‹ Les Maladies de la volontéChapitre 9 sur 25 · Billod, Zoc. Cît.f p · texte numérisé non relu

Billod, Zoc. Cît.f p

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places [Platzangst], agoraphobie, une anxiété bizarre qui paralyse la volonté et contre laquelle l’individu est impuissant à réagir ou n’y parvient que par des moyens détournés.

Une observation de Westphal peut servir de type. Un voyageur robuste, parfaitement sain d’esprit et ne présentant aucun trouble de la motilité, se trouve saisi d’un sentiment d’angoisse à la vue d’une place ou d’un espace quelque peu étendu. S’il doit traverser une des grandes places de Berlin, il a le sentiment que cette distance est de plusieurs milles et que jamais il ne pourra atteindre l’autre côté. Cett e angoiss e diminue ou d isparaît s’il t ourne la place en suiv ant les rnaisonj,. s’il est accompagné, ou même simplement s’il s’appuie sur une canne.

Carpenter rapporte d’après Bennett ' une « pa* ralysie de la volonté » qui me paraît du même ordre. « Lorsque un certain homme se promenait dans la rue et qu’il arrivait à quelque point d’interruption dans la rangée des maisons, il ne pouvait plus avancer; sa volonté devenait soudainement inactive. La rencontre d’une place l’arrêtait infailliblement. Traverser une rue était aussi chose fort difficile, et, lorsqu’il passait le seuil d’une porte pour entrer ou sortir, il était toujours arrêté pendant quelques minutes. »

Loc. cit., p. 38ü.

( D’autres, en pleine campagne, ne se sentent à l’aise qu’en marchant le long des taillis ou à l’abii des arbres. On pourrait multiplier les exemples, mais sans profit, car le fait fondamental reste le même Les discussions médicales sur cette forme morbide n’importent pas ici. Le fait psychologique se réduit à un sentiment de crainte, comme il s’en rencontre tant d’autres, et il est indifférent que ce sentiment soit puéril et chimérique quant à ses causes; nous n’avons à constater que son effet, qui est d’entraver la volition. Mais nous devons nous demander si cette influence dépressive arrête seule l’impulsion volontaire, intacte par elle même, ou si le pouvoir de réaction individuelle, lui aussi, o.;i. affaibli. La deuxième hypothèse s’impose; car, le sentiment de la peur n’étant pas insurmontable (ces malades le prouvent dans certains cas), il faut bien admettre que la puissance de réaction de l’individu est tombée au-dessous du niveau commun; en sorte que l’arrêt résulte de deux causes qui agissent dans le même sens.

On ignore malheureusement les conditions

1. Pour plus de détails, voir : Westplial, Archîv fûr Psychiatrie^ tome III (deux articles); Cordes, Ibid.; Legrand du Saullc, Annales médico-psychologiques, p. 405, 1876, avec discussion sur ce sujet; Ritti, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, art. Folie avec conscieiNCe ; Maudsley^Pû^Acà'^/e de Vesprit, trad., p. 339 et suiv.

physiologiques ûe cet atïaiblissement. Beaucoup de conjectures ont été faites. Cordes, atteint luimême de cette infirmité, la considère « comme une paralysie fonctionnelle, symptomatique de certaines modifications des foyers centraux moteurs et capable de faire naître en nous des impressions. Dans l’espèce, ce serait une impression de peur qui donnerait naissance à la paralysie passagère ; effet presque nul si l’imagination seule entre enjeu, mais porté au plus haut degré par l’adjonction des circonstances environnantes. » La cause primitive serait donc « un épuisement parésique du système nerveux moteur, de cette portion du cerveau qui préside non seulement à la locomotion, mais aussi à la sensibilité musculaire. »

Cette explication, si elle était bien établie, serait pour notre sujet d’une grande importance. Elle montrerait que l’impuissance de la volonté dépend d’une impuissance des centres moteurs, ce oui aurait l’avantage de donner à nos recherches une base physiologique assurée. Mais il serait prématuré de tirer ici des conclusions qui seront mieux placées à la fin de notre travail.

Je ne parlerai pas longuement de l’état mental appelé folie du doute ou manie de fouiller {GrübelsuclU). 11 représente la forme pathologi-

que du caractère irrésolu, tout comme l’aboulie est celle du caractère apathique. C’est un état d’hésitation constante pour les motifs les plus vains, avec impuissance d’arriver à un résultat définitif.

L’hésitation existe d’abord dans l’ordre purement intellectuel. Ce sont des interrogations 'sans fin que le malade s’adresse. J’emprunte un exemple à Legrand du Saulle. « Une femme fort intelligente ne peut sortir dans la rue sans se demander : Va-t-il tomber d’une fenêtre quelqu’un à mes pieds? Sera-ce un homme ou une femme? Cette personne se blessera-t-elle ou se tuera-t-elle? Si elle se blesse, sera-ce à la tête ou aux jambes? Y aura-t-il du sang sur le trottoir? Si elle se tue, comment le saurai-je? Devrai-je appeler du secours, ou m’enfuir, ou réciter une prière? M’accusera-t-on d’être la cause de cet événement? Mon innocence sera-telle reconnue? etc, » Ces interrogations continuent sans fin, et il existe un grand nombre decas analogues, consignés dans des études spéciales L

Si tout se bornait à cette « rumination psychologique », comme s’exprime l’auteur cité,

i. Consulter en particulier : Legrand du Saulle, La folie du doute avec délire du toucher, 1875; Griesinger, Archiv für Psychiatrie, 1869; Berger, Ibid., 1876 ; Ritti, Dictionn. encyclop.,. loc, cit.

RlDOr. — Volonté» 4

nous n’aurions nen à en dire; mais cette perplexité morbide de l’intelligence se traduit dans les actes. Le malade n’ose plus rien faire sans des précautions sans fin. S’il écrit une lettre, il la relit plusieurs fois, craignant d’avoir oublié un mot ou d’avoir péché contre l’orthographe. S'il ferme un meuble, il vérifie à plusieurs reprises le succès de son opération. De même pour son appartement : vérification répétée de la fermeture, de la présence de la clef dans sa poche, de l’état de sa poche, etc.

Sous une forme plus grave, le malade, poursuivi d’une crainte puérile de la malpropreté ou d’un contact malsain, n’ose plus toucher les pièces de monnaie, les boutons de porte, etc. l’espagnolette des fenêtres, et vit dans des appréhensions perpétuelles. Tel ce suisse de cathédrale dont parle Morel qui, depuis vingt-cinq ans tourmenté de craintes absurdes, n’ose toucher à sa hallebarde, se raisonne, s’invective et triomphe de lui-même, mais par un sacrifice qu'il appréhende de ne pouvoir faire le lendemain ^

Cette maladie de la volonté résulte en parlie de la faiblesse du caractère, en partie de l’état intellectuel. 11 est bien naturel que ce flux

1. Oo trouvera sur ce point des faits curieux, et en grand nombre, dans Legrand du Saulle, ouv. cüé, et Baillarger, Annales médico-ps^choioz/iqueSy i8Gü, p. 93.

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