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The feeling of effort, in-4o, Boston

que le sentiment de l’énergie musculaire dé- ■ployée dans un acte quelconque est « une sensation afférente complexe, qui vient des muscles contractés, des ligaments tendus, des articulations comprimées, de la poitrine fixée, de la glotte fermée, du sourcil froncé, des mâchoires serrées, etc. » Il a discuté pied à pied, en s’appuyant sur l’expérience, l’opinion qui en fait une sensation efférente, liée à la décharge motrice, coïncidant avec le courant de sortie de l’énergie nerveuse. 11 a montré notamment, après Ferrier et d’autres, comment dans les cas de paralysie, si l’on conserve le sentiment de l’effort, bien qu’on ne puisse à aucun degré remuer le membre paralysé, c’est parce que les conditions de la conscience de l’effort continuent d’exister, le malade remuant le membre ou l’organe du côté opposé.

Mais M. James distingue avec raison l’effort musculaire de l’effort volit ionnel, qui, lui,-n’implique dans beaucoup de cas~iîïcün mouvement immédiat ou rien qu’une énergie musculaire extrêmement faible. Tel est, pour lui emprunter un de ses exemples, le cas de l’homme qui, après une longue hésitation, prend le parti de mettre de l’arsenic dans le verre de sa femme pour l’empoisonner. Tout le monde connaît d’ailleurs par sa propre expérience cet état de lutte où l’effort est tout intérieur. — Ici, nous

nous séparons à regret de l’auteur, qui place cet efïort dans une région à part, supra-sensible. Pour nous, il ne nous paraît différer de l’autre qu’en un point ; ses conditions physiologiques sont mal connues, et l’on ne peut hasarder que des hypothèses.

Il y a deux types de cet effort volitionnel : l’un qui consiste à arrêter les mouvements de l’instinct, de la passion, de l’habitude, l’autre ^urmonter la mollesse, la torpeur, la timidité; Piôn est un effort à résultat négatif , l’autre un effort à r ésultat p^ tif;-run produit un arrêt, l’autre une impulsion. Ges deux types peuvent eux-mêmes se ramener à une formule unique ; il y a effort quand la volition suit la ligne de la plus grande résistance. Cet effort volitionnel n’a jamais lieu quand l’impulsion (ou l’arrêt) et le choix coïncident, quand nos tendances naturelles et le « je veux » vont dans le même sens; en termes plus clairs, quand ce qui est immédiatement agréable à l’individu et ce qui est choisi par lui ne font qu’un. Il a toujours lieu quand deux groupes de tendances antagonistes luttent pour se supplanter réciproquement. Eu fait, tout le monde le sait, cette lutte a lieu entre les tendances inférieures, dont l’adaptation est bornée, etles tendances supérieures, dont l’adaptation est complexe. Les premières sont toujours ^ les plus fortes par nature: les secondes le sont

quelquefois par artifice. Les unes représentent une puissance enregistrée dans l’organisme, les autres une acquisition de fraîche date.

Comment donc celles-ci peuvent-elles triompher parfois? C’est que le « je veux » est un jjappoint en leur faveur. Non, bien entendu, à titre de simple état de conscience, mais parce que sous cette volition, qui est un effet, il y a des causes connues, demi connues et inconnues, que nous avons si souvent résumées d’un mot : le caractère individuel. Toutes ces petites causes agissantes, qui résument l’individu physique et psychique, ne sont pas des abstractions. Ce sont des processus physiologiques ou psychophysiologiques : ils supposent un travail dans les centres nerveux, quels qu’ils soient. Est-il téméraire de soutenir que le sentiment de l’effort volitionnel est, lui aussi, un effet de ces processus physiologiques? On ne peut nous objecter que l’impuissance actuelle d’en déterminer le mé canisme. Ce point est d’autant plus obscur que le mécanisme doit différer suivant qu’il s’agit de produire une impulsion ou un arrêt ; aussi le sentiment de l’effort volitionnel n’est pas ’dentique dans les deux cas.

La lutte intérieure est accompagnée d’un sentiment de fatigue souvent intense. Quoiqu’on n’en sache pas bien long sur la nature et les causes de cet état, on admet en général que,

même dans l’effort musculaire, le siège de la fatigue est dans les centres nerveux qui ordonnent la contraction, non dans les muscles; qu’il y a un épuisement nerveux, non un épuisement musculaire. Dans les contractions réflexes, il n’y a pas de fatigue perçue. Chez les hystériques, on voit des contractures persister presque indéfiniment, sans que le patient éprouve le moindre sentiment de lassitude; c’est donc l’effort volontaire qui fatigue et non le raccourcissement du muscle

Sauf notre ignorance, nous n’avons donc aucune raison d’attribuer à l’effort volitionnel un caractère à part. Dans tous les cas où cet effort doit se produire, les éléments nerveux sont-ils capables de fournir un surcroît de travail pendant une période donnée? ou bien, par nature, par défaut d’éducation et d’exercice, sont-ils vite épuisés et incapables de recouvrer de nouvelles forces? Ont-ils, oui ou non, une quantité suffisante de force disponible emmagasinée en eux ? Le problème de l’action dans le sens de la plus grande résistance est réduit là à ses derniers termes. C’est ce travail caché, presque inconnu, qui se traduit par le sentiment de l’effort volitionnel. Le sentiment de l’effort

j 1 Richet, Physiologie des nerfs et des muscles, p. 477-490. — Delbœuf, Étude psychophysique, p. 92 et suiv. dans les Élément de psychophysique, t. I.

SOUS toutes ses formes est donc un état subjectif qui correspond à certains événem e nts accom¬

plis dans les centres nerveux e t d’autres parties de l’orga nisme, ma'S qui leur ressemblent aussi

peu que les sensations de son et de lumière ressemblent à leur cause objective. Pour être capable de grands efforts musculaires, il faut que les centres nerveux adaptés soient en état de produire un travail considérable et prolongé ; ce qui dépend de leur nature et de leur rapidité à réparer les pertes. Pour produire un grand effort moral ou intellectuel, il faut de même que les centres nerveux adaptés (quels qu’ils soient, et notre ignorance à cet égard est à peu près complète) soient en état de produire un travail intense et répété, au lieu de s’épuiser à bref délai et sans retour. La possibilité de l’effort est donc, en dernière analyse, un don naturel .

Prenons, pour être moins vague, l’exemple vulgaire d’un homme vicieux. Si jamais dans sa vie, de lui-même ou sous l’influence des autres, il n’a éprouvé quelque velléité de conversion (en supposant que ce cas se rencontre), c’est que les éléments moraux avec les conditions physiologiques correspondantes lui font cccnplètement défaut. Si dans une circonstance quelconque l’idée de se corriger surgit en lui, remarquons d’abord que cet événement est involontaire; mais il suppose la préexistence et

la mise en activité dé certains éléments psychophysiologiques. Ce hut est-il choisi, affirmé comme devant être, voulu; si la résolution ne dure pas, c’est que l’individu est incapable d'effort, c’est qu’il n’y a pas dans son organisation la possibilité du travail répété dont nous avons parlé; si elle dure, c’est qu’elle est maintenue à force d’effort, par ce travail intérieur qui produit l’arrêt des états contraires. Tout organe se développe par l’exercice; ici de môme, en sorte que la répétition devient plus facile. Mais si un premier élément n’est pas donné par la nature et avec lui une énergie potentielle, rien n’aboutit. Le dogme théologique de la grâce, à titre de don gratuit, nous paraît donc fondé sur une psychologie bien plus exacte que l’opinion contraire ‘, et Ton voit combien il est facile de lui faire subir une transformation physiologique.

Pour en revenir aux cas morbides qui nous occupent, il y aurait une impossibilité d’effort, temporaiie, accidentelle, mais qui s’étend à l’organisation presque entière.

1. La doctrine de la grâce se rencontre déjà chez leB Hindous, notamment dans la Bhagavad-Gitâj XI, 53. Voir Barlh, Les reiv aions de l'Inde^ p. 48 et 136.

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