QUATRIÈME LEÇON
LES DYSPEPSIES HYPERSTHÉNIQUES AICUËS D'ORIGINE NERVEUSE
LES DYSPEPSIES HYPERSTHÉNIQUES AIGUËS PAROXYSTIQUES, D'ORIGINE NËVROSIQUE ET D*ORIGINfi NERVEUSE GENTRAUË
Considérations générales. — Division des dyspepsies hypersthéniques aiguôs. — La migraine gastrique.
considérauoni Lcs dyspcpsles hyperslhéniques correspondent à ce générales. ^^^ y^^ appelait, à cc quc d'aucuns appellent encore rhyperchlorhydrie, comme si le fait de la présence de Tacide chlorhydrique en excès dans le contenu stomacal pouvait caiaclériser une forme morbide. L'hyperchlorhydrie telle qu'on la comprise et décrite ne répond à rien.
Elle n'a pas de caractéristique étiologique, puisqu'elle dépend pour les uns d'un trouble nerveux qui peut aussi bien conduire à l'hypochlorhydrie , ce qui obligerait de séparer ces cas de l'hyperchlorhydrie pour les ranger dans la neurasthénie, tandis que pour les autres elle serait l'expression d'un trouble local de l'estomac avec réaction secondaire sur le système nerveux.
Elle n'a pas de caractéristique chimique, puisqu'il y a des cas où l'acide libre n'est pas en excès, toute l'augmentation portant sur l'acide combiné, et puisqu'elle coexiste très fréquemment avec la présence d'acides de fermentation que les théoriciens sont fort
étonnés de voir apparaître, eui qui enseignent dogmatiquement que Tacide chlorhydrique est un merveilleux antiseptique stomacal.
Elle n'a pas de caractéristique clinique, parce qu'il est impossible de la séparer des troubles moteurs et nerveux qui l'accompagnent, la précèdent et la suivent. Gomme je vous l'ai dit dans une précédente Leçon, vouloir décrire d'une part une dyspepsie hyperchlorhydrique, d'autre part une dyspepsie motri(5e, enfin une dyspepsie nerveuse, c'est vouloir séparer artificiellement et élever à la hauteur d'entité des éléments morbides cliniquement inséparables.
Elle n'a pas de caractéristique thérapeutique, parce que le traitement chimique qu'elle impose est tout simplement désastreux et précipite l'évolution de la dyspepsie vers la gastrite chronique.
L'hyperchlorhydrie est donc un état chimique, un symptôme, si vous voulez ; mais elle ne peut pas plus servir à désigner une maladie que le mot fièvre ou le mot toux, par exemple.
Yous vous souvenez que les hypersthénies sont aiguës ou permanentes. C'est par le premier de ces groupes que nous commencerons notre étude.
jjj^j^^ Les dyspepsies hypersthéniques aiguës se présen-
des hyp«rsUi6iiiM tcut SOUS trois varlélés qui dépendent de causes di<-
**''*'* verses exerçant leur intluence sur la fonction gastrique.
1' La dyspepsie hypersthénique aiguë, à forme paroxystique, d'origine névrosique. Elle est sous la dépendance de troubles nerveux dynamiques, c'est-à-dire sans lésion;
2* La dyspepsie hypersthénique, à forme pai'oxystique ou périodique, d'origine nerveuse centrale. Cette espèce se rapproche, en certains points, de la précédente, mais elle eu diffère par la présence d'une lésion du système nerveux central ;
3^ La dyspepsie hypersthénique paroxystique ou périodique, d'origine gastrique ou réflexe. Cette dernière est de beaucoup la plus importante : elle commence ordinairement le cycle pathologique qui débute par des accès de troubles fonctionnels pour aboutir à la gastrite avec lésion, en passant par le trouble fonctionnel permanent et le catarrhe gastrique.
Ces dénominations sont peut-être un peulongues^mais elles ont l'avantage d'être par elles-mêmes une définition presque complète ; de plus, elles représentent assez correctement les dominantes cliniques; enfin elles ont encore l'avantage de poser la question au point de vue thérapeutique.
L'une des caractéristiques principales de toutes ces variétés de dyspepsie, c'est l'hyperchlorhydrie prononcée; mais le moment de ce phénomène varie ainsi que sa plus ou moins grande fréquence ou la régularité de son apparition. Elles se distinguent encore entre elles par rexistencG ou l'absence d'accès migraineux.
La mifftûiiio Et, à ce propos, avant d'entamer la description des
gaitriqua. tfoublcs dyspcptiqucs et de leurs indications thérapeuliquesp je crois ulile de dire quelques mots de la migraine gastrique dont l'expression reviendras! souvent au cours de ces Leçons.
La vériLable migraine a son origine dans un état constitutionnel arthritique et son siège dans le domaine du grand sympathique; elle est caractérisée, entre autres symptômes, par des douleurs de lêle atroces, par des troubles sensoriels -et vaso-moteurs. Ses prodromes portent surtout sur le système nerveux; elle peut survenir en dehors de loule cause gastrique et se renconirer chez des sujets pourvus d'un excL'Uenl estomac. Les accès viennent plus ou moins souvent et presque toujours à intervalles régulièrement périodiques; ils se prolongent de 12 à 24 heures et leur durée est complètement indépendante d'une relation quelconque avec la digestion. Il se produit assurément des vomissements à une époque donnée de l'accès migraineux ; mais ces vomissements, dus à une action réflexe de l'encéphale sur Testomac, sont nerveux, et l'alimentation ne joue aucun rôle dans leur production.
Tout autres sont les pseudo-migraines d'origine véritablement gastrique ; celles-là sont toujours liées à un trouble manifeste de la fonction dîgeslive et leur durée est toujours symétrique de la durée des troubles gastriques eux-mêmes. Les douleurs de tête sont moins prononcées ; le malade éprouve surtout un trouble vertigineux et un malaise indéfinissable plus pénible que douloureux. De plus, quand il y a vomissement, celui-ci est alimentaire et l'acidité des matières vomies est toujours très considérable. La plupart des sujets disent volontiers : c J'ai ma migraine. » Traduisez crise dyspeptique, oL vous serez mieux dans la vérité clinique.
Ces considérations sont bonnes à mettre en lumière, car elles comportent des applications thérapeutiques. En effet, la vraie migraine sera avantageusement traitée par une médication appropriée, par les neiDim et particulièrement par Vantipyrine, tandis que ces médicaments ont le plus déplorable effet dans les pseudo-migraines d'origine gastrique, puisqu'ils exaspèrent les troubles dyspeptiques. C'est là une faute que vous éviterez à coup sûr en ayant présentes & la mémoire les distinctions que je viens d'établir entre les mi»
L'HYPERSTHÉME PAROXYSTIQUE NÉVROSIQUE HO
graines vraies et les troubles migraineux qui accompagnent si souvent les dyspepsies.
De la dyspepsie hypersthénique aigud paroxystique d'origine névrosiqae. — Là description clinique. ^ L'éliologie. — i^ diagnostic. — Les troubles dans les échanges organiques.
Ce type est bien connu. Il répond à la gastroxynsis deRossBACuS à une partie de ce que Bouveret' décrit sous le nom d'hypersécrétion nerveuse deutéropathique, au vomitus hyperacidus
de ROSBNTHAL*.
La desoripuoii La personnalité morbide de cette variété est bien oiinivie. établie par la clinique. Elle est caractérisée essentiellement par l'association paroxystique de deux phénomènes douloureux, l'un du côté delà tète (accès d'apparence migraineux), l'autre du côté de l'estomac (violente crise gastralgique), débutant isolément ou simultanément, atteignant ensemble leur paroxysme et se terminant par des vomissements hyperacides et indépendants de Talimentation.
Yoici comment les choses se passent d'ordinaire. Un homme jeune, de 15 à 25 ans, est saisi plus ou moins rapidement, à la suite d'un surmenage intellectuel, d'une émotion, d'une fatigue, par un mal de tète violent ou par une vive douleur épigastrique. Que ce soit l'une ou l'autre de ces douleurs qui ouvre la scène, elles se conjuguent bientôt l'une à l'autre, évoluent simultanément et atteignent en même temps leur maximum. A ce moment, surviennent des vomissements indépendants de toute alimentation — la crise, en effet, se produit souvent à jeun. — Ces vomissements sont très acides ; ils irritent le gosier, agacent les dents et, à mesure qu'ils se répètent, croît leur acidité. En même temps, le malade éprouve une soif vive; il est en proie à une agitation nerveuse plus ou moins accentuée. Puis, à la suite d'un dernier effort de vomissement, survient une rapide détente; les douleurs se calment; le malade s'endort d'un tranquille sommeil et, à son réveil, il se retrouve dispos,
1. RossBACH. — Deutsches Archiv fiir klinische Medicin, 1S84.
2. Bouveret. — Traité des maladies de restomac» p. 680, 1893.