LEUR PLACE EN NOSOLOGIE
L'ANARCHIE THÉRAPEUTIQUE DANS LES DYSPEPSIES - LES CLASSIFICATIONS ET LES TRAITEMENTS PROPOSÉS PAR DIVERS AUTEURS
L'anarchie thérapeutique dans les dyspepsies. — Les inceriittides des praticiens. — L.e6 illuflions du chimisme stomacal et de FaDatoaite palho^ logique.
On peut dire, sans être taxé d'exagération, que la thérapeutique des dyspepsies est en pleine anarchie. Quel n'esl pas, en effet, le découragement du praticien quand il essaye de se faire une opinion personnelle à travers l'amas de travaux disparates publiés dans les quinze dernières années! Beaucoup de médecins instruits et vieillis dans la clientèle sont convaincus que les dyspeptiques sont peul-éli e moins bien soignés aujourd'hui qu'au temps déjà lointain de Cho>ie;l et de Trousseau. Ceux-ci avaient uniquement la clinique pour guide, et ce guide, si insufûsant qu'il fût, valait mieux que les systèmes
absolus qui règaent aujourd'hui et qui ont la prélentioa autoritaire de ployer sous eux les lois de révolution morbide.
Dans la revue à laquelle nous avons consacré notre Leçon d'introduction, nous avons vu s'écrouler les unes après les autres toutes les doctrines. Aucune médication exclusive n'a réussi à s'imposer. Si le chimisme stomacal règne aujourd'hui en maître, on pressent déjà l'effondrement de ses plus solides assises. Moi-même, qui ai été depuis quinze ans l'un de ses promoteurs, je ne crains pas de reconnaître aujourd'hui, aprèft expérience faite, que ce séduisant système n'était qu'une illusion et que l'heure n'est pas lointaine où il rejoindra les autres dans l'oubli, parce que sont inutiles ou nocives la plupart des indications thérapeutiques systématiques dont il a été le point de départ.
Bien entendu, si l'on se place au point de vuel de la thérapeutique, il faut passer sous silence les théories de ceux qui nient l'existence de la dyspepsiis Ibnationnellé et -qui: ne voient dm» Tes formes ék celle-ci que l'expression* symptoma tique d'autùntde lésions matérielles de l'estomac. Ceuxrlà se sont., de parti pris,. résignés, à ne pas laire de thérapeutique ou à ne faire qu'un traitement uniquement symptomatique; car on ne conçoit pas le bien fondé de moyens propres à faire rétrograder une lésion anatomique de l'estomac, ni même les indications que peut fournir au traitement la connaissance, si exacte qu'elle soit, de cette lésion. Si vous faites de toute dyspepsie l'expression clinique d'une gastrite, vous aurez beau vous ingénier à créer une anatomie pathologique, que le type constitué soit de l'ordre parenchymateux ou interstitiel, quelle notion cet effort vous apporterat*il quand vous devrez formuler le traitement? D'autant que, comme TOUS le verrez plus loin, cette anatomie pathologique n'est rien moins que réelle, puisque des maîtres en histologie, comme J. Renaut, en nient Texactitude.
Néanmoins il serait injuste de nier l'utilité des travaux qui ont été faits sur la dilatation de l'estomac et sur le chimisme gastrique. Ils nous ont éclairés sur bien des points obscurs de la pathologie stomacale et sur nombre d'actions médicamenteuses; ils nous ont appris de quoi il fallait s'abstenir et ils nous ont montré', une fois de plus, l'inanité des systèmes.
Mais cet exemple ne nous guérira pas. Car même, à y regarder de près, l'accusation de système pourrait être aussi portée contre les idées thérapeutiques que je me propose de vous exposer. J'essayerai pourtant de me tenir le plus possible à l'écart de toute théorie, de rester sur le terrain des faits et de n'accorder créance qu'aux opinions qui auront été justifiées par la sanction thérapeutique.
CLASSIFICATION ET TRAITEMENT 9t
i Lm daasifiositkms et les traitements proposés par quelques ai»-
IttUfiS réoents. — Opinions divergentes sur le traitement médicamenteux, le régime, les médications mécaniques et physiques. — Objections et classifications de A. Mathieu.
lm dfesdflcations Avant d'eiposer ma thérapeutique personnelle, «08 dyqMpciM. voyons quellcs sont les idées courantes' sur la manière déclasser et de traiter les dyspepsies. Certes, nous ne passerons pas en revue toute la littérature médicale. Notre but, plus modeste^ est simplement de citer des exemples, renvoyant aux traités classiques et aux ouvrages spéciaux pour tout ce qui concerne la bibliographie.
Parmi les classifications adoptées dans les otivrages récents, retenons uniquement celles qui peuvent servir de point de départ pour le traitement.
BoDVERET raye le mot dyspepsie de ses préoccupations. Pour lui, il n'existe plus que rhyperchlorhydrie et l'hypersécrétion protopatbiqne ou deutéropathique, et des névroses portant sur la motilité, la sensibilité, la sécrétion et la vaso-motricité de l'estomac. Le groupe dit des dyspepsies nerveuses comprend les cas qui n'ont pu se caser dans cette classification.
SnLLER, dont les divisions ont eu un certain succès, distingue les dyspepsies idiopathiques, réflexes, névropathiques. Ces dernières comprennent trois classes, suivant qu'elles affectent la motricité, la sensibilité, la sécrétion. Chacune de ces classes se subdivise en formes par excès ou par défaut.
Dhbove et Rémond rangent les dyspepsies en :'D. hyperchlorhydrique, D. nervo-molrice, D. avec hyperacidité organique et stase alimentaire. Mais ces auteurs montrent immédiatement le défaut thérapeutique de leur classification, en déclarant € qu'il n'y a pas de I rapport constant entre la forme de la dyspepsie et le traitement dont
elle est justiciable >. Au moins, cette conclusion témoip^nait-elle que Dehors et Rémond se préoccupaient bien plus de la clinique que des théories.
Hatem, avant de mettre au premier plan la vieille gastHte de BR0U9SAi9et d'en faire quatre variétés anatomiques : la gastrite parenchymateuse hyperpeptique, la gastrite interstitielle, la gastrite muqueuse et la gastrite atypique, divisait les dyspepsies en hyperpepsie et hypopepsie. L'hyperpepsie ne comprenait pa» moins de trois classes et de sept variétés. Qaant à Thypopepsie, elle comprenait aussi trois
classes, mais avec quatre variélés seulement : soit, au totale douze espèces cliniques.
La littérature étrangère, plus riche encore en travaux que la nôtre, offre tependant moins de précision dans les classifications. Pour n*en citer qu'un exemple, II. Léo range toutes les dyspepsies sous le titre de uévroses de Testomac. Il y a des névroses de la sensibilité, de la motilité, des sécrétions, plus une forme particulière dénommée dyspepsie nerveuse ou neurasthénie gastrique.
Aucune de ces classifications n'a réussi à s'imposer parce qu'aucune d'elles n'impliquait une sanction thérapeutique.
Considérons en eflel, et toujours à titre d'exemple, quelques-uns des traitements proposés par les auteurs des classilications précédentes.
BouvERET fixe plusieurs indications dans le traitement de Thyperchlorhydrie ou maladie de Reichmann. 11 faut d'abord, dit-il, faire cesser le l]u\ gastrique. Mais aucun des moyens proposés ne lui parait reeommandable : ni les lavages de V estomac avec la solution de nitrate d'argent à 1 ou 2 p. 100 (Reichmann), ni rusagepro* longé dû Veau de Carlsbad (Jav^orski, Boas), ni la combinaison des lavages de Vestomac et des alcalins (Honigmann), ni Vatropine, ni h morphine^ etc., toutes médications dont les résultats cliniques seruient loin d'être encourageants.
La deuxième indication consiste à supprimer les causes d'excitation de Tappareil secrétoire. Cette indication, qui se confond en grande partie avec la précédente, aboutit à des prescriptions hygiéniques el alimentaires.
La troisième indication vise le régime. 11 faut conseiller une alimen talion qui soit en rapport avec les troubles du chimisme stomacal et qui puisse cependant suffire aux exigences de la nutrition.
La quatrième indication, qui consiste à combattre les fâcheux effets de TJij persécrélion gastrique, est remplie par les alcalins et le lavage de restomac.
Dans les névroses de la sécrétion avec hyperclilorhydrie et dans la dyspepsie nerveuse, Bouveret conseille Vacide chlorhydrique et les ferments digestifs.
Debove et Rémond recommandent, quand il y a exagération de la sécrétion, le régime lacté et les alcalins à haute dose. Debove a donne le bicarbonate de soude aux doses de 40 à 00 grammes par jouj-, sans observer le moindre accident; mais il s'en tient, dans la pratique, à 10 ou 15 giammes. Les mêmes auteurs recommandent