Esquirol, tome II, p. 2S
OÙ l’absence de documents psychologiques laisse dans l’embarras et ne permettrait qu’une interprétation équivoque, a Une demoiselle, courtisée par un jeune homme, fut atteinte d’une aliénation mentale dont on ignorait la vraie cause et dont le trait distinctif était une forte opposition de caractère qui ne tarda pas à se transformer en un mutisme morbide. Pendant douze années, elle ne répondit que deux fois aux questions : la première fois, sous l’influence des paroles impératives de son père; la seconde, à son entrée dans notre établissement. Dans les deux cas, elle fut d’un laconisme étrange, surprenant. »
Pendant deux mois, Guislain se livra à des tentatives répétées pour amener la guérison.
« Mes efforts furent vains et mes exhortations sans effet. Je persistai, et je ne tardai pas à constater un changement dans les traits, une expression plus intelligente des yeux; un peu plus tard, mais de temps à autre, des phrases, des explications nettes, catégoriques, interrompues par de longs intervalles de silence; car la malade montrait une répugnance extrême à
céder à mes instances.On pouvait voir que
chaque fois son amour-propre était satisfait du triomphe qu’elle obtenait sur elle-même. Dans ses réponses, jamais on ne remarqua la moindre idée délirante; son aliénation était exclu-
sivement une maladie de la volonté impulsive. Souvent une espèce de honte semblait retenir cette malade, que je commençais à considérer comme décidément convalescente. Pendant deux, trois jours, elle cessa de parler, puis, grâce à de nouvelles sollicitations, la parole lui revint, jusqu’à ce qu'enfin de son propre mouvement elle prit part aux conversations qui
s’engageaient autour d’elle. Cette guérison
est une des plus étonnantes que j’aie vues dans ma vie *. » L’auteur ajoute que le rétablissement fut complet et durable.
Cet état d’inertie morbide dont l’aboulie est le type, où le «je veux » n’est jamais suivi d’action, montre combien la volition à titre d’état de conscience et le pouvoir efficace d’agir sont deux choses distinctes. Sans insister sur ce point pour le moment, arrêtons-nous à ce fait de l’effort, capital dans la psychologie de la volonté, et qui fait défaut ici.
Le sentiment de l’effort musculaire a été étudié par M. "William James ^ d’une manière si approfondie et si rigoureuse qu’il n’y a pas lieu d’y revenir et qu’il suffit de rappeler brièvement ses conclnsions. Ce physiologiste a montré