‹ Les maladies de la nutrition. Les maladies de l'estomac, diagnostic et traitementChapitre 86 sur 177 · ONZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

ONZIEME LEÇON

LES THAITtMËiMS A ÉVITER — LE TRAITEMENT DE LA CRISE GASTRIQUE L'UYGIËNE — LE RÉGIME ALIMENIAIRB

Les traitements à éviter. — L'indication thérapeutique dominante*

nonudérBUons Ail COUPS d'unc précédente Leçon, vous avez eu 0ti6r«ift9. ^jj rapide aperçu de quelques-unes des médications actuellenif^nl préconisées contre les dyspepsies qui se rapprochent de celles que nous décrivons sous le nom d'hypersthénie permanente. S'il falîail développer cet aperçu el vous donner Ténumération de tous les iraitements proposés et employés, il serait plus simple, assurément, de renoncer à dire ce que Ton a fait pour se bornera citer ce que l'on n'a pas fait. Et beaucoup de très bons cliniciens, découragés par le persistant insuccès des moyens successivement proposés, s'en tiennent à une tliérapeulique simpliste, faite de régime, d'hygiène el d'un minirnum de médicaments, thérapeutique qui leur donne des résuUats plus soutenus que les médications issues de systèmes.

A œ propoSj ce n'est pas sans un certain embarras que j'aborde celle question du traitement où, pour être conséquent avec les enseij^nemeûls de nos dernières Leçons, je me vois forcé de discuter encore, pour les conihallre, un grand nombre d'affirmations considérées comme classiques, non pas seulement hier, mais encore aujourd'hui. Il est probable que les moyens que je vais proposer n'échapperont pas davantage à la critique, et je n'émets pas la prétention de bfttir

plus solidement que nos devanciers. Cependant nos recherches sur les échanges sont une base plus sûre que les considérations théoriques, si logiques soient-elles, et j'ai Tespérance que les déductions qui peuvent en être tirées ont plus de chances de rester acquises à la thérapeutique.

L'expérience, en efifet, m'a montré qu'en prenant la physiologie pathologique pour guide on pouvait, d'abord, éliminer décidément un certain nombre de médications; puis fixer de précises indications à plusieurs autres; enfin que la dyspepsie hyperslhénique, même arrivée à la période permanente, était souvent curable, à la condition de ne pas s écarter d'une thérapeutique inspirée par la connaissance des troubles fonctionnels qui constituent la maladie.

Ln tmtaiiiats Dopuis que la dilatation de l'estomac a monopoàértur, lise pour uu temps la pathologie gastrique, il était rationnel que son traitement fût au pinacle. On mettait d'abord le matode au régime sec ou relativement sec, en réduisant considérablement la boisson pendant les repas; on lui administrait ensuite systématiquement des antiseptiques, comme les naphtols, le benzonaphiolf le saiicylate de bismuth, le salol, etc., pour prévenir ou arrêter les fermentations génératrices de toxines. Entre temps, les uns tenaient pour ht médication acide avec Vacide chlorhydrique ; d^autres défendaient la médication alcaline dont on portait les doses jusqu'à 20 grammes et plus de bicarbonate de soude par jour. On essaye de réveiller la contractilité de la tunique musculaire de l'estomac avec des préparations strychniqtcesy de Yélectricité, du massage; on absorbe les gaz à l'aide du charbon; on remédie à la stase par le lavage; on réveille l'appétit défaillant par les amers; on combat par les peptones rinsuffisance de Fassimilation. Parfois, et à titre de traitement purement symptomatique, reparaissent dans quelques formules les astringents et les narcotiques.

Voyons quels sont les inconvénients de cette thérapeutique appliquée à la dyspepsie hypersthénique presque toujours diagnostiquée c dilatation de l'estomac » et traitée comme telle. L'examen de ces inconvénients nous fixera sur les traitements à éviter.

^ Le régime sec^ ou tout au moins la restriction

plus ou moins marquée des boissons pendant les repas, est encore très en faveur auprès des médecins qui Tont accepté sous Tautorité de Chomel, de Schweninger et de Bouchard. On a certainement dépassé leur pensée en faisant du régime sec l'abus qui règne encore aujourd'hui. Au degré systématique où on l'a porté, le

ïia LES DYSPEPSIES

iTpme sec est le plus souvent nuisible. Songez donc que les malades auxquels on le conseille ont plusieurs grammes d'HCl libre dans leur estomac et qu'en ordonnant la diète des boissons vous enlevez au malade ta |>ossibUité de diluer ce suc gastrique concentré dont Tacide en excès irrii*^ hi muqueuse, met en jeu des réflexes divers et provoque riflexement aussi le spasme du pylore! Et puis, allez donc imposer le régime sec aux hypersthéniques qui ont une tendance à h polyune,et vous verrez aussitôt chez eux les crises douloureuses devenir plus Tréquentes, ainsi que les autres accidents comme le vertiffe dont il a été question à propos de Thypersthénie aiguë, Bans compter que l'amaigrissement se précipite et que les forces fléchisseat.

L'Aiiidv Passons à Vacide chlorhydrique qui, lui aussi,

ûuorbydriqae. ^^^ f^^^ ^^ favcur SOUS prétcxlc qu'en sa qualité d'anliseptiqiie il empêche ou modère les fermentations génératrices depoison.s, ce qui est, d'ailleurs, démenti par les faits, puisque la présence de 4 à 5 p, 1000 d'HCl libre dans le contenu de l'estomac n'empèehe pas le développement des acides de fermentation.

BouGKÀHD conseille une solution à 4 p. 1000 dont il donne jusqu'à 750 grammes par jour. Jaworski et Ewald vont plus loin, puisrju'ils affirment que l'HCl améliore les hyperchlorhydriques. A cela iejï règles de la plus vulgaire logique m'empêchent de souscrire.

Comment ! Voici un suc gastrique où l'HCl existe en excès et provoque les crises que vous savez, et l'on veut traiter, par une sorte d^homéopalhie, cette sécrétion exagérée par l'augmentation de l'élément nocif qu'elle contient! Il y a déjà trop d'acide et l'on en ajoute encore! Eh bien, interrogez les dyspeptiques que l'on a soumis à celte désastreuse médication, et vous ne serez plus tentés d'y avoir recours quand ils vous auront énuméré les troubles qu'elle leur a causés.

yvitii«p«ti Parlerons-nous de la médication antiseptique?

DBstriqDfl Yons connaissez déjà mes sentiments et les motifs qui les légitiment. Rappelons seulement que, pour produire l'antisepsie gastrO'inlestinale avec les médicaments classiques: naphtol, benzonaphtol, charbon naphtoléy saloly eic, il faut employer des doses à peu près antipeptiques ; que des doses inférieures sont au moins in actives; que le naphtol j en particulier, est un irritant qu'on met au contact d'une muqueusedéjà hyperexcitée et qu'enfin les fermentations qu'il s'agit de combattre ne sont qu'un élément accessoire de l'hypersthénie gastrique.

Les stimulants Les trailcmenls dits stimulanls dirigés contre la gastrifiaes. dilatation gastHque et destinés à accroître la contraclilité de la tunique musculeusc, qu'ils soient médicamenteux comme la strychnine et lésâmes, dynamiques comme Yélectriciié, mécaniques comme le massagf^, sont également irrationnels, au moins en tant que médication fondamentale. Pourquoi, en effet, exciter encore un or* gane qui souffre justement d'excitation exagérée, quand toutdémoniiv que c'est cette excitation fonctionnelle qui conditionne la symptomalologie? Et ne conçoit-on pas, sans qu'il soit besoin d'insister, que les médications excitantes ne peuvent qu'accroître les troubles dont le malade souffre ?

Lss •losltais.

iNaturellement, les alcalins ont été les premiers médicaments auxquels on a pensé quand on a fait de rhyperchlorhydrie l'élément fondamental de la maladie, ce qui conduisait à l'idée de la saturation. Vous vous rappelez combien l'abus de cette médication chimique est préjudiciable dans Thypersthénie aiguë. Il en est de même dans la période permanente de la maladie. Sans revenir sur les arguments déjà développés, ajoutons seulement que, si le bicarbonate de soud^ produit, au moment de son ingestion, un très réel soulagement puisqu'il sature l'HCI et les acides de fermentation, il devient aussi, par sa qualité même d'alcalin, l'occasion d'une nouvelle sécrétion d'acide chlorhydrique en même temps que, par suite de sa transformation en chlorure de sodium, il fournit à l'oi ganisme la matière première qui sert justement à la fabrication de cet acide. Si la saturation des acides gastriques s'impose, au moment des crises douloureuses, il faut qu'elle soit réalisée par des moyens spéciaux, incapables d'exciter la formation du principe nocif que l'on cherche précisément à supprimer. L'emploi raisonné du bicarbonate de soude peut amener à cet heureux résultat, mais on ne saurait trop répéter combien sont nuisibles les fortes doses d'alcalins que l'on a préconisées.

uuTage ^6 lavaçc de l'estomacy qui a eu, lui aussi, son

derestomao. \^QXiv^ (Je succès, a subi le sort de bien des procédés thérapeutiques; on l'a conseillé et pratiqué jusqu'à l'excès, puis on tend à l'abandonner ou tout au moins à restreindre son emploi. Et, pourtant, cet emploi est rationnel et peut rendre des services dans les cas de stase prolongée ou de crises trop douloureuses. Mais, pratiqué régulièrement à titre de médication systématique, il fatigue les malades sans résultat appréciable; aussi, dans la pratique, je vous conseille de n'en faire usage qu'à titre exceptionnel et seulement comme médication symptomatique et transitoire.

fBtl LES DYSPEPSIES

Si le malade maigrit et s'affaiblit, si la digestion

Les p&iitones. . '=' .ni

devient plus difficile, on conseille les peptones, soil administrées seules, soit associées au lait ou au bouillon. Le premier effet des peptones est de provoquer celte inhibition de la peptoûîsalion dont nous nous sommes entretenus déjà à propos de la dyspepsie des gros mangeurs. On voit tout de suite l'effet produit par les introductions de peptones artificielles. On devra les réserver pour les cas où l'alimentation normale est à peu près impossible.

Ln C'est généralement après des traitements prolongés

•aux miiiéraïas. j^^^ ^^ ^ rcconnu l'inulilité qu'on se décide à conseiller une cure hydro-minérale. Dans la plupart des cas, on s'adresse à Vichy, Pougues, Carlsbad, Hambourg, Kissingen,e\jc.^ et le mahde ne retire de ces cures, indiquées si souvent au hasard,, qu'un lionélice restreint, quand son état ne s'y aggrave pas.

L'ind ividu qui apassé successivement et sans résultat par ces diverses mf"fii(.aiions finit par se décourager et par cesser tout traitement. 11 est souvent destiné alors à devenir un type à lésion, c'est-à-dire que le trouble, jusqu'ici simplement fonctionnel, est bien près d'aboutir h une lésion analomique, bien plus difficile à guérir. Voyons donc ce qu'il serait possible d'obtenir avec une thérapeutique différente, établie sur la connaissance des troubles fonctionnels qui ont fait l'objet des précédentes Leçons.

Lindjcfltton ^^^ grande indication domine notre thérapeu-

ui^jrapflutiqae tiquc *. c'cst de dimiuucr l'excitation fonctionnelle qui - ^ est bien l'acte pathogénique essentiel de la dyspepsie hypj^rstljénique, puisque c'est elle qui constitue le pivot de la symptoinatQlogie et le point de départ de tous les accidents secondaires» CeLLc indication renferme en elle toutes les autres qui deviennent accessoires ; car, si l'on doit s'eff'orcer de supprimer le flux gastrique, de combattre les eff'ets de son hypersécrétion, de traiter les complications, tout cela ne peut se faire utilement qu'en ne perdant pas de vue le fait fondamental de Thypersthénie causale. D'un autre côté, tout ce que nous a appris l'élude des échanges : à savoir, l'insuffisance proj^nessive de l'assimilation, l'évolution imparfaite des aliments ternaires, ta déminéralisation organique, l'accroissement des échanges dans le système nerveux, etc., tout cela est si intimement lié au trouble de la fonction gastrique que celui-ci doit encore retenir toute raltenlion du médecin quand il s'occupe du traitement des altérations de la nutrition. Je n'insisterai pas davantage sur le chapitre des indications puisque celles-ci se condensent en une dominante qui les résume toutes.

Le traitement de la crise gastrique. — La saturation directe

et indirecte.

Le traiument ^^^ considérations sont même applicables au traite-

dt ment des crises. Ces crises, causées par la présence en

*''**'^^^* excès d'HCl libre dans le contenu de Testomac, ûgurent au premier rang des symptômes à combattre. C'est d'elles dont se plaignent, avant tout, un grand nombre de malades, et dont ils demandent rimmédiat soulagement. Vous devrez les calmer souvent avant même d'aborder le traitement de Thypersthénie ; quand un incendie s'est déclaré) on cherche à l'éteindre avant de s'occuper des causes du sinistre.

Et puis il ne faut pas oublier que l'hyperchlorhydrie, provocatrice des crises, a la valeur d'un élément morbide, puisque, sous le coup de l'irritation gastrique, le pylore se contracte, d'où distension de l'estomac, stase des aliments et fermentations anormales avec tout leur cortège d'accidents. D'autre part, la muqueuse stomacale, si riche en plexus nerveux, subit elle-même une irritation chimique qui s'ajoute à son excitation dynamique et réagira en réflexes lointains, accidents nerveux, dyspnéiques, cardiaques, etc. Le traitement de l'hyperchlorhydrie doit donc nous préoccuper au même titre que celui des crises qu'elle détermine.

Ce traitement vous a été exposé dans une Leçon précédente, et je n'y reviendrai que pour le compléter*.

u saturation H ne faut pas, je vous l'ai dit, essayer de calmer la

directe. ^pjg^ ^^ j^ saturcr l'HCl en excès par de fortes doses de bicarbonate de soude, moyen facile et rapide qui donne assurément un soulagement immédiat, mais qui est l'occasion de nouvelles sécrétions acides, de sorte que, après des saturations longtemps répétées, la muqueuse gastrique est complètement surmenée et que le malade arrive à la dyspepsie par insufiisance de sécrétion, préface du catarrhe gastrique et de la gastrite chronique qui, dans ce cas, reconnaissent la thérapeutique comme l'une de leurs origines.

Repoussez donc les hautes doses de bicarbonate de soude. Vous savez que je lui préfère la magnésie calcinée ou hydratée, donnée de

i. Voyez II* Partie, Leçon vi, pages 166 et suivantes.

trois à quatre heures après les repas, au moment où survient la sensation de gêne, de pesanteur, de brûlure, si caractéristique de Thyperchlorhydrie. J'ai déjà donné la théorie du procédé et les formules à employer, au cours d'une précédente Leçon, à propos du traitement de rhypersthénie aiguë*.

On commence par administrer un paquet de celle poudre de saturation au moment où le malade éprouve les phénomènes précurseurs de la crise, c'est-à-dire renvois, aigreurs, pyrosis, crampes d'ostomai f bâillements, éructations acides. Au bout d*un quart d^heure, si les phénomènes en question ne se sont pas atténués, on donnera un second paquet. J'insiste sur l'urgence de prendre cette poudre dès le début de la crise : on peut ainsi Téviter, tandis qu'il est difficile de l'arrêter quand elle bat son plein. Conseillez aux malades d'avoir toujours un paquet de saturation à leur portée et de l'avaler itnmédiatemenl dès qu'apparaissent les premiers symptômes morbides.

lb satmaiiûn A côté dc la saturatiou directe de l'acide chlorhyinmraou. driquc, on peut employer aussi, mais dans certains cas seiileuient, une sorte de saturation indirecte à l'aide de sels à acides ojj.^*miquea qui se dissolvent dans l'organisme et s'éliminenl àl'élat de cai bonates alcalins. Tels sont la crème de tartre ou mieux encore le sel de Seignette qui est un tartrate neutre de soude et de potasse. On Tassûcie dans la formule suivante à la magnésie calcinée ou hydratée et au soufre sublimé et lavé agissant comme excitant des libres lisses de riolesliD.

¥ Soufre sublimé et lavé 0»',25

Sel de Se/>nette 1»" »

Magnésie calcinée O^^SO

Mêlez exactement en un cachet.

On commence par donner un cachet, cinq minutes environ avant les princijjanx repas.

Cette association a l'avantage de remédier dans une certaine mesure à la constipation. Mais son usage demande à être surveillé de près, car souvent elle détermine des aigreurs. Si la chose arrive une seule foiSj on n'hésitera pas à supprimer les cachets. En somme, ce procédé de saturation indirecte n'est utilisable qu'exceptionnellement, quand la SîUuratiou directe demeure insuffisante.

Dans quelques cas rares aussi, au moment des crises violentes, il

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