VIII. Voix eunuehoïde. —La voix eunuchoïde, ou
infantile, est caractérisée par une hauteur anormale des sons coïncidant avec leur défaut d’intensité.
Cette voix n’est pas celle des soprani, fonctionnant de Y ut*, à Yuf°, voix forte, et ne s’échappant pas au-dessus des limites physiologiques de la voix humaine.
Ce n’est pas non plus la voix sans intensité, mais de hauteur normale, de ceux qui ont, à titre divers, leur soufflerie pulmonaire compromise.
Ce n’est pas la raucité vocale dont nous parlions tout à l’heure, car la raucité ne touche qu’au timbre et respecte la hauteur comme Vintensité.
C’est encore moins la voix bitonale des paralysies récurrentielles ou pluritonale de certains polypes laryngiens.
Pour la bien connaître, il faut l’entendre et l’occasion s’en présente assez souvent.
Le trouble apparaît dès l’enfance ou seulement à partir de la mue, selon les cas. Si on fait lire ces sujets à voix haute sur les trois registres, grave, médium, aigu, on remarque que le grave n’existe pas, que le médium est très faible, que l’aigu seul fonctionne sans fatigue, mais manque de timbre. Non seulement il leur est difficile de se servir du grave, mais c’est pour eux une fatigue..« Ça m’étrangle », me disait un de mes malades; le médium peut ne pas exister et le sujet n’avoir que les deux autres registres. S’ils font une gamme, on remarque que le passage est très apparent, hésitant, maladroit. — Cette voix n’est pas toujours exclusivement sur l’aigu. J’en ai rencontré qui étaient bitonales par une combinaison de médium et d’aigu, mais les sons aigus l’emportaient en fréquence.
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Qu’on examine ces larynx, on n’y trouvera souvent rien de particulier ; parfois l’organe a conservé les proportions restreintes de l’enfance : c’est l’infantilisme laryngien; ou bien les cordes vocales viennent faiblement au contact, laissant un petit écart entre elles, dans l’effort phonétique.
Édouard Foairnié a dit que la caractéristique de la voix eunuchoïde était une position des cordes ne se touchant pas en arrière et circonscrivant un espace triangulaire à base postérieure. Le D r Beausoleil (de Bordeaux) (i), qui a observé un eunuchoïde de 42 ans, conclut à une contraction particulière du larynx.
La cause est bien souvent difficile à dégager. Lincoln dit avoir fait disparaître ce trouble en enlevant des végétations adénoïdes, mais il s’agissait d’un jeune homme qui avait conservé cette voix après avoir plusieurs fois joué des rôles travestis de femme.
Tout dernièrement, j’ai vu un cas de voix eunuchoïde chez un garçon de i4 ans, survenu à la suite d’une frayeur ; il avait été mordu par un chien. Il faisait entendre surtout des notes aiguës, mais aussi de temps en temps des notes graves. Au laryngoscope, je constatai que les cordes ne se rapprochaient pas très bien.
Ayant très généralement rencontré cette voix chez des tuberculeux ou tuberculeuses du larynx, j’ai pensé qu’on pouvait l’expliquer par une contracture symp^-
(i) Considérations sur la voix eunuchoïde. Gazette hebd. des Scienc méd. de Bordeaux, 3 février i8g5.
Castex. i4
tomatique des tenseurs des cordes vocales. La bacillose nous a habitués à ces contractures réflexes. Qu’il me suffise de rappeler la contracture des muscles de la cuisse dans la coxalgie. Ces cordes contracturées à l’excès fourniront des sons d'une hauteur anormale.
Voici quelques observations que j’ai recueillies personnellement sur la voix eunuchoïde des tuberculeux :
i° Le premier de mes malades était un homme de cinquante ans, manifestement atteint de tuberculose pulmonaire à la deuxième période. Son larynx aussi était tuberculeux. Les lésions se montraient surtout aux cordes vocales, qui étaient épaissies, rouges, excoriées. Les régions aryténoïdiennes, légèrement infiltrées, attestaient le même diagnostic. Or, il était impossible d’entendre parler cet homme sans être frappé de sa voix. Elle était suraiguë, flûtée, beaucoup plus encore que la voix d’un enfant. Il lui était impossible de descendre au registre médium ; souvent, au contraire, elle se dérobait à de telles hauteurs que l’oreille en était froissée comme d’un grincement ou d’un sifflet trop aigu. Rien de plus à constater que la tuberculose. Le larynx n’était pas infantile. Il présentait ses dimensions habituelles, et le malade n’avait rien perdu de son appareil génital.
2 ° Ma deuxième observation est d’un homme de trente ans qui présentait un début de tuberculose laryngée. Les cordes seules se montraient atteintes (rougeur, gonflement, ulcération superficielle sur leur bord libre). C’était encore la même impossibilité de parler ou de chanter sur le médium. Voix serrée, trop aiguë.
3° En troisième lieu, j’ai rencontré la voix eunuchoïde chez une femme. Encore une tuberculeuse par le poumon et par le larynx. Les cordes étaient comme chez le malade précément. L’état de cette malade fut très amélioré par le traitement local et général. Au fur et à mesure que l’amélioration s’accusait, la voix perdait cette tonalité suraiguë. Plusieurs mois après le début du traitement, elle avait l’intonation naturelle et pouvait même chanter un peu.
4° Une autre malade du même sexe, ayant aussi la voix eunu-
choïde typique, présentait tous les attributs de la bacillose. Ulcérations sur les cordes, craquements humides aux deux sommets, ongles hippocratiques, etc.
5° Ma cinquième observation a trait à un jeune homme de vingt ans qui me fut adressé, d’une ville de province, pour sa voix eunuchoïde. Elle était à ce point suraiguë qu’on eût dit qu’il le faisait exprès. Cette altération vocale lui était survenue au moment de la mue, à quinze ans, et il s’en étonnait d’autant plus que pendant son enfance il avait eu la voix grave et forte. Je ne constatai rien d’important aux pharynx, larynx, poumons, organes génitaux. Cependant, en revoyant ces jours-ci son observation, j’ai été frappé de quelques détails qui m’avaient paru sans signification alors que mon attention n’avait pas encore été' attirée, comme elle l’a été depuis, sur la possibilité de tuberculose laryngée dans ces faits de voix eunuchoïde. Ces détails sont que le larynx était congestionné et qu’un traitement par les pulvérisations chaudes et l’arséniate de soude à l’intérieur avaient amélioré l’état du malade. Il m’en informait par lettre six mois après, mais il ajoutait que, si cette acuité de sa voix avait disparu, il conservait un léger enrouement.
6° Un de ces malades m’écrivait : « Je parle à voix haute, mais avec une voix de fillette assez faible ; ma voix est montée d’une octave. Je solfie comme un soprano. Quand je veux donner une note basse il n’y a plus qu’un sifflement enrhumé. »
Je viens d’observer un malade qui m’a confirmé dans cette idée que certains cas de voix infantile peuvent s’expliquer par la contracture des cordes.
Homme de 43 ans. Vient consulter parce que sa voix a pris depuis quelque temps un caractère singulier. Elle est manifestement eunuchoïde. L’examen de son larynx montre la corde vocale droite en adduction complète et constante. Le bord de cette corde est tout à fait rectiligne. Je conclus donc à quelque paralysie récurrentielle avec contracture des adducteurs. Cherchant la cause, je ne trouve pas de ganglions pouvant comprimer le nerf mais j’apprends que cet homme a eu la syphilis il y a sept ans, qu’il a des douleurs fulgurantes dans le membre inférieur droit et je constate qu’il a perdu ses réflexes rotuliens. Il s’agit donc
d’une ataxie locomotrice avec une de ces névrites que le tabes détermine au larynx.
En même temps, j’observais un autre ataxique avec accidents laryngés. Celui-ci n’avait pas les cordes contracturées, — elles étaient en position cadavérique, — aussi n’avait-il pas la voix eunuchoïde.
Trifîletti a vu un sujet de 4i ans qui avait gardé de son enfance l’habitude de parler en voix de tête, bien que la mue anatomique se fût produite (i).
D’après ce que j’ai vu, c’est assez souvent pour avoir mesusé de leur voix, avant ou pendant la mue, que des larynx ont contracté ce caractère eunuchoïde. Il se peut, comme on l’a dit, que certaines de ces voix soient dues à des troubles de l’innervation centrale ou périphérique du larynx, à des altérations anatomo-pathologiques provenant de la mue, à une persistance de l’état infantile du larynx sans cause déterminée. Il ne faut pas d’ailleurs s’attendre à trouver la cause dans un arrêt de développement de l’appareil sexuel. Tous les hommes que j’ai examinés étaient réellement entiers. D’ailleurs l’explication ne serait pas valable pour les femmes qui peuvent aussi être atteintes de voix eunuchoïde. Les castrati étaient mutilés dès l’enfance. Les spadones et les thlibiæ romains n’étaient privés que de la partie génitale de l’appareil : on leur conservait la portion urinaire, parce que la mutilation complète était souvent suivie de mort. On m’a communiqué l’observation d’un sol dat blessé qui avait perdu tout l’appareil génitourinaire extérieur. Après sa sortie de l’hôpital mili-
(i) Trifîletti. Arch. ital. de laryng., juillet 1887, p. 12g.
MALADIES DE LA VOIX PARLANTE ai 3
taire apparurent les premiers signes du féminisme : hypertrophie des mamelles, chute de la barbe, modification eunuchoïde de la voix.
Biaggi (de Milan) (i) a observé deux jeunes gens, l’un de 16 ans, l’autre de 20, chez lesquels la voix eunuchoïde pouvait s’expliquer par une gêne accentuée de la respiration (hypertrophie des amygdales et des cornets inférieurs, déviations avec éperons de la cloison nasale). Ces deux sujets, pour éviter la fatigue respiratoire, conservaient cette voix de tête qui exige moins d’efforts. La guérison fut rapide après la mise en état des fosses nasales et du pharynx.
Ainsi la voix eunuchoïde se rencontre comme trouble fonctionnel ou comme fonction d’une tuberculose laryngée plus ou moins latente. Son traitement, en ce dernier cas, doit comprendre, entre autres moyens, la thérapeutique générale antibacillaire.
S’il s’agit de voix eunuchoïde simple, c’est par l’orthophonie, par les leçons de diction, par l’effort, le travail du sujet, qu’on arrive à la faire disparaître et très efficacement comme je l’ai observé après E. Fournié, Garel, Beausoleil, Moure. Ce sont d’abord des leçons de respiration, puis des expirations sonores et graves sur a, e, i, 0, u. Ils doivent parler sur le grave, en voix soutenue.
Prescott Bennett (2) fait baisser le menton, rejeter les épaules en arrière, et, dans cette position, demande au malade de répéter souvent des notes bas-
(1) Annales des maladies de l’oreille et du larynx, 1897, p. 91.
(2) Prescott Bennett. The falsetto voice. Medical Record, 5 novembre 1892.
ai h MALADIES DE LA VOIX
ses. L’exercice a lieu trois fois par jour pendant un mois. Tout d’abord le sujet éprouve un peu de fatigue dans sa gorge, mais après un mois la voix de fausset reste plus pénible que la voix normale. Dès le début le malade doit se surveiller pour ne pas émettre la moindre parole en voix de fausset.
L’électrisation et le massage laryngé viennent bien à l’aide du traitement orthophonique pour donner de l’énergie aux muscles larygiens.
IX. Du nasillement. — Ce trouble est bien connu. Le caractère nasillard ou nasonné de la voix peut tenir à deux conditions opposées ; soit que les voies nasales aient leur capacité diminuée (rhume de cerveau, polypes du nez, etc.) : c’est la rhinolalie fermée ; soit que les voies nasales soient trop spacieuses (paralysies du voile du palais qui laissent la voix s’échapper par les fosses nasales) : c’est la rhinolalie ouverte.
Cette dernière condition est encore réalisée par une malformation qu’on observe assez rarement: la brièveté congénitale de la voûte palatine (i). En moyenne, son diamètre antéro-postérieur mesure chez l’adulte 61 millimètres (Lermoyez). Si son développement est sensiblement au-dessous de cette moyenne, le voile du palais ne peut s’appliquer à la paroi postérieure du pharynx et le sujet nasille. Parfois aussi nulle lésion visible n’explique ce nasillement qui apparaît dans l’enfance et s’accentue avec l’âge. Il doit tenir alors à une conformation des résonateurs et seule l’orthophonie peut l’atténuer.
(i) Voir : Lekmoyez. Annales des maladies de l’oreille et du larynx, mars 1892, et Castes. Ibid., mai 1890.
X. Troubles nerveux divers. — L’aphonie hystérique présente cette particularité, que j’ai constatée bien souvent, de cesser dans l’examen laryngoscopique. Le malade était sans voix depuis de longues années, on lui demande de dire le É de la laryngoscopie et la voyelle sort sonore. Pourquoi ? parce que, a-t-on dit, le miroir mis en place sert d’appui aux muscles périlaryngiens (!) ; je pense plutôt que ce résultat tient à l’appui plus grand que le malade donne à sa voix en accroissant, dans un effort inconscient, sa pression thoracique qui parvient à faire vibrer le bord libre des cordes.
M elle X... vient me consulter pour une aphonie complète qui est venue compliquer une attaque récente d’influenza légère. Dans son enfance elle a eu la chorée. Quatre fois déjà elle a été prise de ces aphonies qui apparaissent et cessent sans motif. Pourtant elle a remarqué qu’elles prennent fin au moment où apparaissent ses règles. Elle a de la toux nerveuse. « Une toux de chien », ditelle, c’est-à-dire une toux aboyante. Même en période d’aphonie, quand elle fait effort, elle parvient à faire entendre deux ou trois, mots, puis sa voix retombe à l’aphonie, comme si l'effort thoracique était épuisé.
On a signalé parfois l’extinction complète de la voix parlée avec conservation de la voix chantée. Harrison Griffin (i) en a observé deux cas, l’un chez un homme, l’autre chez une femme ; celle-ci pouvait prononcer toutes les notes en chantant, mais il lui était impossible de les nommer en parlant. C’étaient deux hystériques qui guérirent par le traitement de la névrose, suggestion, etc., aidés d’exercices phonétiques.
(i) Harrisox Griffin. New-York med. Journal, 20 mai 1893.
aiC MALADIES DE LA VOIX
Chez quelques femmes, le mutisme hystérique apparaît périodiquement au moment des règles (i).
L’aphonie hystérique peut être heureusement traitée par des exercices de gymnastique vocale. Bach (2) cherche d’abord à rendre à la colonne d’air expiré la tension qu’elle a perdue. Dans ce but, il prescrit des inspirations profondes et lentes, suivies d’expirations brusques en tenant la pointe de la langue appuyée contre les dents incisives supérieures. Puis le malade essaye de tousser en donnant à sa toux le timbre des diverses voyelles. Il a cité cinq cas d’amélioration rapide par cette méthode.
Spasme phonique de la glotte. — Dans le groupe des maladies vocales d’ordre nerveux figure cette variété très particulière que vient d’étudier spécialement Hasslauer( 3 ). On n’en compte jusqu’à présent qu’une quarantaine de cas dans la littérature médicale où elle est souvent désignée sous le nom de dysphonie spatique, selon l’expression de Schech.
Au moment où le malade veut parler, la voix s’enroue et devient saccadée. S’il veut forcer , l’aphonie complète se déclare. Alors il fait appel à tous les muscles du cou et de la poitrine pour vaincre ce spasme glottique, mais c’est en vain ; le seul résultat de son effort est une lassitude générale qui le contraint d’y renoncer. Ce spasme n’est pas sans analogie avec la crampe des écrivains, des télégraphistes, pianistes, etc. Les personnes exposées à ce spasme
(1) Liviesato. Gaz. degli ospit, 12 août 1898.
(2) Bach. Traitement de l’aphonie hystérique. New-Yorkmed. Journ., 22 octobre 1892
(3 ) Hasslauer. Aphonia spastica. Deutsche mililararztliche Zeitschrift, septembre 1900.
peuvent parfois l’éviter en se servant seulement de la voix chuchotée, mais d’un autre côté tout mouvement glottique, la toux, le rire, etc., peut le faire apparaître.
Ce spasme phonique peut se compliquer de spasme respiratoire. Dans ce cas, le malade est atteint d’oppression et sa face devient violacée.
Avec le laryngoscope on constate que les cordes vocales s’accolent fortement, peuvent meme chevaucher l’une sur l’autre, tandis qu’un des cartilages aryténoïdes se place au-devant de l’autre. Même, dans les cas graves, les bandes ventriculaires viennent au contact, au point de cacher les vraies cordes.
Ce spasme s’observe souvent chez les sujets hystériques, neurasthéniques ; mais on le rencontre aussi chez les professionnels de la voix, surtout quand ils sont contraints de la faire fonctionner au cours d’une pharyngite ou d’une laryngo-bronchite. Il peut s’expliquer encore par la présence de polypes laryngiens ou nasaux agissant selon le mécanisme des réflexes.
L’affection est d’un assez fâcheux pronostic parce que le traitement reste souvent inefficace.
Les moyens thérapeutiques généralement employés sont le repos vocal, les courants galvaniques ou faradiques appliqués à l’extérieur du larynx, les inhalations d’éther ou de chloroforme, les pulvérisations de cocaïne, l’hydrothérapie.
Cette infirmité a quelquefois cédé à un entraînement méthodique dirigé par un professeur de chant ou de diction et qui consiste à utiliser la voix chuchotée d’abord, pour passer ensuite à la voix haute.
Au moment même de la crise, un exercice violent (marche, course) peut enrayer l’accès.
C’est un cas analogue que communiquait Roth à la Société viennoise de laryngologie (i er février 1900), sous ce titre : « Aphonie hystérique avec occlusion de la glotte fausse et vraie, au moment de la phonation. » Il obtint un assez bon résultat de la suggestion, mais la faradisation réussit mieux encore.
Certaines altérations du système nerveux s’accompagnent d’un tremblement des cordes vocales qui rend la parole inintelligible et saccadée. Ce trouble a été signalé dans la chorée et l’intoxication saturnine (H. Krause) (1), dans les tumeurs du cervelet (2); le P r Jaccoud et Luys ont depuis longtemps signalé les troubles de l’articulation dans les maladies du cervelet, dans la sclérose en plaques ( 3 ).
Dans la syringomyélie, des troubles vocaux ont été signalés ( 4 ) : enrouements, dysphonies diverses. La raucité peut même se déclarer brusquement. Ces troubles sont sous la dépendance d’une paralysie, complète ou non, du récurrent, d’où résulte une atrophie des muscles, spécialement de ceux qui sont inclus dans la corde vocale.
Il y a des aphasies d’articulation et des aphasies d’intonation ( 5 ).
Charcot, Gerhardt, Westphal ont fait connaître les
(1) Hermann Krause. Journal of Laryngology, juillet 1888.
(2) Herbert Spencer. Lancet, 9 octobre 1886.
(3) J. Collet. Annales des maladies de l’oreille et du larynx, 18g4, p. 12S.
(4) Cartaz. Troubles laryngés dans la syringomyélie. Société française de laryngologie, mai 1895.
(5) Voir Brissaud. Clinique des maladies nerv I er août 1894.
veuses. Semaine méd..
MALADIES DE LA VOIX PARLANTE 2i(>
troubles de la voix et de la parole dans la paralysie agitante. Mais nous devons à Rosenberg (i) l’examen laryngoscopique. Il a observé un homme de 62 ans, malade de cette affection depuis 3 o ans. La parole difficile à comprendre était hachée, bégayée et ressemblait « à la voix d’un cavalier dont le cheval est lancé au galop ».
L’examen laryngoscopique particulièrement difficile montra que les cordes étaient secouées de mouvements d’adduction isochrones à ceux de la tête. L’épiglotte prenait quelquefois part à ces tremblements, plus rarement le voile du palais.
J’ai pu récemment vérifier sur un malade l'exactitude de cette description.
Ce trouble phonique se distingue de ceux des scléroses cérébrale, médullaire, du tabes, de l’ataxie des cordes vocales, de l’atrophie musculaire progressive, de la chorée du larynx, etc.
Voici un cas d’aphasie temporaire cérébrale que j’ai pu observer :
M. X..., 3a ans, a eu dans son enfance les diverses maladies fréquentes à cet âge : rougeole, scarlatine. Il avait alors une assez jolie voix, mais ne pouvait pas chanter longtemps sans qu’elle s’éteignît presque complètement. Il a ordinairement de la difficulté pour prolonger un travail cérébral et manque de mémoire. Il est au contraire très adroit de ses mains. Depuis huit jours, il a eu quatre fois le trouble suivant. Il devient rouge, éprouve une sensation de congestion dans la tête et perd l’usage de la parole pendant trois ou quatre heures de suite. Je l’examine pendant une de ces crises. Je le vois remuer la langue et les lèvres d’une façon irrégulière, mais sans faire entendre aucun son. On ne pourrait même pas lire sur ses lèvres. Je ne constate pourtant
(1) Société de laryngologie de Berlin, 20 mai 1892.
rien dans son larynx et même pendant l’examen il fait bien entendre le É usuel. Le sujet n’est pas syphilitique, pas névropathe. Il n’a ni alexie, ni agraphie. Mais ses artères temporales sont déjà sinueuses. Il entend bien, mais se plaint de bourdonnements, uniquement quand il est étendu dans son lit. Nous admettons, avec son médecin habituel, qu’il s’agit de congestions temporaires au niveau de la 3 e circonvolution de Broca et nous le traitons selon cette idée.
On rencontre quelques exemples à’entendantsmuets. Je suis depuis quelques années un infirme de cette catégorie.
Cet homme a cinquante-quatre ans. Il a toujours bien entendu, mais n’a jamais pu parler. Il dit seulement avec peine et mal : oui et non. Pas de maladies antérieures. Il a été successivement employé comme manœuvre et ouvrier corroyeur. Il a eu deux frères, plus âgés, tout à fait indemnes, mais luimême est né après que son père était devenu hémiplégique gauche et ne pouvait plus parler. Il manque surtout de mémoire : quand on lui demande les métiers qu’il a exercés, il est obligé de lire ses certificats.
En général, les entendants-muets sont des dégénérés, parfois même des gâteux (L. de La Charrière). On ne les reçoit pas volontiers dans les institutions des sourds-muets, tant on redoute l’inutilité de l’instruction. C’est principalement la mémoire qui leur fait défaut.
L’histoire de ce malade engage à chercher l’infirmité dans une lésion congénitale des centres phonateurs.
XI. Altérations de la voix dans les maladies mentales. —- Les affections mentales font subir à la voix humaine diverses altérations qu’il nous importe de connaître.
On les trouve particulièrement bien analysées dans une étude du P r Morselli (i), directeur de la clinique des maladies mentales à l’Université de Gênes.
(i) Henri Morselli. Journal La Voix, 1894, p. 21.
Il y a lieu d’analyser séparément, chez les fous, l’intonation et l’articulation, car la première trahit plus spécialement l’état de leur sentiment et l’autre l’état de leur intelligence. Les altérations de la voix seront quantitatives ou qualitatives, selon la division que nous avons adoptée déjà.
Chez les idiots microcéphales l’articulation est faible, de même que la gamme des sons émis est pauvre.
Dans les folies chroniques, telles que les démences séniles, la voix est inarticulée, il y a des cris, des grognements comme chez les peuples inférieurs ; l’intonation devient monotone, décolorée.
Chez le maniaque, chez le paralytique général en état d’exaltation, chez l’hystérique irritée, la voix est très forte (hyperphonie). Il y a des fous hyperphonisants qui peuvent émettre des sons d’une intensité inouïe.
Chez le mélancolique, au contraire, le fou apathique, le paralytique avancé, la voix peut être affaiblie au point de devenir inintelligible (hypophonie). Le mutisme hystérique décrit par Charcot se range dans cette catégorie. Ces hystériques peuvent encore chuchoter et par là se distinguent des aphasiques. Leur aphonie peut être, dans quelques cas, temporaire ou même périodique.
Les altérations qualitatives peuvent porter sur la hauteur, le timbre, la justesse des sons (paraphonies).
La hauteur du son peut monter d’une ou même de deux octaves, par exemple dans les clameurs des maniaques ou des folles hystériques.
On a noté parfois une inversion des caractères.
sexuels ; des folles parleront sur un registre de ténor ou baryton et des aliénés auront une vocalisation de soprano ou contralto.
Il peut y avoir dans le langage de quelques fous deux voix, d’homme et de femme, l’une naturelle et l’autre contrefaite. Les aliénistes soupçonnent alors le délire des persécutions ou la manie des grandeurs. Le malade se croit envahi par des personnages invisibles.
La voix de tète est plus habituelle aux excités et la voix de poitrine aux déprimés.
Dans certains cas de paralysie générale progressive, un des premiers symptômes est le changement du timbre par suite de l’altération des centres d’innervation laryngienne qui sont dans le bulbe rachidien. La voix devient caverneuse d’abord, puis tremblée, fausse, égophonique (Ducheck).
L’agilité de la voix augmente dans la manie, chez le paralytique exalté qui chante avec tant de plaisir.
L’intonation présente aussi quelques particularités chez les fous. Des excités exagèrent les modulations habituelles du discours; accentuent avec excès certains mots, déclament sur un ton dramatique ; des déprimés, au contraire, s’expriment sur un ton monotone.
Enfin l’excité abuse des voyelles ouvertes A, E, de l’R vibrant ; il emploie les mots monosyllabiques ; le déprimé choisit les voyelles sombres, O, U, les mots longs et compliqués.
On pourrait encore étudier la dismasie, c’est-àdire les altérations de la faculté musicale chez les fous. Mais j’en ai dit assez pour montrer que, suivant
la conclusion du P r Morselli : « L’aliéniste peut utiliser, pour le diagnostic de la folie, des faits qui, à première vue, paraissaient n’avoir aucune importance.
XII. Troubles de la parole.— A côté des maladies de la voix parlée doivent figurer certains troubles de la prononciation. Je les exposerai très sommairement, d’après les études de mon confrère et ami le D r Chervin (i).
I. C’est d’abord le bégaiement dont les caractères essentiels sont :
i° Le début pendant l’enfance ;
2 0 Les troubles respiratoires plus ou moins accentués ;
3° L’intermittence du trouble ;
4° Sa disparition complète dans le chant.
Par ces quatre caractères il se sépare bien de troubles analogues que Chervin propose d’appeler pselliformes (de (kAX-.^ubç, bégaiement).
Le bégaiement peut être causé par toutes les émotions violentes, peur, etc., ou bien il peut se déclarer par hérédité, par imitation involontaire, par convulsions dans le jeune âge, par nervosisme excessif.
Il apparaît entre 3 et 7 ans, mais presque jamais après la puberté ; beaucoup plus souvent chez les garçons que chez les filles, dans la proportion de dix pour un. C’est peu à peu qu’il se déclare en général. Chez le bègue, le rythme respiratoire normal est déréglé. Les uns parlent pendant l’inspiration, comme les ventriloques (bégaiement inspiré), d’autres pendant l’expiration seulement (bégaiement expiré) ; d’autres
(1) Chervi>\ Bégaiement et autres défauts de prononciation. Paris,
encore aux deux temps de la respiration [bégaiement mixte). Ce trouble est intermittent et s’accuse plus avec les consonnes qu’avec les voyelles.
Je ne m’arrêterai pas au traitement du bégaiement. C’est l’œuvre des orthophonistes. Je rappellerai seulement l’inutilité des tentatives chirurgicales qui ont été dirigées contre lui.
II. Blésités diverses. — On entend par blésités les défauts de prononciation caractérisés par la substitution, la déformation ou la suppression d’une ou de plusieurs consonnes (Chervin). A l’inverse du bégaiement elles sont plus fréquentes dans le sexe féminin.
Ces défauts portent :
i° Sur les consonnes z, s, j, ch ;
2° Sur d’autres consonnes ;
3 ° Sur les voyelles.
La blésité sur Z, S, J, CH est de beaucoup la plus fréquente.
Ce trouble s’explique par une simple négligence, ou par une maladresse de la langue, ou encore par une insuffisance d’oreille qui ne permet pas de faire la différence entre une prononciation correcte et incorrecte.
La guérison n’en est pas difficile à moins qu’il ne s’agisse d’une insuffisance de l’oreille.
Les principales blésités sont :
a) Le zézaiement,lorsque le défaut porte sur C, S, X, Z. Le sujet dit zouzou pour joujou. Une jeune fille de 16 ans, que j’ai pu observer, avait une sœur et un neveu qui zézayaient comme elle. Le défaut existait depuis l’enfance. Un sifflement précédait C et Z (che, gède) et suivait S et X (eche, icche).
Les dames romaines zézayaient par genre, comme
les duchesses au xviii 0 siècle pour se rajeunir, comme nos incroyables de la Révolution qui, à l’imitation de Garat, supprimaient les R ; « ma paole d’honneu ».
b) Le clichement, quand le défaut porte sur j, ch.
Exemple :
Chauchichon pour saucisson.
c) La déformation, où la consonne est accompagnée d’un sifflement qui rappelle II mouillée.
Exemple :
Zllouzllou pour joujou.
d) L’élision, où les consonnes disparaissent.
Exemple :