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La psychologie de Ven faut ^ p

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reté qui est la marque de toute habitude parfaite. Il est clair, d’ailleurs, que le tempérament et le caractère importent ici encore plus que l’éducation.

11 n’est donc pas surprenant qu’une tempête cède devant de froides idées, devant des états de conscience dont la tendance motrice est assez faible : c’est qu’il y a par derrière eux une force accumulée, latente, inconsciente, comme nous venons de le voir.

Pour comprendre cet apparent miracle, il ne faut pas considérer l’adulte éduqué, réfléchi, mais l’enfant. Chez celui-ci (le sauvage, l’homme mal dégrossi ou inéducable s’en rapprochent), la tendance à Pacte est immédiate. L’œuvre do l’éducation consiste justement à susciter ces états antagonistes : et il faut entendre par éducation aussi bien celle que l’enfant doit à sa propre expérience que celle qu’il reçoit d’autrui.

Je crois d’ailleurs inutile de montrer que tous les sentiments qui produisent un arrêt : crainte ou respect des personnes, des lois, des usages, de Dieu, ont été à l’origine et restent toujours des états dépressifs, qui tendent à diminuer l’action.

En somme, le phénomène d’arrêt peut s’expliquer, d’une manière suffisante pour notre dessein, par une analyse des conditions psychologiques où il se produit, quelque opinion qu’on

ait sur le mécanisme physiologique. Sans doute, il serait désirable d’y voir plus clair, d’avoir une idée plus nette du modus operandi, par lequel deux excitations presque simultanées se neutralisent. Si cette question obscure était vidée, notre conception de la volonté comme puissance d’arrêt deviendrait plus précise, peut-être autre. Il faut se résigner à attendre; nous retrouverons d’ailleurs sous d’autres formes ce difficile problème.

Nous avons considéré jusqu’ici l’activité volontaire sous une forme exclusivement analytique, qui ne peut en donner une idée exacte, la montrer dans sa totalité. Elle n’est ni une simple transformation d’états de conscience quelconques en mouvement, ni un simple pouvoir d’arrêt : elle est la réaction propre d’un individu. Il nous faut insister sur ce point, sans lequel la pathologie est incompréhensible.

Les mouvements volontaires ont pour premier caractère d’être adaptés ; mais c’est une marque qui leur est commune avec l’immense majorité des mouvements physiologiques : la 'différence n’est qu’en degrés.

En laissant de côté les mouvements d’ordre pa-

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thologique (convulsions, chorée, épilepsie, etc.) qui se produisent sous la forme d’une décharge violente et désordonnée, l’adaptation se retrouve du plus bas au plus haut.

Les réflexes ordinaires sont des réactions de la moelle épinière, adaptées à des conditions très générales et par conséquent très simples, uniformes, invariables d’un individu à l’aufre (sauf des cas exceptionnels). Ils ont un caractère spécifique.

Un autre groupe des réflexes représente les réactions de la base et de la partie moyenne de l’encéphale, — bulbe, corps striés, couches optiques. — Ces réactions sont aussi adaptées à des conditions générales peu variables, mais d’un ordre beaucoup plus complexe : c’est l’activité « sensori-motrice » de certains auteurs. Elles ont encore un caractère bien plus spécifique qu’individuel, tant elles se ressemblent d'un individu à l’autre, dans la même espèce.

Les réflexes cérébraux, surtout les plus élevés, consistent en une réaction adaptée à des conditions très complexes, très variables, très instables, différant d’un individu à l’autre, et d’un instant à l’autre dans le même individu. Ce sont les réactions idéo-motrices, les voûtions. Si parfaite qu’elle soit, cette adaptation n’est cependant pas pour nous ce qui-importe. Elle n’est qu’un effet, dont la cause n’est pas la

RiBOT. — VoloDlé, 2

volition, mais raoüvUé intellectuelle. L’intelligence étant une correspondance, un ajustement continuel de relations internes à des relations externes, et sous sa forme la plus haute, un ajustement parfaitement coordonné; la coordination de ces états de conscience implique celle des mouvements qui les expriment. Dès qu’un but est choisi, il agit à la manière de ce que les métaphysiciens appellent une cause finale : il entraîne le choix des moyens propres à l’atteindre. L’adaptation est donc un résultat du mécanisme de l’intelligence; nous n’avons pas à nous y arrêter.

Mais ce qui nous intéresse, c’est ce choix, cette préférence affirmée, après une comparaison plus ou moins longue des motifs. C’est lui qui représente la réaction individuelle, distincte des réactions spécifiques, et, nous le verrons, dans la pathologie, tantôt inférieure, tantôt supérieure à elles.

Qu’est-ce que ce choix? Considéré dans sa forme, il n’est rien de plus qu’une affirmation pratique, un jugement qui s’exécute. Qu’on le remarque bien ; du côté physiologique et exté rieur, rien ne distingue un mouvement volontaire d’un mouvement involontaire, le mécanisme est le même, que je cligne des yeux par action réflexe ou à dessein pour avertir un complice

K. On distingue en physiologie les muscles volontaires des

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Du côté psychologique et intérieur, rien ne distingue le jugement au sens logique du mot, c’est-à-clire une affirmation théorique, de la volitiou ; sinon que celle-ci se traduit par un acte et qu’elle est ainsi un jugement mis à exécution.

Mais qu’est-il, considéré dans son fond et non plus dans sa forme? Insistons sur ce point fondamental, et essayons de l’éclaircir. En descendant à quelques faits biologiques très humbles, nous verrons mieux peut-être en quoi consiste un choix. Pour ne pas m’égarer dans de lointaines analogies, je ne dirai rien de l’affinité physique (par exemple de l’aimant pour le fer). Dans le règne végétal, je rappellerai seulement que les plantes insectivores, comme la dionée, choisissent, à l’exclusion des autres, certains corps qui viennent à leur contact. L’amibe choisit de même certains fragments organiques dont elle se nourrit. Ces faits sont incontestables : l’interprétation est difficile. On les explique, en général, par un rapport de composition moléculaire entre ce qui choisit et ce qui est choisi. Pans doute ici le choix s’exerce dans

muscles involontaires, mais en faisant remarquer que cette distinction n’a rien d’absolu. Il y a des personnes, comme le physiologiste E.-F. Weber, qui peuvent à volonté arrêter les mouvements de leur cœur; d’autres, comme Fontana, produire une contraction de l'iris, etc. Un mouvement est volontaire-, lorsque, a la suite d’essais lieureu.v et répétés, il est lié à un état du conscience et sous son commandement.

un champ très restreint ; mais aussi n’en est-ce que la forme la plus grossière, presque physique. La naissance et le développement d’un système nerveux de plus en plus complexe transforment cette affinité aveugle en une tendance consciente, puis en plusieurs tendances contradictoires dont l’une l’emporte, — celle qui représente le maximum d’affinité (le chien qui hésite entre plusieurs mets et finit par en choisir un). Mais partout le choix exprime la nature de l’individu, à un moment donné, dans des circonstances données et à un degré donné; c’està-dire que plus l’affinité est faible, moins la préférence est marquée. Nous pouvons donc dire que le choix, qu’il résulte d’une tendance, de plusieurs tendances, d’une sensation présente, d’images rappelées, d’idées complexes, de calculs compliqués et projetés dans l’avenir, est toujours fondé sur une affinité, une analogie de nature, une adaptation. Cela est vrai chez l’animal inférieur ou supérieur et chez l’homme, pour le vice ou la vertu, la science ou le plaisir ou l’ambition. Pour nous en tenir à l’homme, deux ou plusieurs états de conscience surgissent à titre de buts possibles d’action ; après des oscillations, l’un est préféré, choisi. Pourquoi, sinon parce que, entre cet état et la somme des étals conscients, subconscients et inconscients (purement physiologiques) qui constituent en ce

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moment la personne, le moi, il y a convenance, analogie de nature, affinité? C’est la seule explication possible du choix, à moins d’admettre qu’il est sans cause. On me propose de tuer un ami ; cette tendance est repoussée avec horreur, exclue; c’est-à-dire qu’elle est en contradiction avec mes autres tendances et sentiments, qu’il n’y a aucune association possible entre elle et eux et que par là même elle est anni' liilée.

Chez le criminel, au contraire, entre la représentation de l’assassinat et les sentiments de haine ou de cupidité, un lien de convenance, c’est-à-dire d’analogie, s’établit; il est par suite choisi, affirmé comme devant être. Considérée comme état de conscience^ la volition n'est donc rien de j^lus qu'une affirmation (ou une négation). Elle est analogue au jugement, avec cette différence que l’un exprime un rapport de convenance (ou de disconvenance) entre des idées, l’autre les mêmes rapports entre des tendances; que l’un est un repos pour l’esprit, l’autre une étape vers l’action ; que l’un est une acquisition, l’autre une aliénation; car l’intelligence est une épargne et la volonté une dépense. Mais la volition, par elle-même, à titre d'état de conscience^ n’a pas plus d'efficacité pour produire un acte que le jugement pour produire la vérité,. L’efficacité vient d’ailleurs.

Nous reviendrons dans la conclusion sur ce point très important

La raison dernière du choix est donc dans le caractère, c’est-à-dire dans ce qui constitue la marque propre de l’individu au sens psychologique et le différencie de tous les autres individus de son espèce.

Le caractère ou — pour employer un terme plus général — la personne, le moi, qui est pour nous une cause, est-il à son tour un effet? A n’en pas douter; mais nous n’avons pas à nous occuper ici des causes qui le produisent. La science du caractère, que Stuart Mill réclamait, il y a plus de quarante ans, sous le nom d’éthologie, n’est pas faite, ni, à ce qu’il me semble, près de l’être. Le fùt-elle, nous n’aurions qu’à en accepter les résultats, sans tenter une excursion sur son domaine; car remonter toujours d’effets en causes, par une progression sans fin, ce serait suivre les errements de la mé-

1. Nous venons d*exprimer sous une autre forme ce fait évident que le choix va toujours dans le sens du plus grand plaisir. Tout animal, dénué ou cloué de raison, sain ou malade, ne peut vouloir que ce qui lui parait^ au moment actuel, son plus grand bien ou son moindre mal. L’homme môme qui préféré la mort au déshonneur ou à l’apostasie choisit le parti le moins désagréable. Le caractère individuel et le développement dé la raison font que le choix tantôt monte très haut, tantôt tombe très bas; mais toujours il tend vers ce qui agrée le plus. Le contraire est impossible. C’est là une vérité psychologique si claire que les anciens Lovaient déjà posée en axiome, et il a 4illu des volumes de métaphysique pour l’obscurcir.

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tapliysique. Encore une fois, pour le sujet qui nous occupe, le caractère est une donnée ultime, une vraie cause, bien que, pour un autre ordre de l’echerches, elle soit un effet. Remarquons, en passant et à titre de simple suggestion, c[ue le caractère — c’est-à-dire le moi en qu’il tant réagit— est un produit extrêmement complexe que l’hérédité, les circonstances physiologiques antérieures à la naissance et postérieures à la naissance, l’éducation, l’expérience, ont contribué à former. On peut affirmer aussi sans témérité que ce qui le constitue, ce sont bien plutôt des états affectifs, une manière propre de sentir, qu’une activité intellectuelle. C’est cette manière générale de sentir, ce ton permanent de l’organisme qui est le premier et véritable moteur. S’il fait défaut, l’homme ne peut plus vouloir : la pathologie nous le fera voir. C’est parce que cet état fondamental est, suivant la constitution des individus, stable ou •labile, continu ou variable, énergique ou faible, qu’il y a trois types principaux de volonté — ferme, faible, intermittente — avec tous les degrés et nuances que ces types comportent; mais, nous le répétons encore, ces différences proviennent du caractère de l’individu, qui dépend de sa constitution in’opre ; il n’y a rien à chercher au delà.

Is’ous sommes donc comnlètement d’accord

avec ceux qui nient que la prédominance d’un motif explique à elle seule la volition. Le motif prépondérant n’est qu’une portion de la cause et toujours la plus faible, quoique la plus visible; et il n’a d’efficacité qu’autant qu’il est choisi, c’est-à-dire qu’il entre à titre de partie intégrante dans la somme des états qui constituent le moi, à un moment donné, et que sa tendance à l’acte s’ajoute à ce groupe de tendances qui viennent du caractère, pour ne faire qu’un avec elles.

Il n’est donc en rien nécessaire de faire du moi une entité ou de le placer dans une région transcendante, pour lui reconnaître une causalité propre. C’est un fait d’expérience très simple, très net; le contraire ne se comprend pas.

Physiologiquement, cela signifie que Pacte volontaire diffère et du réflexe simple où une seule impression est suivie d’un ensemble de contractions, et des formes plus complexes où une seule impression est suivie d’un ensemble de contractions; qu’il est le résultat de l’organisation nerveuse tout entière, qui reflète ellemême la nature de l’organisme tout entier et réagit en conséquence.

Psychologiquement, cela signifie que Pacte vo'iontaire, sous sa forme complète, n’est pas la simple transformation d’un état de conscience

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en mouvement, mais qu’il suppose la participation de tout ce groupe d’états conscients, ou subconscients, qui constituent le moi à un moment donné.

Nous sommes donc fondés à définir la volonté une réaction individuelle et à la tenir pour ce qu’il y a en nous de plus intime. Le moi, quoique un effet, est une cause. 11 l’est au sens le plus rigoureux, de façon à satisfaire toutes les exigences.

En résumé, nous avons vu que, du réflexe le plus bas à la volonté la plus haute, la transition est insensible, et qu’il est impossible de dire exactement le moment où commence la volition propre, c’est-à-dire la réaction personnelle. D’un extrême à l’autre de la série, la différence se réduit à deux points : d’un côté, une extrême simplicité; de l’autre, une extrême complexité; — d’un côté, une réaction toujours la même chez tous les individus d’une même espèce; ae l’autre, une réaction qui varie selon l’individu, c’est-à-dire d’après un organisme particulier limité dans le temps et l’espace. Simplicité et permanence, complexité . et changement vont de pair.

11 est clair qu’au point de vue de l’évolution toutes les réactions ont été à l’origine individuelles. Elles sont devenues organiques, spécifiques, par des répétions sans nombre dans l’in-

dividu et la race. L’origine de la volonté est dans cette propriété qu’a la matière vivante de ■réagir, sa fin est dans cette propriété qu’a la matière vivante de s’habituer, et c’est cette activité involontaire, fixée à jamais, qui sert de support et d’instrument à l’activité individuelle.

Mais, chez les animaux supérieurs, le legs héréditaire, les hasards de naissance, l’adaptation continuelle à des conditions variant à chaque instant, ne permettent pas à la réaction individuelle de se fixer ni de prendre une même forme chez tous les individus. La complexité de leur milieu est une sauvegarde contre l’automatisme.

Nous terminons ici ces préliminaires, en rappelant que leur seul but était de préparer à la pathologie, que nous allons maintenant aborder.

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