‹ Les Maladies de la volontéChapitre 6 sur 25 · Bennett, ap. Garpenter, Mental Physiology^ p · texte numérisé non relu

Bennett, ap. Garpenter, Mental Physiology^ p

tine, avec une angoisse d’autant plus vive qu’il se rappelait le temps où il leur consacrait des heures délicieuses, ün ouvrage inachevé, auquel il avait donné le meilleur de son intelligence, ne lui paraissait plus qu’un tombeau d’espérances éteintes, d’efforts frustrés, de matériaux inutiles, de fondations jetées pour un édifice qui ne se construirait jamais. Dans « cet état de débilité volitionnelle, mais non intellectuelle, » il s’appliqua à l’économie politique, étude à laquelle il avait été autrefois éminemment propre. Après avoir découvert beaucoup d’erreurs dans les doctrines courantes, il trouva dans le traité deRicardo une satisfaction pour sa soif intellectuelle, et un plaisir, une activité qu’il ne connaissait plus depuis longtemps. Pensant que des vérités importantes avaient cependant échappé à l'œil scrutateur de Ricardo, il conçut le projet d’une Introduction à tout système futur d'économie politique. Des arrangements furent faits pour imprimer et publier l’ouvrage, et il fut annoncé à deux fois. Mais il I avait à écrire une préface et une dédicace à I Ricardo, et il se trouva complètement incapable de le faire ; aussi les arrangements furent contremandés, et l’ouvrage resta sur sa table.

• « Cet état de torpeur intellectuelle, je l’ai éprouvé plus ou moins durant les quatre années que j’ai passées sous l’influence des enchante-

ments circéens de l’opium. C’était une telle misère qu’on pourrait dire en vérité que j’ai vécu à l’état de sommeil.» Rarement j’ai pu prendre sur moi d’écrire une lettre ; une réponse de quelques mots, c’est tout ce que je pouvais faire à l’extrême rigueur, et souvent après que la lettre à répondre était restée sur ma table des semaines et même des mois. Sans l’aide de M..., aucune note des billets soldés ou à solder n’eùt été prise, et toute mon économie domestique, quoiqu’il advînt de l’économie politique, fût tombée dans une confusion inexprimable. C’est là un point dont je ne parlerai plus et dont tout mangeur d’opium fera finalement l’expérience : c’est l’oppression et le tourment que causent ce sentiment d’incapacité et de faiblesse, cette négligence et ces perpétuels délais dans les devoirs de chaque jour, ces remords amers, qui naissent de la réflexion. Le mangeur d’opium ne perd ni son sens moral ni ses aspirations : il souhaite et désire, aussi vivement que jamais, exécuter ce qu’il croit possible, ce qu’il sent que le devoir exige ; mais son appréhension intellectuelle dépasse infiniment son pouvoir non seulement d’exécuter,

I mais de tenter. 11 est sous le poids d’un incube et d’un cauchemar ; il voit tout ce qu’il souhaiterait de faire, comme un homme cloué sur on lit par la langueur mortelle d’une maladies

déprimante, qui serait forcé d’être témoin d’une injure ou d’un outrage infligé à quelque objet de sa tendresse ; il maudit le sortilège qui l'enchaîne et lui interdit le mouvement; il se débarrasserait de sa vie s’il pouvait s^'ulement se lever et marcher; mais il est impuissant comme un enfant et ne peut même essayer de se mettre sur pied *. »

Je terminerai par une dernière observation, — un peu longue, la plus longue que je connaisse, mais qui montrera la maladie sous tous ses aspects. Elle est rapportée par Billod dans les Annales médico-psychologiques.

Il s’agit d’un homme de soixante-cinq ans, « d’une constitution forte, d’un tempérament lymphatique, d’une intelligence développée surtout pour les affaires, d’une sensibilité médiocre. » Très attaché à sa profession de notaire, il ne se décida à vendre son étude qu’après de longues hésitations. A la suite, il tomba dans un état de mélancolie profonde, refusant les aliments, se croyant ruiné et poussant le désespoir jusqu’à une tentative de suicide.

Je ne néglige, dans ce qui suit, que quelques détails purement médicaux ou sans intérêt pour nous, et je laisse parler l’observateur :

(£ La faculté qui nous a paru le plus notable-

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