QUATRIEME PARTIE
Il est pour la voix des conditions défavorables qui engendrent ses maladies et qu’il est utile d’envisager dans leur ensemble.
On peut les ranger en deux groupes selon qu’elles dépendent du sujet ou du milieu dans lequel il se trouve placé.
i. L’âge exerce une influence marquée. Chez les tout jeunes enfants, la voix est fragile et, comme ils se livrent souvent dans leurs jeux à des excès vocaux, ils peuvent l’endommager définitivement. Cet enrouement se traduit au laryngoscope par des épaississements ou des nodules sur les cordes vocales. La puberté, avec ses congestions plus accentuées chez l’homme, la ménopause accompagnée des mêmes troubles circulatoires, peuvent être le point de départ d’altérations persistantes de la voix. L’ossification des cartilages du larynx, qui débute vers Page de 4o ans, rend la voix sèche et dure. On peut aujourd’hui avec les rayons X saisir à son débu"
cette ossification qui pourra donner l’explication de certains troubles vocaux.
2 . Le sexe intervient plus chez l’homme que chez la femme. Chez les castrats, le larynx ne se développe pas parce que la mutilation qu’on leur a fait subir rend la mue impossible. Leur voix reste faible et suraiguë. Chez les femmes, au moment de leurs règles, la voix perd de sa facilité, surtout pendant la journée qui les précède. Les artistes éprouvent de la peine à monter dans les notes élevées, à tenir uniformément le son qui tend toujours à baisser. Mais dès que le flux sanguin se produit, tous les moyens vocaux reviennent. Chez quelques femmes pourtant le trouble se prolonge aussi longtemps que leurs règles. Il est bon d’interrompre alors tout exercice de chant. Certaines cantatrices font stipuler sur leur engagement qu’elles auront le droit de ne pas chanter pendant trois ou quatre jours chaque mois. Chez un mezzo, âgé de 3o ans, la gêne vocale se montrait i5 jours avant les règles et cessait immédiatement après. J’ai pu me rendre compte que c’était un mélange de raucité et d’aphonie. Dans le chant, les trous abondaient ; près de la moitié des mots étaient aphones.
J’ai vu deux fois déjà des artistes qui s’enrouaient à l’une de leurs époques et ne pouvaient retrouver lapureté de leur timbre qu’après les règles suivantes, comme si la nouvelle poussée congestive balayait une stase sanguine laissée parles règles précédentes.
Quand une maladie de la voix existe déjà, elle s’aggrave chaque fois à la période des règles.
La grossesse n’exerce qu’un effet temporaire. Sans doute le diaphragme est gêné dans son fonctionne-
ment, la congestion laryngée détermine de la raucité dans les derniers mois, mais il est assez rare que l’on ait pu attribuer au seul fait d’une grossesse la perte de la voix.
J’ai soigné dernièrement une institutrice qui a eu cinq grossesses. Les deux dernières seulement ont enroué sa voix un mois avant et un mois après l’accouchement.
J’ai vu pourtant quelques cas où la grossesse seule paraissait responsable de la perte d’une voix. Chez un soprano, d’éducation artistique irréprochable, la première de sept grossesses enroua l’organe et fit éprouver une difficulté douloureuse pour émettre toutes les notes. Les grossesses subséquentes aggravèrent la situation. Les cordes étaient épaissies, émoussées, mais blanches. 11 s’agit sans doute alors de troubles musculaires trophiques.
J’ai soigné une artiste qui avait eu i 3 grossesses ; à partir de la deuxième, vers le 4 e mois, sa voix, devenait toujours lourde, sans agilité et sans facilité pour monter, perdait trois ou quatre notes dans l’aigu. Mais cette gêne disparaissait complètement deux mois après la délivrance.
L’âge critique n’a pas d’influence marquée. Il débarrasse plutôt l’artiste de certains troubles utérins toujours gênants pour la santé génitale.
Les affections de l’appareil génital sont, chez la femme, cause de diverses dysphonies. Piorry, dès 1822, écrivait dans son article « Voix » du Dictionnaire en 60 volumes : « Il y a une sympathie étroite entre l’utérus et l’organe de la voix. Le prolapsus de l’utérus fait souvent perdre quelques tons à la voix la plus belle. »
Le D r x41bespy (d’Allevard) (i) a communiqué plusieurs cas intéressants. Tantôt ces affections agissent par voie réflexe, tantôt ce sont des congestions passives sur les régions aryténoïdiennes ou les bandes ventriculaires, parfois encore des gonflements du corps thyroïde agissant par compression sur les nerfs récurrents. Le trouble vocal peut varier depuis un léger enrouement jusqu’à l’entière aphonie. Bayer a observé une artiste qui, à chaque époque menstruelle, présentait de l’hvperhémie laryngée avec exfoliation consécutive des cordes vocales (2). C’est surtout en ces cas que le laryngologiste doit se montrer pathologiste instruit pour trouver la cause vraie et instituer le traitement voulu.
Effet de l’ablation des ovaires sur la voix. — On a pu craindre que ces opérations eussent un effet fâcheux sur la voix. Dans mes recherches sur cette question (3), voici très sommairement les particularités que j’ai pu noter :
i° Femme de trente ans, mezzo-soprano. Elle dut subir, il y a sept ans, la castration double pour des fibromes utérins. Depuis, ses règles n’ont pas paru. Quand elle reprit ses exercices de chant, après l’opération, elle remarqua que sa voix avait gagné quatre notes dans le grave, sans en avoir perdu dans l’aigu. Sa voix était plus mâle, sans être devenue celle d’un contralto. Son professeur, un des plus distingués du Conservatoire de Paris, déclarait la voix excellente.
(1) D r Albespy. Troubles génitaux et affections des voies aériennes supérieures chez la femme. Annales des maladies de l’oreille et du larynx,
(2) Bayer (de Bruxelles). Influence de l’appareil sexuel de la femme sur l’organe vocal. VII e Congrès international. Londres, 1880.
( 3 ) Castex. Société jraneaise de laryngologie, 1896.
A l’examen, les fosses et le pharynx parurent normaux. Le larynx avait ses cordes un peu ternes et grises, leur bord interne moins aigu et un peu plus émoussé qu’à l’état normal ; altérations sans grande signification, en somme.
La voix n’avait fait que gagner en force et en étendue au fur et à mesure que s’éloignait la date de la castration. Après l’opération, la voix s’étendait du fa 2 au la'* ; elle va maintenant du ré 2 à l’ut 5 .
2° Femme de vingt-six ans. Vient consulter parce qu’elle s’inquiète d’avoir la voix parlée rauque. En lui faisant lire un court alinéa, successivement sur le grave, le médium et l’aigu, on constate que la raucité est beaucoup plus marquée sur son registre aigu. Rien, dans l’état des organes vocaux, ne pouvait expliquer cette altération vocale. On obtint alors le renseignement que, trois ans avant, elle avait subi l’oophorectomie double.. C’est depuis lors, disait-elle, que sa parole avait contracté cette raucité, et qu’elle avait totalement perdu une petite voix chantée qu’elle utilisait auparavant.
On conseilla les électrisations laryngées ; mais il n’est pas possible d’indiquer un résultat, la malade n’ayant pas continué le traitement.
3 ° Femme de trente-cinq ans, qui a dû subir successivement la laparotomie et l’hystérectomie vaginale secondaire. La voix, qui était très belle comme étendue et comme timbre, n’a rien perdu de ses qualités. Elle parait même plus facile, sans doute à cause de la disparition des troubles nerveux qui la tourmentaient avant.
4 ° Femme de vingt-trois ans. Ablation de la matrice et de ses annexes pour un fibrome volumineux. La voix (soprano très élevé) n’a fait que gagner depuis en étendue et en force, sans qu’aucun changement fâcheux se soit montré. Il s’agit d’une artiste chargée d’un service vocal assez fatigant,
5 ° Jeune femme de vingt-deux ans. A subi, en janvier 1892, la double castration pour salpingites. Depuis, dit-elle, Sja voix de soprano est compromise ; elle se voile presque immédiatement quand elle fonctionne. Cette jeune femme présentait aux sommets les signes d’une tuberculose au premier degré, elle a craché du sang. En outre, elle a eu la syphilis en 1887. Son larynx est amaigri, il y a un peu d’infiltration interaryténoïdienne.
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Cette observation est celle d’une malade de l’hôpital de la Charité, de médiocre intelligence. On doit être très réservé, en raison de son dossier pathologique très chargé, pour incriminer, avec elle, son opération.
6° Artiste dramatique, trente-cinq ans, a été opérée le 2 5 juillet 1893, pour des kystes proligères papillaires. Les deux ovaires ont été enlevés et les règles n’ont plus reparu. L’opération, pas plus que la maladie, n’a modifié sa voix, qui reste « aussi claire et aussi nette », dit-elle.
Depuis un an, cependant, il lui devient difficile de dire plus d’une douzaine de vers de tragédie sans ressentir une fatigue dans le thorax, qui l’empêche d’emmagasiner tout l’air nécessaire aux effets de force. Il faut dire que, depuis la même époque, elle est glucosurique (à 21 grammes par jour). Elle n’a pas engraissé depuis l’opération, et la cicatrice abdominale est solide.
En somme, de l’examen attentif de ces faits il paraît ressortir que l’ablation des ovaires n’a généralement pas d’influence directe fâcheuse sur la voix des femmes.
Une seule fois, dans ces six observations, l’action paraît bien avoir été nocive. Mais la voix perdue semblait avoir été toujours bien précaire.
L’opération peut nuire cependant à la voix par les quelques troubles qu’elle entraîne parfois : congestions diverses, dyspepsies, hypocondrie, etc. L’inconvénient serait plus grand si l’éventration se produisait par la cicatrice abdominale.
Ges quelques inconvénients sont quantité négligeable, en regard des heureux effets de l’intervention ehirui’gicale, lorsqu’elle est formellement indiquée. Dût la voix se masculiniser un peu (ce qui, d'ailleurs, n’est pas la règle), puisque les belles voix retrouvent après l’opération leur étendue, leur intensité et leur souplesse, il serait inconsidéré de
dissuader l’ablation des ovaires par sollicitude pourla voix. Cette conclusion personnelle concorde avec ce que j’ai pu entendre dire sur la voix de quelques opérées, quand il ne m’a pas été donné de pratiquer moi-même un examen de leur larynx.
3 . Tempérament. — Il faut reconnaître aux tempéraments une action réelle sur la voix. Chez les sanguins, elle est forte, chaude. Avec un tempérament nerveux coïncide une voix agile, mais facilement troublée par les émotions. Chez les lymphatiques, elle manque d’endurance et se voile facilement. Les arthritiques sont sujets à des congestions très gênantes dans tout l’appareil vocal, nez, pharynx, larynx, trachée et bronches. C’est un tempérament mixte, nervoso-sanguin, qui convient le mieux pour les orateurs et les artistes. Les obèses perdent leur voix. J’ai vu, par contre, des voix claironnantes sortir de larynx maigres.
4 - Circulation. — Il est nécessaire à l’intégrité de la voix que le système circulatoire soit normal. Quand les fonctions du cœur et des gros vaisseaux s’exécutent mal, la circulation périphérique et notamment celle des vaisseaux du larynx est ralentie, les poumons s’engorgent et sont défectueux pour l’inspiration et l’expiration. La voix est courte, sans tenue. Il en est ainsi, par exemple, dans les affections organiques du cœur. J’ai vu des troubles vocaux, lourdeur de la voix avec sensation de gonflement dans la gorge, qui ne tenaient pas à d’autre cause.
5 . Alimentation, -r- Les alcools sont très nuisibles à la voix. Ils entretiennent dans le pharynx et le larynx une congestion constante qui aboutit à la pha-
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ryngo-laryngite chronique (voix de rogomme). J’ai vu des voix résister à divers accidents, syphilis ou autres, et périr par l’abus des alcools.
Le café, les grogs, le punch, le champagne ne donnent qu’une énergie transitoire, suivie bientôt de dépression vocale. Les aliments gras sont favorables ; l’huile de foie de morue, par exemple, est très utile à nombre d’artistes, même quand l’état de leurs poumons ne la réclame pas.
Au total, c’est l’alimentation mixte, animale et végétale qui convient le mieux sous un faible volume. Trois heures doivent s’écouler, en moyenne, entré le repas et l’exercice du chant.
L’artiste doit être sobre pour se prémunir des dyspepsies et de l’embonpoint pareillement nuisibles au fonctionnement vocal. On peut chanter ave eu n grand nombre de maladies, mais ce n’est plus possible avec une affection de l’estomac qui gêne le jeu du diaphragme et déprime l’ensemble des forces.
L’artiste doit encore tenir sa bouche et ses dents très saines, très aseptiques. Bien des angines sont engendrées par les infections buccales ou dentaires.
6. Système nerveux. — Tout le système nerveux, le cerveau surtout, a sur la voix une influence incontestée ; les passions tristes la dépriment, tandis que les émotions gaies, comme la joie, la rendent facile. « La voix, disait Mandl, est le miroir de l’âme. » Les artistes doivent surtout se défendre des colères, car on connaît l’exemple de chanteurs qui ont perdu leur voix à la suite d’un emportement. Quand un artiste devient neurasthénique, les premiers effets de cet état se font sentir sur son larynx (neurasthénie laryngée).
7. Tabac. — En général, fumer est contraire à la voix, mais tous les larynx ne sont pas également influencés. Nuisible pour beaucoup, le tabac semble favorable à d’autres pour échauffer le pharynx. Mario, qui conserva si longtemps sa belle voix, ne quittait le cigare que pour chanter. La cigarette est particulièrement nuisible, surtout si l’on aspire la fumée dans la trachée. Cette nocivité se montre bien dans le cas suivant :
M. X..., homme très intelligent, est atteint d’un peu de pharyngite granuleuse et variqueuse. Il fumait une dizaine de cigarettes par jour. Il dut y renoncer parce qu’elles l’enrouaient et le faisaient tousser. Depuis il a adopté dè bons cigares un peu noirs, en fume trois par jour et cela sans aucun inconvénient. Il en est de même s’il fume du tabac ordinaire (caporal) dans une pipe. Dernièrement s’étant remis à la cigarette, il fut repris d’enrouements, de toux et dut y renoncer à nouveau.
Un de mes confrères en médecine m’a dit pouvoir chanter après un cigare et même après une pipe, mais une cigarette lui coupe incontinent la voix.
C’est donc forcément le papier qui contient le principe irritant. Le D r Lennox-Browne (de Londres) et le D r Chervin (de Paris) ont ouvert chacun une enquête à ce sujet auprès d’un grand nombre de professionnels. Il en résulte que le tabac est surtout à redouter pour les voix de ténor et pour celles qui se ressentent des premières atteintes de l’âge.
8. La syphilis-, quand elle est bénigne et bien soignée, n’endommage généralement pas la voix. A la période secondaire, lorsque des plaques muqueuses occupent le bord libre des cordes vocales il en résulte une raucité dure, assez caractéristique (;rmicedo ■syphilitica ), mais elle disparaît d’ordinaire avec la fin
CAUSES DES MALADIES DE LA VOIX ihj
de cette période. D’après mes observations personnelles, cette maladie est bien plus nuisible aux artistes lyriques qu’aux dramatiques. C’est que le chant,, pour ses mouvements délicats, exige surtout des. cordes indemnes de toute altération. Or, quand la syphilis a passé sur un larynx, alors même que l’examen n’y révèle rien, il peut s’être produit dans les. cordes, autour des faisceaux musculaires, des infiltrations suivies de sclérose qui gênent le fonctionnement.
J’ai constaté chez des chanteurs, à la suite des. accidents secondaires, la tendance à s’enrouer vite, surtout s’ils se servaient de l’aigu ou du gravé. Ce défaut d’endurance les rendait craintifs et paralysait, leurs moyens vocaux. Ils n’avaient pourtant pas les. accidents graves des voix plus compromises. Ils ne « canardaient » pas. D’ailleurs, leur voix parlée restait naturelle.
Ainsi la syphilis est bien plus redoutable aux lyriques qu’aux dramatiques : Thalie ou Melpomène s’en accommodent mieux qu’Euterpe. C’est quelquefois 8ou io ans seulement après avoir contracté la maladie que les artistes sont pris de gênes diverses (difficulté pour chanter en voix mixte, pour filer les sons, etc.). Impossible parfois d’indiquer une autre causeà ces troubles, car les cordes vocales se montrent rouges et épaissies.
Des observations analogues aux miennes ont été faites par d’autres. Il a paru dans la France médicale du 8 décembre 1899, sous le titre « Dysphonie fonctionnelle au cours de la syphilis », un article du D r C- Chauveau dont je dois consigner ici quelques notions très caractéristiques. L’auteur parle de ces.
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« perturbations qui semblent purement fonctionnelles » et que le repos vocal, joint aux moyens ordinaires, n’améliore pas.
Il relate l’observation d’un artiste lyrique de 39 ans, syphilisé à 22 ans et s’étant insuffisamment traité. La voix pouvait aller au début du chant, mais elle s’enrouait vite et contraignait l’artiste à quitter la scène. La voix parlée était indemne. Au laryngoscope, la corde vocale droite était mal tendue. Il sèmblait y avoir insuffisance d’action des muscles thyro-aryténoïdien droit et ary-aryténoïdien. Quatre injections mercurielles furent pratiquées à huit jours d’intervalle. Dès la première, la voix s’améliora. Les notes aiguës revinrent peu à peu et l’artiste put reprendre les rôles de ténor qu’il avait dû abandonner pour ceux de baryton.
Le P r Fournier a signalé et mesuré au dynamomètre les impotences musculaires de la syphilis. Faut-il expliquer ainsi ces cas ? Nous ne le savons pas encore.
Je soignais dernièrement à ma clinique une femme de 46 ans, dysphone depuis quelques jours et présentant en même temps une éruption caractéristique. Pas de lésions constatables au larynx. Des piqûres de cyanure de mercure firent disparaître en même temps tous les troubles.
9. Le trac. — Ce terme de métier désigne l’émotion particulière qui saisit l’orateur ou l’artiste quand il arrive en présence du public. C’est un mal très répandu, surtout chez les nerveux, qui peuvent l’éprouver pour une simple lecture à voix haute faite devant quelques personnes. Tous les professionnels de la voix n’en sont cependant pas atteints, les mé-
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diocres d’abord qui ne doutent jamais de rien. Parmi les grands artistes, Talma semble n’avoir pas connu cette souffrance, mais il fait exception dans cette élite, car généralement plus un orateur ou un artiste ont de valeur ou de conscience, plus l’émotion les étreint. « Sans le trac, pas d’orateur », ai-je entendu dire à M. Emile Ollivier, et il ajoutait : « C’est le trépied du Vates. » Les années et le talent ne l’atténuent même guère et l’on voit des avocats éminents, des chanteurs illustres abandonner prématurément leur carrière pour s’éviter cette émotion fatigante qui grandit avec leur réputation.
Le trac se présente sous divers types.
Chez l’un, la respiration irrégulière, entrecoupée, altère l’émission vocale: c’est comme un trac pulmonaire. Chez l’autre, l’effet se porte sur le cœur et se manifeste par des palpitations (trac cardiaque). Chez un troisième, le système musculaire est en cause ; les lèvres, les mains tremblent, se portent sur les joues ou tirent la moustache, le pharynx toussote, les bras et les jambes s’agitent. Le vomissement peut même se produire (trac musculaire). Et pourtant la voix même ne trahit pas toujours ce trouble intérieur. Regardez cet orateur lisant en public ; les feuilles de papier qu’il tient à la main sont agitées d’un petit tremblement qui ne laisse pas de doute sur la réalité de son émotion, tandis que sa voix reste nettement posée. Bien plus, j’ai constaté sur un artiste de l’Opéra des spasmes du pharynx se produisant pendant un son filé sans qu’il y parût rien à la note.
Des artistes éprouvent une sensation de constriction et de sécheresse à la gorge.
i6o MALADIES DE LA VOIX
La voix s’arrête court au milieu d’un mot. C’est ce qu’on appelle vulgairement « la goutte de salive ». D’autres ont la sensation d’un poing qui comprimerait le creux de l’estomac. Ce peuvent être des troubles cérébraux : absence subite de mémoire, anéantissement momentané de la conscience du moi. Ou encore des troubles de la vision : on voit deux portées musicales, les mots dansent sur le papier. Les sécrétions sont accrues : sueurs aux mains, besoin d’exonérer sa vessie, dévoiements. C’est la diarrhée: des batailles. Un artiste m’a raconté que, lors de ses. débuts, il avait eu l’impression d’un froid lui montant des pieds à la tête à mesure que le rideau, en se soulevant, le découvrait au public.
On a donné le conseil, pour éviter l’émotion, de choisir dans le public un auditeur de visage sympathique auquel on s’adressera la plupart du temps, mais mieux est encore d’oublier ce terrible public en n’ayant devant les yeux que son rôle ou les idées que l’on expose. N'ayez aucun souci de l’effet que vous produisez.
« C’est en vous surtout qu’il faut regarder, représentez-vous visuellement ce que vous décrivez, écoutez la leçon qui se répète en votre cerveau. » (D r Eifer. Le Correspondant médical, 1 5 avril 1899.)
Et quand, le regard vague, vous serez pris par votre sujet, la voix comme les gestes se mettront à l’unisson. L’auditeur lui-même n’aura plus devant les yeux votre personnalité mais seulement les idées vers lesquelles vous l’aurez entraîné.
Chez les orateurs parfois le fil des idées est complètement perdu, il se fait comme une obnubilation de l’intelligence.
La parole s’arrête brusquement comme si quelque surprise ou quelque danger menaçait. Cet accident est désigné d’un mot qui fait image. C’est le trou. On a vu parleurs ou chanteurs dominés à ce point par le trac que, perdant toute contenance, ils prenaient la fuite pour se soustraire à ce supplice.
Le trac s’atténue en prenant contact avec le public peu à peu. Que l’artiste arrive un peu d’avance sur la scène, qu’il regarde par le trou du rideau la salle s’emplir progressivement. Qu’il s’habitue à des publics différents, car « tel qui n’a plus peur à Lyon, recommence à trembler à Marseille » (J. Faure). Qu’on s’identifie avec son sujet ou son personnage, on arrivera de la sorte à s’abstraire de ce public qui vous gêne par ses regards attentifs.
Pour l’orateur, le trac est parfois un stimulant. C’est le trac qui le met sur son trépied.
Le trac vient d’une excessive vanité ou d’une modestie trop grande. Il vient surtout du souci de bien faire. Aussi le voit-on principalement chez les orateurs ou les artistes qui ont à soutenir une grande réputation.
A la scène il est moins accentué que dans un salon, parce que l’artiste est plus loin du public et dissimulé par le costume qui le déguise.
En 1890, le P r Peter étudiait son mécanisme dans une de ses cliniques à l’hôpital Necker. Il le considérait comme une action cérébrale d’abord qui, descendant à travers la moelle épinière, arrivait aux plexus pulmonaire, cardiaque, rénal et autres, y produisant les troubles qui composent cet état spécial.
Je dois signaler un livre très intéressant du D r Hartenberg, les Timides et la timidité , qui vient de Castes. ir
paraître chez Félix Alcan. L’auteur y étudie bien le trac, cette forme importante des timidités.
io. Exercices du corps. — Si la promenade à pied, la gymnastique, l’escrime, etc., ont une excellente influence pour la santé vocale, pour le développement des muscles pectoraux en particulier, et pour prévenir l’embonpoint, le surmenage est spécialement nuisible. Les exercices violents, courses, football, lawn-tennis, danse, sont plutôt contraires. La bicyclette n’est acceptable que si on ne fait pas de vitesse. Si le cycliste n’a pas les voies nasales libres, il avance la bouche ouverte et l’air, avec la poussière, venant frapper la muqueuse de son larynx, l’exposent à la laryngite des bicyclistes. « La bicyclette et tous les exercices du corps tassent ma voix », me disait une artiste.
Généralement, quand elle est employée sans exagérations, la bicyclette ne peut qu’être utile aux artistes. M me Veltrino, professeur de chant à Londres, a fait, il y a quatre ans, au Saint-James-Hall, une conférence où elle a démontré que « le chant et la vélocipédie sont deux occupations qui gagnent à être exercées parallèlement ». Elle y fit entendre plusieurs de ses élèves dont la voix était d’abord insuffisante et qui devaient à ce sport surtout d’avoir accru leur puissance respiratoire. Mon distingué confrère, le P r Ferre ri (de Rome), fait actuellement une enquête sur les troubles que la bicyclette peut causer à l’organe de l’ouïe et aux voies aériennes.
Les frictions et le massage combattent l’obésité qui compromettrait le registre aigu de la voix. Les excès vénériens fatiguent surtout le médium de la voix. Les anciens ne l’ignoraient pas puisqu’ils
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allaient jusqu’à pratiquer l’infibulation à des chanteurs, comme en témoignent quelques statuettes antiques.
ii. Température et climats. — Quand le thermomètre dépasse 20°, une fatigue générale se déclare qui compromet l’agilité de la voix. Au-dessous de io°, elle devient tremblante, mal posée. Les variations brusques sont surtout à redouter, qu’on aille du chaud au froid ou du froid au chaud. Pénétrer dans une pièce surchauffée expose à des congestions laryngées qui peuvent arrêter instantanément la voix. Pour éviter ces coups brusques de froid ou de chaleur, il faut ne pas parler, et respirer par le nez pendant quelques instants. L’air sec est nuisible. Mieux est qu’il soit chargé d’un peu de vapeur d’êau. Les artistes n’aiment pas à figurer en tête d’un programme de concert ; ils savent que la température de la salle est encore relativement froide et que plus tard ils seront mieux à l’aise dans une pièce dont la température s’est élevée et uniformisée.
Les médecins qui exercent dans les villes maritimes ont remarqué la fâcheuse influence de l’air de la mer sur la voix des artistes. C’est surtout au début de leur séjour qu’ils encourent le danger de laryngites, lorsque n’étant pas acclimatés ils vont faire des excursions en mer ou se promener sur la plage, s’exposant aux brouillards, aux vents humides. Pour peu qu’ils soient herpéto-arthritiques, l’effet nocif est vite réalisé. Est surtout dangereux l 'embrun, ce poudroiement de l’eau de mer produit par le choc des vagues entr’elles ou des vagues se brisant contre les rochers. Cet embrun, irritant pour les gorges, est emporté très loin par les vents.
C’est donc surtout en arrivant que les artistes devront se prémunir. L’acclimatement fait, ils encourent moins de danger, surtout s’ils ont la précaution d’habiter assez loin de la plage ou du port. On estime que le climat marin réellement actif cesse à 5 oo mètres dans les terres (D r Aigre, de Boulognesur-Mer).
Parmi les personnes que j’ai soignées, quelquesunes passaient une partie de l’année à Paris et le reste au bord de la mer. D’elles-mêmes elles avaient remarqué que leur voix se troublait seulement quand elles étaient à la mer.
12. Habitation. — Les professionnels de la voix doivent éviter les appartements froids et humides des maisons neuves, les grandes avenues exposées aux vents. Ils feront bien de choisir dans les étages supérieurs, parce qu’ils sont plus ensoleillés et protégés des poussières de la rue. Les pièces qu’ils occupent seront éloignées des water-closets, car il s’en dégage des émanations ammoniacales nuisibles pour les voies respiratoires. Ces conditions hygiéniques sont d’autant plus requises pour eux qu’ils passent une partie de leur temps dans les théâtres mal aérés, exposés aux poussières et où le soleil ne pénètre jamais.
1 3 . Vêtements. — Les vêtements de laine sont les plus recommandables parce qu’ils évitent les refroidissements brusques. Le corset ne doit pas serrer la taille des femmes, sinon il gène les oscillations du diaphragme. Lennox Browne et Behnke ont prouvé, par d’intéressants graphiques, que le corset fait perdre aux femmes environ le tiers de leur capacité respiratoire. La Doctoresse Gaches-Sarraute (de Paris)
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a étudié cette question du corset au point de vue particulier du chant (i). Elle fait justement remarquer que certains corsets enserrant la cage thoracique jusqu’aux seins empêchent l’augmentation du diamètre transversal et même celle du diamètre vertical en exerçant une constriction sur l’épigastre, ce qui oblige les femmes à exagérer la respiration costale supérieure.
« Pour que la voix puisse être posée librement et éclate avec toute sa puissance ; pour que le son possède une durée suffisante et pour que l’expulsion de l’air soit mesurée et retardée, il faut que les muscles conservent toute leur liberté » ; il faut donc qu’un corset ne dépasse pas sensiblement en haiit la région des fausses côtes. Une bonne condition est encore que la paroi abdominale, si souvent fatiguée par les efforts du chant, soit bien soutenue.
Il ne faut pas s’habituer aux foulards et n’en user que si l’on sort de la tribune ou de la chaire. Le froid à la nuque et aux pieds doit surtout être évité.
Les lourdes perruques du xvii® siècle exposent beaucoup les artistes aux refroidissements. En les quittant ils redoubleront de précautions.
i 4 . Odeurs. Gaz. Poussières. — Ce serait une lacune de ne pas signaler ici le trouble passager que les odeurs peuvent produire sur la voix. Mackensie, Marigue, Odier avaient signalé déjà l’enrouement produit par le parfum des fleurs. De diverses enquêtes, il résulte que les violettes ont surtout cette
(i) Journal La Voix, i8g5, p. 209 .
i60 MALADIES DE LA VOIX
action nuisible. Mais tous les larynx ne sont pas influencés par les mêmes odeurs. L’œillet, le muguet, le lis, l’oranger, le mimosa, le lilas, la jacinthe, le datura, l’héliotrope, le jasmin, la pivoine, les coings, les simples fleurs des champs peuvent occasionner des enrouements. L’encens, l’odeur des pommes frites dans la rue sont signalés dans les observations.
Une toux sèche et de la raucité vocale se produisent aussitôt, parfois même une aphonie véritable qui se dissipe dès que l’artiste sort au grand air.
Chez la plupart des sujets le trouble est explicable par une congestion des muqueuses nasale et laryngée, que le D r Joal (du Mont Dore) (i) a constatée directement.
Comme l’indique mon collègue, le D r Cartaz, il doit s’agir de l’irritation produite sur les premières voies par les huiles essentielles odorantes (éthers composés ou hydrocarbures). Ce n’est donc pas par simple prétention que certains artistes, avant de chanter, demandent qu’on enlève les fleurs placées près d’eux. Un tempérament nerveux facilite ces accidents. Rien ne le prouve mieux que le fait souvent cité d’une dame qui était prise d’enrouement si on laissait près d’elles des roses qu’elle ne savait pas être artificielles (D r Mackensie, de Baltimore) (2).
Les cas de mort sont tout à fait exceptionnels. Ils ont été mentionnés pourtant. C’est une jeune fille qui succombe dans une chambre où on avait laissé des bottes de lis ; un officier qu’on trouve mort dans
(1) Joal. Des odeurs et de leur influence sur la voix, chez Rueff. in-18.
(2) Voir France médicale, 3o mars 189! (D r Cabanes).
une alcôve garnie de laurier-rose. Des faits analogues se sont produits avec des fruits à odeur forte (citrons, coings).
Certains gaz respirés ont un effet analogue. J’ai vu un professeur de physique faire entendre une voix très aiguë après avoir respiré de l’hydrogène ; le protoxyde d’azote agit de même, tandis que l’acide carbonique sombre la voix.
D’après le D r Sandraz, qui a expérimenté sur luimême, les inhalations d’eau de laurier-cerise et de cyanure de potassium enlèvent à la voix de son intensité et de son étendue. Au contraire, celles qu’on pratique avec une solution alcoolique de grains de café augmenteraient l’étendue et la sonorité vocales.
Les poussières et la fumée sont nuisibles à l’appareil vocal. Les laryngites chroniques sont fréquentes chez les scieurs de pierre, mineurs, rémouleurs, matelassiers, etc. Dans les villes industrielles, les voix périclitent par les poussières diverses dont l’air est chargé. Les bals et les ballets exposent aux mêmes inconvénients. J’ai eu à soigner pour leur larynx des danseuses très incommodées par la poussière que soulèvent les exercices chorégraphiques.
i 5 . Poisons de la voix. — Diverses substances toxiques sont susceptibles de provoquer des troubles de la voix. Nous ne pouvons qu’énumérer ici les principales :
Brome, iode, ammoniaque, acide carbonique, phosphore, arsenic, plomb, mercure, acide cyanhydrique, hydrate de chloral, alcool, antipyrine, cocaïne, belladone, datura, jusquiame, opium, curare, seigle ergoté, etc.
Pour plus amples renseignements, je renvoie à l’important mémoire cl’Ernst Stuffer(i) sur l’aphonie toxique.
On a plus spécialement appelé l’attention suivie fâcheux effet de l’arsenic. Personnellement je ne l’ai pas constaté. Néanmoins, je dois consigner ici quelques lignes d’une thèse du D r Dupoux sur « Les accidents de la médication arsenicale interne » (Paris, 1900).
« Il est rare que la pharyngite existe sans coryza, peut-être joue-t-elle un rôle dans certains troubles de la voix sur lesquels nous insisterons tout spécialement, ne les ayant trouvés signalés nulle part. » y « Les observations sont malheureusement très rares et cela s’explique si nous disons que la voix chantée est plus modifiée que la voix parlée et si l’on songe d’autre part au petit nombre de chanteurs qui sont soumis à une médication arsenicale un peu prolongée. S’ils font usage, du reste, de ce médicament n’est-ce pas dans le but de modifier quelque accident survenu à leur organe ? Aussi se pourrait-il très bien que des troubles de la voix qui appartiennent à l’arsenic soient mis sur le compte de l’affection préexistante qu’ils soignent. »
« Nous avons fait des recherches concernant ce qu’on avait pu dire au sujet de cette question; nous n’avons trouvé que bien peu de choses. Lolliot (2) parle de raucité de la voix chez les arsenicophages ; Navault( 3 ) leur prête une voix rude et voilée; Im-
(1) Archiv f. laryngologie. Bd. VI, Heft. 3, p. 45o.
(2) Lolliot. Thèse, Paris, 1868.
(3) Navault, 1878.
CA USES DES MALADIES DE LA VOIX bert-Goubeyre (i) nous apprend qu’au Mont Dore, sous l’influence des eaux minérales, on voit survenir parfois un enrouement souvent considérable. L’auteur paraît faire tenir ce phénomène au catarrhe laryngo-pharyngien si fréquent en pareil cas. Il nous a été dit que des fuites de la voix n’étaient pas rares chez les chanteurs en traitement à la Bourboule. Au cours du premier traitement arsenical qu’il suivit, traitement qui dura plusieurs mois, M. X... (Obs. i) perdit complètement sa voix ; elle devint d’abord moins étendue, les notes élevées disparurent d’abord les premières, puis les notes du médium furent atteintes à leur tour; la voix parlée devint bientôt rauque et voilée, enfin il devint aphone et cette aphonie dura une huitaine de jours. Pendant toute la durée de ces troubles vocaux un phénomène concomitant se produisit: souvent, au moment où M. X... voulait parler, les mots restaient pour ainsi dire dans sa gorge, étranglé qu’il était par un spasme, une sorte de constricdon brusque de cet organe. Pareille chose survenait au moment de la déglutition de la salive. Les troubles de la voix qui ont cessé avec l’abandon du traitement arsenical se reproduisent avec plus ou moins d’intensité une huitaine de jours après qu’il le reprend pour disparaître quelques jours après qu’il le laisse de nouveau. Le peu de notes qui restent au malade au moment où ces accidents se manifestent perdent d’ailleurs de leur qualité ; elles deviennent criardes, le son a moins d’intensité, il est en quelque sorte mat. »
(i) Imbert-Goebert. Loc. cit.
« En présence d’un phénomène si préjudiciable aux chanteurs pour lesquels la voix est le principal moyen d’existence et pour les amateurs soucieux de leur talent, nous avons essayé de nous rendre compte par quel mécanisme il se produisait : tout d’abord nous avons mis cet accident sur le compte de la pharyngite et de la laryngite arsenicales. Nous sommes, du reste, persuadé, et la chose n’est pas contestable, que l’inflammation des voies aériennes supérieures joue un rôle dans la production de ce phénomène ; mais faut-il seule l’incriminer ? MM. Lancereaux et Wickham, auxquels nous avons signalé ce fait, sont tentés de l’attribuer à une parésie des muscles du larynx et des cordes vocales en particulier. Pourquoi le récurrent ne serait-il pas frappé à la périphérie comme cela a lieu pour les nerfs moteurs des membres inférieurs, quelquefois même des membres supérieurs et du tronc, sous l’influence non douteuse de l’arsenic? En somme, ni l’une ni l’autre des hypothèses émises dans le but d’expliquer comment l’arsenic arrive à frapper la voix ne saurait nous satisfaire. Nous ne trouvons pas, du reste, d’autres explications ; aussi ignorons-nous complètement quelle est la véritable cause directe de ces accidents. » « M. le D r Robillard, de Paris, nous a fait part d’un fait analogue à celui que nous rapportons et qu’il avait observé chez un artiste de l’une de nos grandes, scènes lyriques. Ce chanteur se voyait privé de sa voix chaque fois qu’il faisait usage de l’arsenic ; ignorant du reste à quelle cause il devait cet accident, il a pris ce médicament à plusieurs reprises, ce qui lui a permis d’observer plusieurs fois le même phénomène. »
« Outre ce signe propre à l’arsenicisme, il existe, dans la même région, une sensation persistante particulière, celle que probablement Lolliot a voulu désigner sous le nom d’ardeur de l’œsophage, que Begbie (i) et Girbal (2) ont appelée sécheresse et que MM. Enriquez et P. Lereboullet ont nommée aridité. »
« Il semble qu’au niveau des voies aériennes où siège cette sensation, la muqueuse excoriée soit péniblement impressionnée par le passage de la colonne d’air au moment de l’inspiration. »
J’ai inséré ce plaidoyer contre l’arsenic afin que mon enquête fût complète, mais je tiens à redire que, pour ma part, je n’ai eu qu’à me louer de cet excellent médicament et de ses dérivés dans les cas de phonopathies. Je reste un adepte fervent de la Bourboule, du Mont-Dore et des autres stations similaires.
Enfin l’acoustique clés salles peut avoir une influence pernicieuse sur la voix. Je renvoie, pour cette question, à mon « Hygiène de la voix » où je l’ai examinée (p. 128).
(1) Begbie. Effets phys. et thér. de l’arsenic, i85g.
(2) Girbal. Gazette méd., i 852. Emploi de l’acide arsénieux dans les fièvres intermittentes.