapeutique d'attenie, souvent utile, presque jamais décisive. Trailer directement une lésion raalérielle, à moins de rares exceptions, c'est faire œuvre encore incertaine, avec la tradition pour base et l'empirisme pour flambeau ; car la lésion n'est ordinairement qu'un résidu qu'il n'est possible d'atteindre qu'en agissant sur la vitalité générale ou sur les fonctions des éléments anatomiques qui sont le siège de cette lésion.
organioisme Chercher partout la lésion matérielle et ne voir
et*^^fl^<^ d'entité morbide que là où il existe une lésion, faiîe
fonotioimci. ^q 1^ symptomatologic l'expression extériorisée de la lésion, c'est outrepasser la puissance de cet anatomo-organicisme qui, depuis plus d'un siècle, dominant les choses de la médecine, a imprimé à cette science une impulsion vraiment merveilleuse, sans que l'art de guérir bénéficiât réellement de cette envolée.
Aux lésions qui ne sont que des résidus, il faut opposer celles qui sont la conséquence d'un effort réactionnel de l'organisme oc ntre la cause morbigène; à l'organicisme anatomique, il faut opposer l'organicisme fonctionnel.
11 faut savoir que nombre de maladies débutent par un trouble fonctionnel, quelquefois général, souvent localisé; que ces maladies restent fonctionnelles pendant un temps plus ou moins long ; que ce vice de la fonction, primitif ou commandé par des actes nerveux morbides, peut être mécanique, morphologique ou chimique et qu'à cette période on peut l'enrayer ou le modifier par une thérapeutique dont la précision laisse loin derrière elle les méthodes traditionnelles.
Thérapeuuque Celle ihérapculique n'est pas hasardeuse. Son but desréacuons gg^ ^q modifier le trouble fonctionnel en agissant
cellulaires . ,. n i •
on thérapeutique directement OU mdirectement sur celte cellule vivante ^^® aux fonctions déréglées, dont, suivant les cas, elle exalte, modère ou modifie les aptitudes réactionnelles. Le nom qui lui convient le mieux est celui de thérapeutique des réactions cellulaires et, comme les réactions cellulaires sont une des manifestations de la vie, je l'appelle la thérapeutique vitale.
Certes, j'entends d'ici taxer cet exposé de principes de retour an Titalisme, à celte doctrine lointaine que dédaigne Taltier mépris de U plupart de nos contemporains. Aussi bien» si c'est être vitaliste que soutenir l'origine fonctionnelle d^un grand nombre de maladies, croire aux actions et aux réactions cellulaires, être couTainca que la thérapeutique doit tenter d'influencer les fonctions si elle veut modifier les organes, alors je revendique hautement l'honneur de cette appellation.
Conception générale des djrspepsies. — Lear définition. — Leurs retentissernenis sur ForgaDisme. — Le rôle de la chimie en médecine. — Physiologie et thérapeutique.
Conception ^^"^ vcrrcz, mcssicurs, comment on peut appli-
gteéraie qucr CCS uotious à l'étude des dyspepsies, ces maladies dyspepsiM. fQucjjQQQgiigg jg Testomac, et de quel secours elles seront dans la conduite de leur traitement. La dyspepsie est le premier acte d'un grand nombre d'affections organiques de l'estomac ; elle les accompagne toutes et les suit jusqu^àleur terminaison. Et, puisque, d'autre part, elle iQtei*vient comme élément morbide dans la plupait des maladies générales ou locales, on peut dire qu'elle fait partie de presque toutes les symptomalologies.
Si les dyspepsies ne sont que de simples dérangements de la fonction gastrique normale, c'est la physiologie qui doit servir de base à leur connaissance.
Considérée schémaliquement, l'activité gastrique peut se résumer dans les points suivants : des glandes qui sécrètent un suc capable de digérer les alburainoïdes, des épithéliums et des cellules glandulaires qui fondent en un mucus protecteur, des muscles qui brassent puis évacuent la masse alimentaire, des vaisseaux qui fournissent aux sécrétions, des nerfs qui président àces sécrétions et qui dirigent les mouvemenls, des lymphatiques qui servent à absorber les matières alimentaires solubles ou solubilisées dans l'acte digestif.
Les dyspepsies sont les perversions d'un ou de plusieurs de ces actes physiologiques. Mais, qu'elles affectent originairement l'un ou l'autre d'entre eux, il est exceptionnel que l'organe tout entier ne soit pas entraîné dans la déviation.
Leoro De plus, quel que soit le sens ou l'étendue de cette
menusMments jéviatiou, elle a pour résultante une viciation chimique
rorganiame. d^g proccssus digcstifs. Lcs digcstions viciées n'offrent
12 INTIIODUCTION
pas de produits normaux à Tabsorption el à l'assimilation ; la rénovation des milieux sanguin et lymphatique subira donc, du fait de cet apport vicié, des anomalies qui changeront leur constitution, et les tissus qui puisent dans ces milieux les conditions de leur vie et de leur activité réactionnelle vivront et réagiront autrement que dans l'état normal, alors qu'un sang convenablement entretenu leur apporte leurs aliments habituels, en quantité régulière et sous une qualité physiologique.
Parmi ces tissus, ceux dont les éléments anatomiques sont le plus hautement spécialisés, où l'aptitude nutritive est réduite à son minimum par Texagéralion même de la spécialisation fonclionnelle, et qui, par conséquent, réclament plus que les autres une parfaite adaptation de leurs milieux nutritifs, ceux-là seront atteints les premiers dans leurs manifestations vitales. N'est-ce pas le cas du système nerveux, et la série des symptômes névropaihiques, si bien spécialisés par Beau, ne doit-elle pas intervenir dans la clinique des dyspepsies comme l'expression du trouble nutritif des centres nerveux par une irrigation de qualité insuffisante ?
Ce n'est pas tout. Une digestion imparfaite engendre des produits anormaux qui, au contact de la muqueuse stomacale, mettent en jeu des actes réflexes ou inhibitoires dont la nature, le sens ou l'intensité doivent singulièrement différer des actes du même ordre induits par un processus normal. A ces 3Ctes réflexesou inhibitoires seront conjugués des symptômes nerveux divers qui viendront compliquer les précédents, sans qu'il soit toujours possible de les en distinguer.
Enfin ces produits anormaux eux-mêmes, dont quelques-uns seraient toxiques, qui, tout au moins, jouissent de propriétés plus ou moins irritantes, et qui, acides pour la plupart, ont besoin, pour s'éliminer, d'enlever des bases à l'organisme, ne vont-ils pas impressionner tous les organes, le système nerveux compris, au cours de leur transport circulatoire, tandis qu'ils intéressent fâcheusement les émoncloires, à l'heure de leur élimination, après avoir contribué pour leur part à l'adultération du saflg?
Cette rapide conception de la dyspepsie, qui unit, dans une formule plus compréhensive, à l'idée maîtresse de Beau, les irritations directes ou réflexes provoquées par la vicialion de la digestion et le fait plus rare des auto-intoxicatioiis, qui l'associe à un chapitre de la neurasthénie, et met en valeur des troubles chimiques de la nutrition dont je vous parlerai en temps et lieu, celte conception, dis-je, me paraît tout à fait légitimée par les dernières conquêtes de la science, et j'espère bien vous donner, au cours de ces Leçons, d'amples démonstrations de sa réalité.
INTRODUCTION i^
uu d« u ohiBiit Messieurs, quoi qu'on en puisse dire, je n*ai point « médeoiiia. l'imention de faire jouer à la chimie un rôle prépondérant en médecine. J'ai dit maintes fois et je répète que je considère la chimie comme un moyen de lire de phis près dans les actes jadis mystéiîeux de la nutrition ; mais jamais je n'ai songé à la mettre au-dessus de la clinique, puisque je la considère surtout comme un mei*veilleux instrument de séméiologie. Je professe, avec un maître ancien, que la chimie est la meilleure servante de la médecine, mais qu'elle en serait la pire mailresse. Je suis loin de tout baser sur la chimie, de faire, comme on Ta dit, une médecine chimique. La preuve, c'est que je suis l'adversaire résolu de la thérapeutique chimique des maladies fonctionnelles de l'estomac, alors que cette thérapeutique semble avoir conquis les suffrages du plus grand nombre des praticiens.
phjsioioaie En fait de thérapeutique, le pas est à la physio-
•t tbérn>«itiqae. jogi^. \^ chimie n'intervient que pour déceler les déviations du type fonctionnel normal, mais c'est la physiologie qui demeure le guide.
Nous sommes à une époque de chaos thérapeutique et je sais beaucoup de bons esprits qui, à cet égard, ont perdu toute croyance et accueillent, avec le scepticisme du désenchantement, toutes les tentatives de rendre à l'art de guérir quelque scientifique précision. Cette incrédulité n'a rien qui doive vous étonner; elle est amplement justiûéepartant de conflits et d'écroulements de doctrines, par Tinsuccès présent de l'antisepsie interne, parla grandeur passagère et la décadence finale de tant de médicaments et de médications qui n'ont vécu qu'unjour pour s'ensevelir dans l'oubli. Mais, avec la physiologie éclairée par la chimie, nous ne bâtirons pas de système : nous marcherons lentement, en nous efforçant de ne pas dépasser les limites du fait, en nous appuyant sur l'immuabililé du chiffre et sur la certitude de la réaction chimique pour faire de la thérapeutique patliogénique avec le maximum de chances de probabilités. Vous verrez ainsi les procédés de cette thérapeutique et, en envisageant les services qu'elle rend dès aujourd'hui dans un certain nombre de cas, vous pourrez juger de l'avenir qui lui est réservé.
Du voyage que nous allons entreprendre ensemble, ne vous dissimulez ni les difficultés ni les vicissitudes. Ne vous attendez pas, d'emblée, à des solutions absolues ; mais nous nous engageons sur un terrain déblayé, avec des routes déjà tracées. Et vous emportcre? cette conviction, dont vous aurez, chaque jour, l'occasion de vérifier
il ' INTRODUCTION
le bien fondé dans notre service, que la médecine actuelle commence à bieu eoûtioltre les maladies fonctionnelles de Testomac, qu'elle parvient aies dépister sous les apparences trompeuses qu'elles revêtent sauvent, et que, si elle n'arrive pas à les guérir dans tous les cas, elle sait toujours les soulager.