YI. — MALADIES DE L’AGILITÉ
Quelques artistes sentent que leur voix devient lourde. Les vocalises leur sont difficiles, de même les passages qui ne dissimulent plus aussi bien la soudure des voix de poitrine et de tête, de même les faux passages qui deviennent perceptibles et gênants. Se méfier en ce cas d’une tuberculose latente, se reposer et faire un traitement général. Souvent néanmoins il ne s’agit que d’une maladresse dont le professeur finit par avoir raison. Il serait absurde par exemple de prendre pour une maladie vocale la difficulté de certains élèves pour exécuter les passages.
Je viens d’observer cette perte de l’agilité chez une femme de 3i ans qui avait en outre perdu les trois notes les plus hautes de son registre aigu. Elle avait constamment une sensation de gonflement dans son pharynx. Pas de lésions au larynx, mais le coeur était malade (arythmie, gonflement aux chevilles, etc.). J’admis que les troubles vocaux tenaient à une gêne de la circulation dans l’appareil phonateur. Cette femme avait eu i3 enfants, et, à .chacune de ses grossesses, des troubles analogues avaient paru sur la voix vers le 4 e mois, pour disparaître deux mois après la délivrance.
Chez un soprano dramatique, le manque d’agilité
ne pouvait s’expliquer que par de l’emphysème pulmonaire. Elle avait remarqué, depuis trois ans, que les sons sortaient bien, mais qu’il lui était difficile de les filer, de les développer. Le trouble se montrait principalement sur l’aigu. Or les fosses nasales et le pharynx étaient indemnes ; le larynx était très sain, si bien que plusieurs laryngologistes avaient pensé qu’elle exagérait son cas. Mais elle avait un peu d’emphysème pulmonaire et avait d’ailleurs engraissé sensiblement. Ses notes n’étaient encore belles que si elle pouvait prendre un grand élan respiratoire.