‹ Les Maladies de la volontéChapitre 5 sur 25 · I. — Le défaut d’impulsion · texte numérisé non relu

I. — Le défaut d’impulsion

Nous venons de voir que ce terme volonté désigne des actes assez différents quant aux conditions de leur genèse, mais qui ont tous ce caractère commun d’être, sous une forme et à un degré quelconque, une réaction de ri ndMdu, ïians revenir sur cette analyse, notons, pour des raisons de clarté et de précision, deux caractères extérieurs auxquels la volition véritable se reconnaît ; elle est un état définitif; elle se traduit par un acte.

L’irrésolution, qui est un commencement d’état morbide, a des causes intérieures que la pathologie nous fera comprendre : elle vient de la faibless e des in citations ou de leur action éphémère. Parmi les caractères irrésolus, quelques-uns — c’est le très petit no mbre — le sont

U il

par richesse d’idées^ La comparaison des motifs, les raisonnéments, le calcul des conséquences, constituent un état cérébral extrêmement complexe où les tendances à l’acte s’entravent. Mais cette richesse d'idées n’est pas à elle seule une cause suffisante de l’irrésolution; elle n’est q u’une cause adjuvante. La vraie cause, ici comme partout, est dans le caractère.

Chez les irrésolus, pauvres d’idées, cela se voit mieux. S'ils agissent, c’est toujours dans le sens de la moindre action ou de la plus faible résistance. La délibération aboutit difficilement à an choix, le choix plus difficilement à un acte.

La volition, au contraire, est un état définitif : elle clôt le débat. Par elle, un nouvel état de conscience — le motif chois i — entre dans le moi à titre de partie intégrante, à l’exclusion des autres états. Le moi est ainsi constitué d’une manière fixe. Chez les natures changeantes, ce définitif est toujours provisoire, c’est-à-dire que le moi voulant est un composé si instable que le plus insignifiant état de conscience, en surgissant, le modifie, le fait autre. Le composé formé à chaque instant n’a aucune force de résistance à l’instant qui suit.

Dans cette somme d’états conscients et inconscients qui, à chaque instant, représentent les causes de la volition, la part du caractère individuel est un minimum, la part des cir-

lÆS AFFAIBLISSEMENTS DE LA VOLONTÉ 37

constances extérieures un maximum. Nous retombons dans cette forme inférieure de la volonté étudiée plus haut qui consiste en un « laisser faire ».

Il ne faut jamais oublier non plus que vouloir c’est agir, que la volition est un passage à l’acte. Réduire, comme on l’a fait quelquefois, la volonté à la simple résolution, c’est-à-dire à l’affirmation théorique qu’une chose sera faite, c’est s’en tenir à une abstraction. Le choix n’est ^ qu’un moment dans le processus volontaire. !

S’il ne se traduit pas en acte , immédiatement \ ou entèinps utile, il n’yaplus rien qui le dis- / tingue d’un opération logique d e l’ esprit . Il res- j semble à ces lois écrites qu’on n’applique pas.

Ces remarques faites, entrons dans la pathologie. Nous diviserons les maladies de la volonté en deux grandes classes, suivant qu’elle est * affaiblie ou abolie.

Les affaiblissements de la volonté constituent la partie la plus importante de sa pathologie; ils montrent le mécanisme faussé. Nous les diviserons en deux groupes :

1° Les affaiblissements par défaut d’impulsion;

2°Les affaiblissements par excès d’impulsion*

3° En raison de leur importance, nous examinerons à part les affaiblisementa de l’attention volontahe.

RibOT. — Volonté.

4“ Enfin, sous ce titre « Le règne des caprices », nous étudierons un état particulier où la volonté ne parvient jamais à se constituer ou ne le fait que par accident.

Le premier groupe contient des faits d’un caractère simple, net et dont l’examen est instructif. k l’état normal, on en trouve une ébauche dans les caractères mous qui ont besoin^ pour agir, qu’une autre volonté s’ajoute à la leur; mais la maladie va nous montrer cet état sous un prodigieux grossissement.

Guislain a décrit en termes généraux cet affaiblissement que les médecins désignent sous le nom ^'aboulie. « Les malades savent vouloir intérieurement, mentalement, selon les exigences de la raison, ils peuvent éprouver le désir de faire; mais ils sont impuissants à faire convenablement. Il y a au fond de leur entendement une impossibilité. Ils voudraient travailler et ils

ne peuvent. Leur volonté ne peut franchir

certaines limites : on dirait que cette force d’action subit un arrêt : le je v eux ne se transforme pas en volonté impulsive, en déterminatiorTactive. Des malades s’étonnent eux-mêmes de l’impuissance dont est frappée leur volonté...

Lorsqu’on les abandonne à eux-mêmes, ils passent des journées entières dans leur lit ou sur une chaise. Quand on leur parle et qu’on les excite, ils s’expriment convenablement, quoique d’une manière brève : ils jugent assez bien des choses'. »

Comme les malades chez qui l’intelligence est intacte sont les plus intéressants, nous ne citerons que des cas de ce genre. L’une des plus anciennes observations et la plus connue est due à Esquirol :

« Un magistrat, très distingué par son savoir et la puissance de sa parole, fut, à la suite de

chagrins, atteint d’un accès de monomanii;.

Il a recouvré l’entier usage de sa raison ; mais il ne veut pas rentrer dans le monde, quoiqu’il reconnaisse qu’il a tort ; ni soigner ses affaires, quoiqu’il sache bien qu’elles souffrent de ce travers. Sa conversation est aussi raisonnable que spirituelle. Lui parle-t-on de voyager, de soigner ses affaires : je sais, répond-il, que je le devrais et que je ne peux le faire. Vos conseils sont très bons, je voudrais suivre vos avis, je suis convaincu, mais faites que je puisse vouloir, de ce vouloir qui détermine et exécute. — Il est certain, me disait-il un jour, que je

1. Guislain, Leçons orales sur les phrénopathies, tome I, p. 479, p. 46 elp. 256. Voir aussi Griesinger, Traité des maladies menaies, p. 46 j Leubuscher, Zeitschrif fiir Psychiatrie 1847.

n’ai de volonté que pour ne pas vouloir ; car ( )’ai toute ma raison; je sais ce que je dois faire ; / mais la force m’abandonne lorsque je devrais j ^gir *. »

’ Lo médecin anglais Bennett rapporte le cas d’un homme « qui fréquemment ne pouvait pas exécuter ce qu’il souhaitait. Souvent, il essayait de se déshabiller et restait deux heures ayant de pouvoir tirer son ha bit, toutes ses fa cultés mentale s, sauf la volition , étant parfaites. Un jour, il demanda un verre d’eau ; on le lui présente sur un plateau, mais il ne pouvait le prendre, quoiqu’il le désirât; et il laissa le domestique debout devant lui pendant une demiheure, avant de pouvoir surmonter cet état. « Il lui semblait, disait-il, qu’une autre personne avait pris possession de sa volonté ^ »

Un auteur qu’il faut toujours citer pour les faits de psychologie morbide, Th. de Quincey, nous a déci’it d’après sa propre expérience celle paralysie de la volonté. L’observation est d’autant plus précieuse qu’elle est due à un esprit subtil et à un écrivain délicat.

Par l’abus prolongé de l’opium, il dut abandonner des études qu’il poursuivait autrefois avec un grand intérêt. Il s’en éloignait avec un sentiment d’impuissance et de faiblesse enfan-

Page 1