‹ Les Maladies de la volontéChapitre 8 sur 25 · Voir ci-après, chapitre V · texte numérisé non relu

Voir ci-après, chapitre V

2. J’ai appris par M. Billod que ce malade recouvra son activité à la suite des journées de juin 1848 et de l’émotion qu’elles lui causèrent*

\ nj ait traversé des heures d’affaissement oii

\ t outes les incitations, extérieures et intérieures.

(s ensations et idées, restent sans action, nous (l aissent Iroids. C’est rébânehe rie T rr Il n’y a qu’une différence du plus au moins et d une situation passagère à un état chronique.

Si ces malades ne peuvent vouloir, c’est que tous les projets qu’ils conçoivent n’éveillent en eux que des désirs faibles, insuffisants pour les pousser à l’action. Je m’exprime ainsi pour me conformer à la langue courante^ car ce n’est pas la faiblesse des désirs, à titre de simples états psychiques, qui entraîne l’inaction. C’est là raisonner sur des apparences. Comme nous l’avons montré précédemment, tout état du système nerveux, correspondant à une sensation ou à une idée, se traduit d’autant mieux en mouvement qu’il est accompagné de ces autres états nerveux, quels qu’ils soient, qui correspondent à des sentiments. C’est de la faiblesse de ces états que résulte l’aboulie, non do la faiblesse des désirs, qui n’est qu’un signe.

La cause est donc une insensibilité relative, un affaiblissement général de la sensibilité; ce qui est atteint, c’est la vie affective, la possibilité d être emu. Cet état morbide lui-même, d’où vient-il? C’est un problème d’un ordre sur, tout physiologique. A n’en pas douter, il y a chez ces malades une' dépression notable des

actions vitales. Elle peut atteindre un degré tel que toutes les facultés soient atteintes et que l’individu devienne une chose inerte. C’est l’état que les médecins désignent sous les noms de mélancolie, lypémanie, stupeur, dont les symptômes physiques sont le ralentissement de la circulation, l’abaissement de la température du corps, l’immobilité presque complète. Ces cas extrêmes sortent de notre sujet; mais ils nous révèlent les causes dernières des impuissances de la volonté. Toute dépression dans le tonu& vital, légère ou profonde, fugitive ou durable, a son effet. La volonté ressemble si peu à une faculté régnant en maîtresse qu’ elle dépend à chaque moment des causes le s plus chétives et les plus cachées : elfe est à leur merci. Et cependant, comme elle a sa source dans les actions biologiques qui s’accomplissent dans l’intimité la plus profonde de nos tissus, on voit combien il est vrai de dire qu’elle est nous-mêmes.

On peut risquer une autre hypothèse et chercher l’explication de l’aboulie dans l’ordre des manifestations motrices. Entre la résolution qui se traduit par un « Je veux » et qui est un acte purement mental, et l’exécution des mouvements voulus' qui est un acte purement physique, il y a une étape intermédiairéqurêsTTe réveil et l’excitation des images motrices. Tous nos mouvements, exécutés d’abord au hasard.

laissent après eux des traces, des résidus, qui constituent une mémoire motrice, grâce à , laquelle, après une période de tâtonnements et I d’apprentissage, la volonté maîtresse de son instrument n’a qu’à parler pour être obéie. Ne pourrait-on pas supposer que ces images motrices sont altérées ou perdues et que par suite la volition reste suspendue dans le vide et impuissante à passer à l’acte? Si spécieuse que soit cette hypothèse, elle n’est pas acceptable. Elle équivaudrait à dire que ces maladies de la volonté sont des maladies de la mémoire : mais l’abo ulie n’est pas une amnésie. L’agraphique qui, par perte des images motrices, ne sait plus écrire, diffère totalement du malade de Brillod, qui, au moment où il parvient à agir, écrit comme tout le monde.

11 serait plus admissible de rapprocher l’aboulie des paralysies psychiques étudiées par Eeynolds, Charcot et d’autres auteurs. Dans les cas de ce genre, le malade est paralysé parce ( qu’il se croit paralysé. Toute la thérapeutique \ consiste à extirper de son esprit cette image

\ débilitante. Dès qu’il se croit capable d’agir, il

I agit b Toutefois ceci ne nous ramène-t-il pas

1. Ces paralysies psychiques peuvent être produites par suggestions en état d’hypnotisme. On peut paralyser les organes de la parole, un bras, une jambe, etc. Une affirmation les crée, raflirinalion contraire les détruit.

indirectement à la première hypothèse? Car, l’idée d’une impuissance motrice, comment peut-elle agir, sinon par l’état de dépression qui l’accompagne, c’est-à-dire par un a ffaibli ssemen t d’excitation. -

Le lecteur choisira entre les deux hypothèses qui viennent d’être exposées : nos préférences sont pour la première \

Le deuxième groupe ressemble au premier par les effets (affaiblissement de la volonté), par les causes (influences dépressives). La seule différence, c’est que l’incitation à agir n’est pas éteinte. Le premier groupe présente des causes positives d’inaction, le deuxième groupe des causes négatives. L’arrêt résulte d’un antagonisme.

Dans toutes les observations qui vont suivre, l’affaiblissement volontaire vient d’un sentiment de crainte, sans motif raisonnable, (jui varie de la simple anxiété à l’angoisse et à la terreur qui stupéfie. L’intelligence paraît intacte dans certains cas, affaiblie dans d’autres. Aussi quel-

1. Pour l’étude très détaillée d’un cas d’aboulie (maladie du doute) voir le travail de M. Pierre Janet, Revue philosophique, mars et avril 1891. L'auteur l’explique par une « désagrégation psychique ».

ques-uns de ces cas sont d’un caractère indécis, et il est difficile de dire s’ils dénotent une maladie de la volonté seule

L’observation suivante fait la transition d’un groupe à l’autre ; à vrai dire, elle appartient aux deux.

Un homme, à Page de trente ans, se trouve mêlé à des émeutes qui lui causent une grande frayeur. Depuis, quoiqu’il ait conservé sa parfaite lucidité d’esprit, qu’il gère très bien sa fortune et dirige un commerce important, « il ne peut rester seul ni dans une rue ni dans sa chambre; il est toujours accompagné. Lorsqu’il est hors de chez lui, il lui serait impossible de rentrer seul à son domicile. S’il sort seul, ce qui est très rare, il s’arrête bientôt au milieu de la rue et y resterait indéfiniment sans aller ni en avant ni en arrière, si on ne le ramenait. Il paraît avoir une volonté, mais c’est celle des gens qui l’entourent. Lorsqu’on veut vaincre cette résistance du malade, il tombe en syncope L »

Plusieurs aliénistes ont décrit récemment sous les noms de peur des espaces, peur des

1. Il est bon de faire remarquer une fois pour toutes que,, n’étudiant ici que les désordres exclusivement propres à la volonté, nous avons dû éliminer les cas où l’activité psychique est atteinte dans sa totalité et ceux où les désordres de la. volonté ne sont que l’effet et la traduction du délire intellectuel.

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