CINQUIÈME PARTIE
Examinons d’abord quelques questions qui se rapportent au fonctionnement de la voix pour la parole.
La voix parlée comporte plusieurs modes d’emploi : la conversation simple, la lecture à haute voix, la récitation, la déclamation.
Dans la parole, on n’utilise en général que quatre ou cinq notes du médium qui constituent Y intonation, mais certains orateurs ou artistes ont un clavier plus étendu dont on subit le charme sans s’en rendre compte.
L’homme parle en voix de poitrine, mais la femme et l’enfant parlent en voix de tête.
La voix parlée peut différer beaucoup de la voix chantée chez un même sujet. C’était le cas de Rubini dont le chant était incomparable et dont le parler était aigu et criard. Tel parle en baryton qui chante en ténor et vice versâ. Je viens de soigner deux frères dont le parler est à ce point semblable que, dans leur entourage, on s’est souvent mépris sur la présence de l’un ou de l’autre et pourtant
MALADIES DE LA VOIX PARLANTE l’un des deux frères chante très agréablement, l’autre n’a qu’une voix de crécelle.
Il y a d’ailleurs des connexions étroites entre la parole et le chant. Les acteurs se trouvent bien d’apprendre à chanter pour faire porter leur voix. En Angleterre, Garcia donnait des leçons de chant à des officiers qui voulaient porter dans le commandement, sans se fatiguer. On sait que, dans le métier militaire, une mauvaise intonation peut nuire à l’avancement.
En général, la parole fatigue l’appareil vocal plus que le chant; les artistes d’opéra-comique l’ont bien remarqué en disant le poème. Une de mes clientes m’a fait cette confidence : « J’ai dit parfois à mon mari : Je me sens aujourd’hui le larynx très fatigué. Si vous voulez bien, au lieu de causer en parlant, je vous chanterai ce que j’aurai à vous dire ». L’orateur se fatigue plus que l’avocat d’affaires à cause des éclats de voix et de l 'action qui épuise. La comédie fatigue plus que la tragédie, en raison des écarts d’intonation qu’elle exige.
La conversation en voiture est très fatigante parce qu’on force sa voix sans s’en rendre compte.
L’improvisation fatigue peu le larynx, en raison des pauses qui l’entrecoupent. La récitation est déjà plus nuisible, mais c’est surtout la lecture à haute voix qui épuise les forces vocales, parce que de tous les exercices c’est celui qui offre le moins de haltes.
Pour ménager sa voix il faut, en règle générale, la maintenir dans le ton médium, en y introduisant les coupures naturelles de la conversation familière.
Un milieu déplorable pour la santé de la voix, c’est la Bourse. Ayant eu à traiter souvent des affections
du larynx chez des personnes qui, par profession, s’y rendent journellement, j’ai eu la curiosité d’aller voir moi-même, conduit par un ami, quels dangers spéciaux y encourt l’appareil vocal. Je signalerai ces violents courants d’air qui soufflent d’un bout à l’autre de la Bourse sur une foule de têtes nues; l’obligation, pour les commis au comptant surtout, de crier à voix haute pendant trois ou quatre heures de suite ; pour les coulissiers qui sont sur l’escalier, l’exposition au soleil ou à la pluie, de midi à trois heures, la nécessité d’aller à l’air froid du dehors en sortant de l’atmosphère surchauffée du dedans. Il y a là soixante agents de change, soixante commis au comptant formant un premier groupe auprès duquel trente commis de la rente et soixante commis de la coulisse, et dans cet ensemble chacun cherche à se faire entendre de tous. Mais ces dangers sont un mal nécessaire dans le monde d’affaires.
Un agent de change me disait un jour que lorsqu’il revenait de ses vacances il lui fallait toujours quelque temps pour accommoder sa voix à cette acoustique spéciale, mais qu’il y parvenait néanmoins.
Une élocution rationnelle et méthodique constitue la meilleure garantie contre les affections de l’appareil vocal chez les orateurs. Il serait bien à désirer que dans les institutions secondaires, lycées ou séminaires, un enseignement technique fût donné pour le meilleur emploi possible de la voix, puis, plus tard, viendraient des leçons de diction dans l’enseignement oratoire.
Les peuples du Nord articulent faiblement, parlant plutôt les dents serrées. L’articulation est des meilleures chez les Italiens et les Espagnols. « Imitez
donc la cloche en branle, écrit M. Crosti (i). La prononciation de chaque syllabe représentera le coup de battant et le son sera la vibration de la cloche. Et si vous dites : la guerre et ses hasards, qu’on n’entende point : la gare Saint-Lazare ».
On trouvera dans mon « Hygiène de la voix »
(pages 178 èt suivantes) les divers exercices recommandés aux orateurs pour former leur voix. Je puis encore signaler le Traité de la 'prononciation du Père de Ravignan et les Études théâtrales de M me Talma pour ces questions d’entraînement vocal.
Quiconque s’intéresse à la voix humaine et à ses défaillances n’aura pas manqué d’observer attentivement les orateurs en vue.
Voyez celui-ci :
Il s’est levé; mais avant de prononcer une parole, il attend longuement, les yeux sur l’auditoire, pour obtenir son silence et son attention. Aussi bien estce un effet de l’art. Il commence, d’abord d’une voix lente et modérée pour la laisser s’échauffer peu à peu; il la dirige vers le centre de l’auditoire, puis à gauche, à droite, près ou loin de lui. Les consonnes sont bien détachées. Il a le rythme, le nombre, la richesse des inflexions, tour à tour criant, faiblissant ou vibrant sur les mots et les phrases importantes. Le ton de sa voix est en raison de ce qu’il exprime, elle monte ou descend selon l’idée. Il module beaucoup, parcourant avec aisance toute la gamme des tons et variant les tonalités, même sur les. syllabes d’un seul mot. Par moments, ses notes sont énergiques, dures, presque brutales. De grands
(1) E. Crosti. L’art du chant. (Le Monde artiste, 1901).
chanteurs ont aussi ces sonorités de haut effet. A certains passages, la voix de l’orateur chante réellement et, comme fait un pianiste, il a des notes qui survivent à d’autres, qui les surmontent en se prolongeant. Néanmoins sa diction conserve une grande netteté dans chaque phrase, chaque mot, chaque syllabe. Il ponctue bien, mais cette ponctuation ne doit pas être exagérée, elle arrêterait l’entrain de l’orateur qui doit être emporté par son discours. S’il veut entraîner l’auditoire, que la voix soit bien émise. Elle 'passera la rampe, dit le langage du théâtre, sinon elle fera long feu. Encore faut-il que la phrase soit bien ■écrite pour bien sonner. Flaubert disait : « Je ne sais d’une phrase si elle est bien faite que quand je l’ai fait passer par mon gueuloir. »
Les variations de tonalité constituent ce qu’on est convenu d’appeler l’accent dans l’art oratoire. «L’accent, dit Rousseau, est l’âme du discours. Les nourrices entendent tout ce que disent leurs nourrissons, elles leur répondent et quoiqu’elles prononcent des mots, ces mots sont parfaitement inutiles. Ce n’est point le sens du mot qu’ils entendent, mais l’accent dont il est accompagné » (r).
La clarté, l ’audibilité de la diction exige des silences intercalaires. La nature elle-même aménagé ces silences dans l’articulation naturelle. M. Marichelle, professeur à l’Institution nationale des sourds-niuets de Paris, a montré que toute consonne est suivie d’un silence qui fait valoir le son précédent et prépare la perception du son qui suit.
(x) J.-J. Rousseau. Émile ou de l’Éducation, 1.1, p. 85. Éd. Dalibon. Paris, 1826.
En ménageant des temps d’arrêt, des relais dans son discours, l’orateur conserve la voix claire jusqu’à la fin et peut réaliser cette progression croissante, cette loi du crescendo, qui, nous dit G. Coquelin (1), emporte le public.
Tel autre n’articule pas assez. Les voyelles dominent et couvrent les consonnes. Sa voix trop sonore devient monocorde, car il ignore que les paroles ont leur musique. Ce défaut vient parfois de ce qu’il a trop de facilité. Il parle trop vite; il a la voix brève, froide ; il est brillant, mais étant peu technicien, il perd la plupart de ses effets.
En tout cas, que l’on soit bien sûr de son sujet, car rien ne glace comme d’entendre parler de ce dont on n’est pas pénétré.
Si vous lisez, que votre manuscrit soit assez loin de vos yeux et qu’ils l’abandonnent de temps en temps pour que la voix aille mieux à l’auditoire. Une bonne ponctuation du manuscrit, indiquant les mouvements et les repos nécessaires, est aussi très favorable à l’acteur. C’est bien écrire pour la voix. Il m’a été dit que les manuscrits de Massillon se faisaient remarquer par cette habileté de la ponctuation.
La voix doit être dirigée vers les murs de la salle et non vers les ouvertures, afin d’éviter sa dispersion.
Le geste ne doit ni précéder ni suivre la pensée, mais l’accompagner exactement. Sans quoi l’effet serait comique, comme lorsqu’un individu parle, tandis qu’un autre placé derrière lui exécute les gestes.
(1) La Revue illustrée, i 5 décembre 1890.
Castes.
178 maladies de la voix
Que si vous n’avez pas les hauts dons de l’éloquence, la sonorité de la voix, la vigueur de l’accent, l’ampleur du geste, ayez du moins les qualités secondaires que Cicéron recommande aux apprentis du forum : le tact, la souplesse.
Le don de l’éloquence n’exigerait pas une haute culture intellectuelle; je me suis laissé dire qu’elle brillait souvent chez la race nègre. Les meilleurs orateurs ne sont-ils pas en définitive ceux qui ont l’art de caresser les nerfs de la foule et de déchaîner ses sentiments. Si la voix est chaude et enveloppante, si le geste frémit, que lui importent les raisonnements ?
L’orateur doit avoir des qualités d’acteur « et j’ai la tentation de dire : de cabotin, écrit M. Henry Fouquier. Quand maître Petit-Jean a débité d’une haleine je ne sais combien de sottises, Perrin Dandin approuve et dit : il parle bien ! »
Les cas d’altération de la voix parlée (troubles phoniques, dyslalies) se montrent moins nombreux que ceux de la voix chantée..
On peut l’attribuer d’abord à ce que les mécanismes du chant étant bien plus divers et complexes, les troubles fonctionnels ont plus d’occasion pour s’y révéler; puis à ce que les professionnels de la parole, ayant moins besoin que les chanteurs de l’intégrité de leur voix, éprouvent moins aussi le besoin de la faire soigner.
Et cependant s’il est un fait qui ressort de toutes
les observations de maladie vocale, c’est que la parole, j’y reviens avec intention, fatigue la voix plus que le chant. L’altération de la voix se montre d’abord et quelquefois seulement sur la voix parlante. Les preuves de la nocivité plus grande par la voix parlée que par la voix chantée abondent, mais, personnellement, je n’ai jamais mieux constaté le fait que dans le cas suivant :
Un jeune homme, de situation aisée, chantait beaucoup depuis son enfance. Il avait une jolie voix de ténor qu’il employait, comme amateur, dans des concerts ou à l’église, sans avoir jamais éprouvé le moindre trouble vocal. Vinrent des revers de fortune. Il lui fallut donner quelques répétitions de littérature à des enfants. Alors cette voix, que le chant n’avait jamais fatiguée, est prise d’un peu de raucité. Apparaissent de la toux, de l’expectoration, de l’amaigrissement général. L’examen du pharynx et du larynx me révélèrent deux petits nodules vocaux vers la partie antérieure du bord libre des deux cordes vocales inférieures. Je m’empressai d’autant plus d’interdire les excès de parole et de chant qu’il y avait des antécédents tuberculeux dans la famille. Et pourtant les poumons étaient indemnes. Seul, le larynx se montrait très fatigué par les exercices de parole qu’exige l’enseignement.
Il y a des artistes dramatiques qui, ayant une bonne voix pour le chant, ont hésité au début de leur carrière entre les genres lyrique et dramatique. Or, à mesure qu’ils s’adonnaient à ce dernier, ils sentaient péricliter leur voix chantée, en raison du surmenage qu’entraînait pour eux l’emploi habituel de la voix parlée.
J’ai même constaté, chez des femmes, que la voix chantante avait perdu peu à peu ses divers moyens, endurance et autres, parce qu’elles étaient trop bavardes, parlaient avec précipitation sur une tonalité aiguë, au point d’en avoir des nodules. Les troubless’accusaient surtout au soir de leur jour de réception. Assez souvent j’ai entendu des mères de famille et leurs filles me parler de la fatigue laryngée avec enrouement qu’elles ressentaient à la fin d’une journée de réception. Ces troubles étaient accentués surtout chez celles qui avaient quelque lésion physique au larynx. D’après ce que j’ai vu, je redouterais plus encore, pour un larynx guetté par la tuberculose, l’excès de parole que l’excès de chant. J’ai observé des larynx dans ce cas, qui ont éprouvé la fatigue par la voix parlée avant de la ressentir par le chant.
Ce fait inattendu bien établi, reste à l’expliquer. Voici l’explication que je propose. Dans le parler, la somme de mouvements dépensés est plus grande que dans le chanter. C’est vrai d’abord des mouvements thoraciques. Faites parler et chanter devant vous, à même allure, deux personnes. Le parleur respirera plus souvent, dans la proportion d’un tiers, environ. C’est encore vrai pour le larynx : le parleur agite rapidement les cordes vocales, le chanteur dit beaucoup moins de mots dans le même lap& de temps. La glotte bien disposée, il laisse sans efforts l’air thoracique s’échapper ; même s’il fait desexercices d’agilité, gammes rapides, etc., le mouvement se passe exclusivement au-dessus du larynx. Le parleur marche vite, le chanteur procède par élans. Le premier n’utilise que 3 ou 4 notes du médium, l’autre les ménage en allant tantôt à l’aigu.
MALADIES DE LA VOTX PARLANTE Î8i
tantôt au grave. Il n’est pas surprenant dès lors que la fatigue vocale se montre d’abord sur la parole.
Mais cette fatigue par la parole montre ses inconvénients plus chez les chanteurs que chez les orateurs, et c’est pourquoi le spécialiste est plus souvent consulté par les premiers que par ceux-ci.
Je passe en revue les maladies de la voix parlée, suivant leur degré et leur gravité. Comme pour la voix chantée, les troubles phoniques portent, d’une manière générale, sur la quantité ou la qualité de la voix.
1 . Extinction de voix. — Cet accident vulgaire résulte soit d’une congestion passagère de la muqueuse laryngée par coup de froid ou excès alcoolique, soit d’un certain degré de paralysie des cordes vocales. Cette paralysie des cordes s’observe assez souvent chez les sujets hystériques. On la prend quelquefois à tort pour une laryngite et on fait apparaître celle-ci par des cautérisations intempestives.
Une simple émotion peut suffire pour faire apparaître cette aphonie nerveuse ; une émotion peut aussi la faire disparaître. Quelques hystériques aphones parlent en rêvant. On a vu des cas où l’impression causée par un examen laryngoscopique amenait une guérison vainement cherchée déjà. Dans quelques aphonies, il semble exister une dissociation des voix parlée et chantée. M. Harrison Griffin a cité l’observation d’une jeune hystérique aphone pour parler et qui chantait sans aucun trouble vocal. Des exercices de vocalisation sont très utiles dans le traitement de ces aphonies nerveuses.
D’après les D r3 Michaël (de Hambourg) et Middle-
mas Hunt, l’affaiblissement des trois registres de la voix correspondrait à une paresse de contraction (parésie) de muscles distincts. La perte du grave signifierait parésie du muscle interaryténoïdien, celle du médium parésie des thyro-aryténoïdiens, enfin celle de Y aigu affaiblissement des crico-thyroïdiens. Cette opinion n’est pas définitivement acceptée.
II. Fatigue de la voix .— La fatigue simple par surmenage est une cause fréquente des troubles de la voix parlée. J’ai donné des soins à une dame de 67 ans, qui pendant 25 années de sa vie avait fait la classe à des élèves, durant quatre heures. Elle éprouvait souvent alors des enrouements et jusqu’à de l’aphonie. Pendant la nuit c’étaient des douleurs cuisantes au pharynx et au larynx. Depuis qu’elle a quitté l’enseignement, ces troubles ont disparu. Or il y a quelque temps, elle eut à lire, en la traduisant, une lettre de huit pages ; aussitôt les mêmes inconvénients et douleurs reparurent, mais ce ne fut que temporaire, comme l’excès qui les avait amenés.
J’ai souvent entendu des artistes dramatiques se plaindre de ces cuissons à la gorge, de ces lassitudes dans le haut de la poitrine, après un travail prolongé, lorsque par exemple ils avaient joué en matinée et le soir. Dans un groupe d’artistes dramatiques, l’acteur principal peut être responsable de la fatigue des autres, car inconsciemment ils se mettent à son allure pour la vitesse ou la tonalité.
J’ai été consulté par des confrères qui, ayant à donner des leçons ou à faire des conférences, sentaient leur voix s’épuiser rapidement en même temps qu’une sensation de courbature leur venait au pharynx, surtout s’ils avaient le tort de laisser mon-
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ter leur voix. L’examen direct ne révélait rien, ni aux fosses nasales, ni dans le pharynx, ni dans le larynx. En vain avaient-ils fait curetter quelques bribes d’adénoïdes ou raccourcir leur luette, ce n’était que de la fatigue laryngée. Ils en étaient particulièrement gênés dans leurs épreuves de concours. «Vous pouvez mettre dans vos notes, me disait l’un d’eux, que ça me trouble au point de me faire perdre un bon quart de mes moyens. »
La perte de la voix est définitive si le larynx contracte cet épaississement de la région aryténoïdienne que les Allemands désignent sous le nom de ■pachydermie.
Crampe des orateurs. — Ce n’est bien souvent qu’un trouble transitoire. Néanmoins, il peut s’installer de façon durable chez des sujets névropathes.
M. X..., avocat, se plaint depuis quelque temps d’un peu de gêne respiratoire explicable par de l’emphysème pulmonaire. Il raconte que depuis 3o ans il est toujours gêné pour parler longtemps. Au bout de cinq minutes il éprouve dans le fond de la gorge un chatouillement, un besoin de tousser et même parfois de vomir. A partir de ce moment la voix est voilée et il se trouve dans l’impossibilité de poursuivre, si bien que depuis de nombreuses années il a renoncé à plaider, pour ne plus faire que des consultations qu’il trouve néanmoins fatigantes. Il a la luette longue. Détail intéressant : le malade a depuis plusieurs années aussi la crampe des écrivains, au point qu’il a dû prendre un appareil qui permet d’écrire avec le poignet, la plume étant fixée au dos de la main.
J’ai vu ce trouble survenir souvent chez les sujets dont les fosses nasales n’étaient pas bien perméables.
J’ai soigné un homme de 55 ans chez lequel cette gêne se traduisait, outre l’enrouement, par une toux sèche et rauque, se répétant à une demi-
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seconde d’intervalle à peu près. Le trouble disparaissait entièrement si le malade gardait le silence. C’était une sorte de tic laryngien. Le malade était très arthritique ; un de ses oncles avait présenté exactement le même trouble.
III. Affaiblissement de la voix. — Je réunis sous cette désignation les troubles variés qui portent sur la solidité et l’intensité de la voix et qu’il me faudra envisager séparément pour les affections du chant.
Un professionnel de la parole (prédicateur, avocat, instituteur, artiste dramatique) se plaint de ce que sa voix se voile vite ; elle a perdu son endurance, ne peut plus fonctionner deux ou trois heures comme avant. On lui à dit, ou il a pu se rendre compte lui-même, qu’elle a moins de force, de puissance, s’entend moins, paraît grêle, faible, détimbrée. Obligé d’aller quand même, il éprouve bientôt une fatigue toute spéciale dans la gorge, le cou, la poitrine et même dans les membres. A la gorge c’est un chatouillement, une sensation de chaleur ou de gonflement, de contracture (crampe des orateurs);
■ dans la poitrine, derrière le sternum ou à la base du thorax, c’est comme un poids; dans les membres, c’est une lassitude. L’inquiétude qui s’empare du parleur, qui lui fait craindre de ne pouvoir aller jusqu’au bout, de ne pouvoir achever une épreuve de concours, lui fait perdre de ses moyens. Les ecclésiastiques se plaindront de ne pouvoir plus monter en chaire, de ne pouvoir rester longtemps au confessional ; les avocats, les magistrats d’être très incommodés à l’audience. Ils craignent d’être obligés d’abandonner leur carrière.
Veut-on une description personnelle d’un cas par-
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ticulier? Je la copie textuellement dans la lettre d’un instituteur très fatigué par l’enseignement :
« Il me semble avoir intérieurement dans la gorge une plaie vive où l’air, en pénétrant, active la douleur. J’éprouve parfois des sensations de brûlure et la souffrance augmente si je veux dire quelques paroles. Lorsque je suis assis, si je veux me lever ou me pencher en avant j’éprouve dans le larynx et la poitrine une sorte de résistance. Je n’ai aucune force et pourtant j’ai bon appétit et augmenterais de poids plutôt que de diminuer. J’ai dû abandonner ma classe, et depuis rien ne m’a soulagé, etc. »
Que ces sujets ne se pressent pas trop de supposer sourds leurs interlocuteurs. C’est leur propre voix qui est sourde. J’ai observé le cas d’une mère à voix affaiblie qui adressait ce reproche à sa fille dont je trouvai les oreilles absolument indemnes.
Je donne actuellement des soins à une institutrice de province très surmenée, qui depuis deux ans a la voix haussée à un diapason aigu. Voilà six mois que la sensation de boule se produit au larynx avec l’impression qu’elle descend vers l’estomac. Quand la malade veut parler quand même, une douleur lui vient au larynx, elle tousse et entre en transpiration diffuse. Il n’y a pourtant pas de lésions visibles. Ce n’est que de la fatigue vocale.
La pratique habituelle du téléphone est fatigante pour la voix. « C’est, me disait un de mes clients, comme si je donnais Y ut dièze. »
Faites l’examen médical de ces appareils vocaux, vous n’y trouverez souvent rien. Je crois, pour ma part, qu’il s’agit en ce cas d’un affaiblissement, d’un vieillissement, précoce ou non, de la fonction.
Causes. — Ce vieillissement prématuré de la voix tient souvent à son emploi défectueux. L’orateur n’a pas toujours suivi le conseil, qui lui avait été donné, d’être « dicendi peritus ». Les ecclésiastiques, de tous les parleurs les moins préoccupés par la technique, sont aussi les plus exposés aux altérations vocales. Les artistes de valeur sont, au contraire, les moins atteints et savent conserver cette gamme de tons qui a tant de puissance sur le public.
Il est des cas d’affaiblissement vocal (hypophonie) pouvant aller jusqu’à son extinction complète (aphonie) qui sont seulement explicables par une diminution de la tension aérienne au moment de l’expiration. C’est le cas de la personne qui arrive essoufflée, époumonée par une course rapide et qui murmure, sans sonorité : « Je n’en puis plus ». Mais le fait est surtout constaté chez les sujets qu’une affection de la trachée et des bronches (rétrécissements, trachéobronchites chroniqués) ou des poumons (tuberculose, etc.) empêche d’emplir complètement leur soufflerie et de la désemplir sous la pression physiologique.
X..., âgé de 28 ans, se présente à ma clinique pour une aphonie presque complète. Aucune lésion laryngée. Les cordes fonctionnent assez bien, mais leur contact est mou. On ne les voit pas frémir. Aucun stigmate d’hystérie. Je me demande si le trouble ne viendrait pas de l’insuffisance èxpiratrice. Je le mesure au spiromètre de Yerdin et je trouve une capacité inférieure à 1 litre. Tandis qu’il fait l’expiration, on remarque sa difficulté à pousser. C’est à peine si au début l’aiguille est déplacée. Or l’examen complet révèle que le malade est atteint de tuberculose pulmonaire bilatérale (fin de la première période).
Les dysphonies prémonitoires qu’on signale dans
la tuberculose pulmonaire trouvent ainsi leur explication.
Parfois aussi l’épuisement vocal vient de ce que le sujet disposant d’une faible capacité respiratoire, soit à cause de lésions pulmonaires, soit en raison d’une mauvaise santé générale, se livre à des efforts, disproportionnés (Bottermund) (1).
Mon ami le P r Krause suppose, pour expliquer ces cas, qu’il s’agit d’une inflammation interstitielle des muscles laryngiens avec prolifération du tissu conjonctif.
Ces voix affaiblies sont naturellement mal entendues de l’entourage. J’ai rencontré des malades qui avaient très bien conscience dé ne pas se faire assez entendre. Comme l’écrit fort bien M. E. Gellé (2) : « On peut envisager l’étiologie de la surdité en dehors de l’altération morbide de l’organe auditif et la chercher dans les qualités mêmes du langage articulé qu’il est chargé d’entendre. »
Traitement. — Gardons-nous bien, suivant le sage conseil de Cari Michel, de traiter directement ces larynx par des cautérisations : nous les épuiserions encore plus. Au contraire, un traitement qui agit sur le larynx sans agir dans sa cavité est des plus utiles.
Repos complet de la voix pendant quelques semaines, puis reprise de la fonction avec ménagements. Le parleur restera le plus possible sur le médium de sa voix. 11 l’échauffera peu à peu, mettra des pau-
(1) Bottermdkd. Ueber die ârztliche Behandlung von Stôrungen dtr Singstimme, 1898.
(2) E. Gellé. Les difficultés de l’audition de la parole étudiées avec le micro-phonographe. Paris, 1899.
ses dans le discours, sous peine d’être un bouleur qui court dans le discours comme la boule court sur un sol uni, et surtout ne l’utilisera qu’en exercices courts et rares. Avec ces précautions, une voix, qui faiblit vers la cinquantaine, durera tout autant que la vie de la personne même. En outre, les massages et électrisations extérieures, les stations hvdrominérales, le Mont-Dore en particulier, seront un adjuvant très utile pour cette conservation.
Divers médicaments sont réellement utiles pour venir en aide aux énergies vocales.
Telles les gouttes amères de Baumé, qui contiennent de la strychnine, à prendre un moment avant de parler. Telle la caféine qui aide à respirer, comme l’a établi Germain Sée. Les artistes pourront, dans ce but, prendre deux heures avant de chanter soixante centigrammes de caféine. Le thé chaud, pris dans les entr’actes, entretient une certaine transpiration favorable à la durée des forces vocales. Ces données résultent de l’expérience de certains orateurs ou acteurs qui font autorité.
L’électrisation sous ses diverses formes est un des plus puissants moyens dont nous disposons pour agir sur les voix malades. Cette heureuse influence est connue depuis longtemps. Je me souviens avoir soigné, au début de ma pratique, une dame assez âgée, professeur de chant dans une petite ville de province, et qui tous les deux ans environ éprouvait un affaiblissement de sa voix. L’âge y était bien pour quelque chose. Elle se soumettait à 3 ou 4 séances de courants induits qui lui rendaient pour quelques mois ses moyens vocaux. A diverses reprises, le même résultat fut acquis.
Le massage simple ou vibratoire, avec des appareils spéciaux, agit un peu comme l’électricité. Les passes bien exécutées autour du larynx rendent à ses muscles, surtout au si utile crico-thyroïdien, leur vigueur
Fig. 38. — Appareil pour le massage vibratoire du larynx.
normale. J’ai vu des artistes récupérer par ce moyen •deux ou trois notes perdues dans le haut de leur registre aigu.