Vuyez II' [^ARTiE, Leçon vi, pages 168 à
arrive qu aucun des moyens précédents ne parvient à airêler la seorèlionchlorhydrique. Alors on essaye de calmer la douleur et on v [kuvient parfois en administrant en pleine crise une tasse de lait êtymiè ou un œuf cru. Les matières albuminoïdes de l'œuf ou du lail lixeiit alors THCl et l'empêchent de réagir sur la muqueuse gastrique. Nombre de malades, qui prennent pour une sensation de faim le début de la crise, ont contracté l'habitude de satisfaire cette fringale el en éprouvent un soulagement momentané ; ils insistent spécialement sur la nécessité d'avoir toujours un aliment à leur portée. Mais il v:* sans dire que cette introduction d'aliments va nécessiter, après um^ saturation temporaire, une nouvelle digestion, par suite une nouvellt^ ext itation de l'estomac. C'est pourquoi on n'emploiera ce moyen que ^i h saturation par les alcalino-terreux est impuissante, et toujours a rilre exceptionnel, puisque la règle sur laquelle nous insisterons tout à l'heure est de supprimer absolument toute alimentation en lehors des trois repas réglementaires. Encore n'usera-t-on que de l.iit e! d'œufs crus quand se présentera l'indication de la saturation aliuLeiilaire.
Le traitement de la crise une fois établi, on s'occupera de combattre la dyspepsie, c'est-à-dire l'excitation fonctionnelle qui la oauïie.
L'hygiène morale et physique. — L'exercice el le repos. — Les applications chaudes sur l'épigastre. — Les soins de la peau.
Le traitement de la dyspepsie hypersthénique permanente, fondé sur l'indication de l'excitation foncliounelle, comprend trois parties relatives à l'hygiène, au régimi, aux médicaments.
La vie de ce dyspeptique doit être scrupuleusement réglée. Il doit mesurer avec prudence toute dépense d'énergie morale et physique, puisque chaque effort dépassant la mesure retentira sur ^uii estomac. Une promenade trop longue, une marche trop rapide, une soirée poussée au delà de l'heure coutumière du sommeil, un travail musculaire ou intellectuel trop actif ou trop prolongé, une grantio joie ou un accès de tristesse, une émotion soudaine, un coït iiUeinpestif, en un mot tout dérangement, si minime soit-il, du traulraii ordinaire de l'existence, devient une cause d'excitation gastrique qui entretient la maladie ou engendre une crise.
11 importe que tout ceci soit bien compris par le malade; sa tranquillité est à ce prix. Donc il lui faut une vie réglée comme dans un cloître : lever matinal ; toilette à Teau tiède, afm d'éviter une réaction trop vive; repas à heures strictement régulières; travail méûagi';, mais pas de paresse ni d'inaction qui prédisposent à la neurastliénie; exercices doux et sans dépenses imprévues de force physique; coucher de bonne heure, avec une moyenne de neuf heures de sommeil. Après le repas, un repos d'une demi-heure à deux heures est nécessaire. Voyez le chien : quand il vient de manger, il se couche. On aura tout avantage à faire comme lui et à s'abstenir de tout travail et de tout exercice jusqu'à ce que l'estomac ait terminé la première partie de Tacle digestif. Ensuite le malade pourra et devra même faire un peu d'exercice à pied.
L'«iarcâo« Pour Tindicatioû de Vexercice et du repos^ il
«Ile repos, importe, en dehors de la règle générale qui précède, de tenir compte beaucoup plus du malade que de la maladie. Je m'explique.
Voici des dyspeptiques hypersthéniques en état de semi-inaniliou, non parce qu'ils ne mangent pas, mais parce qu'ils n'assimilent pas* Faibles, amaigris, ils frisent la cachexie. N'allez pas leur recommander l'exercice. Puisqu'ils vivent presque sur eux-mêmes, il laut réduire leurs dépenses; il faut aussi réduire toute cause d'excitation générale pouvant retentir sur l'estomac. Vous leur conseillerez, au contraire, le repos absolu, même le repos au lit, au moins pendant la première partie de leur traitement.
Si vous avez affaire à des malades arthritiques, encore vigoureux, dites-leur de faire de l'exercice en plein air, en procédant par entraînement, sans fatigue, et toujours après une période de repos û la suite des repas. Pour prendre ce repos, le malade ne se couchera pas ; mais il s'étendra sur un bon fauteuil, les jambes légèrement élevées sur un coussin, et gardera une complète immobilité. Devra-t-il se laisser aller à la sensation de pesanteur et d'engourdissement qui suit habituellement le repas, ou faut-il qu'il résiste au sommeil? Pour cela pas de règle fixe et, comme l'a fort bien remarqué Albert Mathieu* avec qui je m'accorde entièrement sur ce point, il n'y a aucun mal, il y a mêmeavanlage à laisser dormir après le repas ceux qui s'en trouvent bien et qui se réveillent avec un sentiment de bienctie. A ceux qui s'éveillent avec des malaises, de la lourdeur de tête, du gonflement, il faut interdire le sommeil.
i. Albert Mathieu. — Le régime alimentaire dans le traitement des dyspepsiesi Paris, ÎB94, p. 196.
THAITEMENT DE LA DYSPEPSIE HYPERSTHÉMQUE PERMANENTE 255
Quant à la lorme de Texercice, je n'en connais pas de meilleur qut* la marche, la chasse et la bicyclette à petite allure, avec un minimum d'efiorls. On ne craindra pas de provoquer une légère transpiration.
Us appUMOioos Pendant la période de repos qui suit le repas, on ^**^ appliquera sur le creux épigastrique des serviettes
rar rdpigastre. , , , r o -i
chaïuies ou un sac de caoutchouc rempli d*eau chaude. Je me trouve aussi fort bien d'un petit appareil qui a élé imaginé par Verriest (de Louvain) et qui consiste en une plaque formée par un tube de caoutchouc enroulé comme on le fait des cordages à bord des navires. L'orifice supérieur plonge dans un seau plein d'eau à 40" qu'on place sur un support, à 75 cent, environ au-dessus du fauteuil où repose le patient; l'extrémilé inférieure est placée dans un seau vide au-dessous de lui. L'appareil faisant siphon, on l'amorce pai aspiration et, sous cette circulation d'eau qui est à peu près à 38' quand elle traverse la plaque, la digestion parait s'accomplir avec la plus grande facilité. Chez nombre de malades cet appareil bien simple m'a rendu de grands services, surtout quand il est appliqué à des personnes qui présentent de l'intolérance médicamenteuse. En tout cas, il est nécessaire de le maintenir sur l'estomac pendant une heure et de ne pas se rebuter après quelques applications infructueuses, si l'on veut en tirer un bénéfice appréciable.
lmmiiis L.6S soins journaliers de la peau font partie de
(toiapsan. j'hygièue de l'hypersthénique. Grands lavages le matin, au lub, avec l'eau tiède, suivis d'une friction avec l'eau de Cologne ; deux fois par semaine, ou une fois tout au moins, un grand bain tempéré de â4 à Sb"" au plus, et de 20 minutes de durée, additionné de 250 grammes de gélatine de Paris et de 300 à 500 grammes d«; cristaux de soude.
Ces prescriptions hygiéniques ont pour but de réduh^e au minimum les excitations de divers ordres qui peuvent retentir sur l'eslomac. Le régime alimentaire dont nous allons nous occuper est destiné à modérer les excitations directes de la muqueuse gastrique.
Le régime alimentaire. — Discussions des auteurs. — Les trois étapes du régime des dyspeptiques. — Le régime lacté absolu. — Le régime laclo-?égétaL — Le régime définitif. — Aliments et boissons permis ou défendus. — Sommaire de Torganisation des repas. — L'intolérance pour les aliments ani*
ua diioQuioiii Cette question du régime alimentaire est vraiment anriorèaiiiie. (^pj^aig qi ^ fait Tobjet de vives discussions. Jadis le régime lacté absolu était fort en honneur; mais sa vogue a sensiblement décru depuis quelques années, et les travaux de Leube, de G. Sée, de Penzoldt, de Boas, etc., lui ont substitué des régimes mixtes fort bien étudiés et fondés sur le degié de digestibilité expérimentale des aliments. Pins récemment, Dujardin-Beaumetz a vanté le régime végétarien qu'il a défendu avec un grand talent, avec Fidée d'éviler l'excitation causée par la viande qui serait une sorte de stimulant physiologique de la sécrétion gastrique.
Depuis lors, la question a été reprise par un grand nombre d'auteurs ; mais elle ne parait pas résolue potir cela. Ainsi Riegel, Boas Penzoldt, Biedert et Langermann, Weoele, Einhorn, Bouveret, FloFFMANN, Mathieu, Ewald, Orthner, Honigmann, Fleischer, etc., tiennent pour les albuminoïdes qui se dig:èrent bien et rapidement et qui fixent l'HCl, tandis que les féculents sont mal digérés.
Au contraire, Rosenheim, Fleiner, Moritz, Hemmeter, Jurgensen, von Sohlern, etc., recommandent l'alimentation hydro-carbonée moins excitante pour la sécrélion gastrique.
Mais voici que A. Schûle*, 0. Sorensen et Metzger' concluent de leurs recherches expérimentales que les albuminoïdes et les hydrocarbonijs ont à peu près la même influence sur l'HGl libre.
Ces contradictions se retrouvent et s'accentuent quand on recherche l'action de chaque aliment particulier sur la sécrétion. Cependant Ewald et Boas, Penzoldt, Lubassow, Akimow-Peretz, Strauss et ÂLDOR, etc., s'accordent à peu près pour admettre que les corps gras retardent, s'ils ne la diminuent pas, la sécrétion chlorhydrique^
1, A. ScbOle. — Zeitschrift fur klinische Meciicirij t. XXVUI et XXIX.
f . 0. Sorensen et Metzger. — Munchener medicinische Wochenschriftj n* 36, 1898.
3. Ewald et Boas. — Virchou/s Archiv, t. Cï et Cil. — Penzoldt, UeuUches Archio /ûr kiimsche Medicin, l. LI, p. 335, cl t. LUI, p. 209. — Ldbassow, Wratch, 1896, n» 12, et Archires det Sciences biologiques, \SdS, t. V, p. 455. — Akihow-Peretz, Wralch, 1897, n» ['.i, et 1898, nM4. — H. Strauss et Aldor, Zeitschrift fur diatetische und physikaliscfie Thet&piet 1898, t. I, n» 2.
Plus récemment, W. Bachmann * conclut que les végétaux et le lait provoquent moins de sécrétion chlorhydrique que la viande, que les pommes de terre augmentent THCl libre et les fermentations et que les corps gras, comme le beurre et la crème, diminuent THCI.
Yerhoegem' soutient que Tacidité totale subit une progression croissante avec les aliments suivants : miel, lait, œufs, viande.
Enfin Ch. Jîjrgensen et J. Justesen^ avancent que les repas de viande augmentent la sécrétion chlorhydrique totale et que TIICl combiné et THCl libre ont des valeurs d'autant plus élevées que le repas contient plus de viande.
conoiQrions Cette diversité des régimes proposés par des pra-
prattqoM. liciens également compétents et qui ont pris pour guide l'analyse du contenu stomacal prouve, avant toute chose, qu'on ne saurait conseiller un régime univoque à tous les dyspeptiques de ce type. Pour ma part, tout en penchant du côté végétal ou mixte-végétal dans un très grand nombre de cas, je vous engage à ne rien admettre d'absolu.
Tout dépend, en effet, de ce que le malade digère et, à ce propos, les variations individuelles sont trop nombreuses pour être renfermées dans une formule alimentaire. Ainsi l'analyse du contenu stomacal, de l'urine, et l'examen du chimisme respiratoire démontrent que, dans des cas qu'il est impossible de distinguer par la séméiologie ordinaire, les féculents sont aussi bien digérés que les viandes : alors pourquoi les interdire? Au contraire, voici tel cas où les explorations chimiques dénotent une digestion mauvaise des féculents: évidemment le premier conseil du médecin sera de les supprimer. Vous voyez, par ces exemples, combien il serait fâcheux de donner indistinctement le même régime à tous les malades. Je vais donc tenter seulement d'établir les grandes lignes du régime alimentaire; mais les indications suivantes, qui se rapportent à la majorité des cas, doivent être contrôlées par l'examen du chimisme stomacal et par une recherche constante de la façon dont le malade supporte Talimentalion conseillée, afin de pouvoir éliminer les aliments qui ne seraient pas bien tolérés. N'oublions pas qu'au point de vue des aptitudes digestives le dyspeptique hypersthénique offre une étonnante variété de manifestations.
I . w. Bachmann. — Archiv fur Verdauungtkrankheiten, 1899, t. V, p. 336. é. Verhoe(.en.— La cellule, t. XIV, p. 99.
3. Ch. Jûrgensen et J. Justesen. — Zeitschrift fur diatetische und physikalitche Thérapie, i900, t. lU, p. 541.
îo8 LES DYSPEPSIES
pruniè éta Mettez d'abord tout dyspeptique hypersthénique
Le régime lacté permanent au régime lacté absolu toutes les fois qu*U sera possible de le faire, et cela pendant une à quatre semaines. Ce régime lacté a trois avantages: il nourrit les malades qui assimilent mieux le lait que leur nourriture ordinaire ; il sature THCl libre ] il repose Testomac. On donnera toutes les trois heures, de sept heures du matin à dix heures du soir, soit six fois, 500 grammes de hit chaud, non écrémé, en recommandant de prendre ce lait par toutes |)elites gorgées et de mettre exactement une demi-heure pour riû^érer. On évite ainsi la coagulation en masse d'une grande quantité de lait, et cette simple prescription suffit souvent pour le faire tolérer par des malades qui déclaraient ne pas pouvoir le supporter. Dès que l'accoutumance sera établie, on portera chaque prise de lait à fiOO, 700, 800 grammes, soit à trois litres et demi, quatre litres et même cinq litres dans la journée. De dix heures du soir à sept heures du matin, le malade ne mettra absolument rien dans son estomac*
Il vaut mieux prendre le lait froid que chaud, cru que bouilli, complet qu'écrémé ; mais ce qu'il faut surtout, c'est consulter les susceptibilités du malade : prendre le lait est la chose indispensable ; la manière dont on le prend sera subordonnée aux possibilités de r estomac.
On continuera le régime lacté tant que le malade le supportera et surtout tant qu'il augmentera de poids. La pesée hebdomadaire est de rigueur. Il arrive qu'au début du régime lacté les sujets maigrisseut, mais cela n'est pas de longue durée et la perte est bientôt répurée. Si elle ne Tétait pas après quinze jours, il vaudrait mieux passer a la deuxième étape du régime. Quand le poids deviendra stationnaire ou aura tendance à diminuer, on cessera le régime lacté absolu : c est là un critérium absolu.
lÊs mûf&ûB Quand le lait n'est pas toléré, ce qui est rare, quand
îaiSïroXou il provoque des vomissements, quand le malade est
abaûiu dans l'impossibilité d'en prendre au moins deux litres
par jour, il convient de le supprimer, après avoir tout tenté pour en
assurer la tolérance.
Vous entendrez nombre de malades vous dire qu'ils ne supportent pas le lait et se refusent à le prendre. Ne cédez pas. Expliquez-leur que, s'ils ne tolèrent pas le lait, c'est parce qu'on ne leur donne pas les moyens de le faire digérer et que, s'ils emploient strictement les adjuvants que vous allez leur donner, le lait passera. Car on peut favoriser assez la digestion du lait pour que vous puissiez l'imposer aux
TRAITEMENT DE LA DYSPEPSIE HYPERSTHÉNIQUE PERMANENTE ^5î)
plus réfraclaires. Dans ces cas d'intolérance, vous agirez de lu iaroii suivante.
Chaque prise de lait sera additionnée d*une à deux cuillerées iVeau de chaux. Avant chaque prise, on donnera soit une goutte de laudanum dans un peu d*eau, soit trois gouttes de la mixlure couifiosee à la solanine^. Après le lait, le malade prendra une petite cuilItM re -a café d'élixir de pepsine ou 0,25 de pepsine en un cachet; il s' l' ion dm sur une chaise longue où il gardera Timmobilité absolue pendarn une demi-heure avec des serviettes chaudes sur le creux épigastriqin .
Après les i", 3* et 6* prises de lait, il avalera une des poudt es suivantes qu'on délayera dans un peu d'eau.
^ Poudre de belladone Qf^06
Magnésie calcinée ) . . .
Bicarbonate de soude \^ * «"^*'»"'^*
Carbonate de chaux précipité 6 —
Mêlez exactement et divisez en 12 paquets.
Si la digestion du lait s'accompagne de la formation d'une ^.randf^ quantité de gaz, donnez, au milieu de chaque prise, une grande cuillerée de la solution ci-dessous :
^ Fluorure d'ammonium O^'jlO
Eau distillée 300 grammes
Dissolvez.
Si des crises douloureuses, des crampes d'estomac, des aîgj enrs, des renvois brûlants, etc., surviennent entre deux prises de lait, le malade prendra aussitôt une des poudres composées à la mftijuesie dont vous connaissez la formule'.
Si le lait provoque de la diarrhée, augmentez dans ces pou Jres lu proportion de 5<nM-m7rate de bismuth, ou donnez après chaque prise une petite tasse d'infusion très chaude de 4«%50 de racines de fntmer sauvage.
Si le lait constipe, ce qui est plus fréquent, augmentez la magumv et diminuez le sous-ni^mte de bismuth dans les poudres coin[]o,^in;s et, si cela ne suftît pas, donnez avec la dernière prise de lait ujie A deux pilules composées à Valoès^.