‹ Les maladies de la voixChapitre 27 sur 34 · VIL - MALADIES DE LA RÉSONANCE · texte numérisé non relu

VIL - MALADIES DE LA RÉSONANCE

Quelques-uns ont un trouble de résonance. Quand ils chantent sans parole, tout est régulier, la vocalisation en particulier est excellente, mais s’ils font la syllabation, s’ils chantent sur des paroles ou simplement sur des voyelles, celles-ci se font entendre avec une résonance défectueuse qui est le plus ordinairement nasale, nasonnée, nasillarde (rhinolalie). Cette particularité tient justement à ce que les voyelles nasales an, en, in, on, un, ne peuvent résonner normalement dans le nez qui est, comme on sait, la cavité la plus importante des résonateurs de la voix humaine. Au lieu de dire : « charmant enfant », l’artiste fera entendre : « charma afa » et « marna » au lieu de « maman » ; plus ou moins, cela va sans dire. Chez d’autres, certaines consonnes sont spécialement laborieuses, parce que la gorge ou le nez ne sont pas libres. Ces voix ne sortent pas, ne portent pas. Elles

Fig. 48. — Face et profil d’un adénoïdien.

ont une difficulté toute spéciale à laisser sortir parle, nez L’air vibrant d’une note, ce qui lui communiquerait du charme, de Y affectuosité.

Ce trouble s’observe assez fréquemment. Dernièrement, un baryton à la voix déclinante, atteint de bronchite chronique et d’emphysème pulmonaire, me disait: « J’éprouve surtout de la difficulté pour faire des sons de résonance nasale, pour mettre ma voix dans le nez. » 1

Il est à remarquer d’autre part qu’ùn coryza aigu, mais peu intense, facilite l’émission vocale. Tous les artistes s’en sont rendu compte. Est-ce par le fait d’une révulsion nasale qui décongestionne le larynx? ou par l’appui plus facile que la voix trouve dans les fosses nasales à muqueuse tuméfiée? Je n’oserais me prononcer.

Le trouble en question est sous la dépendance d’une obstruction nasale, qu’il soit dû à des végétations adénoïdes, à des éperons ou déviations de la cloison, ou à des rhinoses hypertrophiques. Celles-ci peuvent occuper spécialement L’extrémité postérieure ou l’extrémité antérieure du cornet inférieur (queues ettêtes de cornet). Une simple accumulation de mucus sur la muqueuse du nez peut momentanément rendre nasonnée la résonance vocale. Le chanteur se mouche et le trouble disparaît.

Je viens d’examiner un contralto de voix excellente et volumineuse chez laquelle je constatai de la rhinite hypertrophique avec accumulation de mucus desséché. Quand je lui demandai le trouble exact de sa voix, elle me répondit sans hésiter : « Je me plains de manquer de résonance. » D’ailleurs ses cordes étaient de longueur moyenne, ce qui prouve une

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fois de plus qu’elles ne sont pas forcément longues dans les larynx à voix grave.

Trasher (de Cincinnati) (i) a étudié cette fâcheuse influence des obstructions nasales sur la voix chantante.

Il est digne de remarque que diverses lésions, sans grande importance par elles-mêmes, sont révélées par les premières leçons de chant. Si le sujet ne s’était pas mis à chanter rien n’aurait décelé ces lésions qui, en dehors du chant, n’avaient aucun inconvénient pour lui; mais il commence les exercices, son professeur trouve que tout n’est pas au mieux, que la résonance est trop nasale, que la voix ne sort pas, qu’elle manque d’endurance, etc., etc. Un médecin spécialiste est consulté pour découvrir le corps du délit. C’est dans ces circonstances que j’ai trouvé des adénoïdes, des rhiniteS hypertrophiques.

La guérison est facilement obtenue, s’il s’agit d’altérations nasales (curettage des adénoïdes, résection des queues de cornet et des éperons, galvano-cautérisations de la muqueuse). Mais le professeur a souvent, le traitement médical terminé, à soigner la diction pour corriger son élève de cette prononciation nasale par des exercices voulus, car la mauvaise habitude pourrait survivre assez longtemps à la disparition des lésions.

M lle X... se plaint de sentir « comme quelque chose de bouché » ■dans ses fosses nasales, surtout pour ses notes aiguës. Si elle force, elle a des bourdonnements et du vide à la tête, c’est-à-dire un commencement de vertige. La nuit, elle a des accès d’asthme

(i) Lancet Clinic, 8 octobre 1892.

nasal. L’examen m’a montré-dans une de ses fosses nasales une déviation marquée de la cloison. Je l’ai opérée et,ces troubles ont disparu.

Je pourrais consigner ici un bon nombre d’observations où la désobstruction des fosses nasales par une intervention chirurgicale intérieure a fait disparaître des troubles vocaux rebelles.

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