LES SOLDATS M
netteté, amour de la précision, crainte de Terreur, Autour d'une ordonnance médicale ces tendances de l'esprit s'affirment avec force. Le soldat, conrame Tofficier qui relit un ordre, questionne, s'informe, élucide. Pas de malade plus aimable et plus obéissant. La discipline qu'il a acquise à l'armée le soumet docilement au verdict de la Faculté. II écoute à la lettre, se pénètre de la règle prescrite, ne s'en écarte pas. Avec lui pas d'incartade de régime, pas d'imprudence regrettable. S'il no guérit pas, à coup sûr, il aura droit de s'écrier : ic Ce n'est pas ma faute ». Avec cela l'horreur de Targumentation vaine et des discours. Pour marcher droit dans la vie, il a mieux que des phrases : un idéal qui ne se discute pas. Les idées de patrie et de sacrifice qui régnent dans le sanctuaire du Temple sont pour lui de nobles déesses qui se révoltent aux caresses de l'analyse. Faites d'une pudeur qui n'accepte qu'un hommage respectueux et lointain, leur force est puisée dans cette délicatesse. Le soldat vénère et n'approche pas. Le fameux adage : Cédant arma togae^ que les armes s'inclinent devant la toge, c'est-à-dire devant l'orateur, le bavard, le dévideur de périodes sonores, le musicien aux cymbales assourdissantes, cette sentence où se dérobe la rancune des inertes et des impuis^ sants ne doit son succès qu'à l'affirmation d'un sophisme. Le soldat qui se bat n'a point à se ran-
ger devant ceux qui parlent. Il est le rempart comme eux la dissolution. Les périodes de déca* dence ouvertes au triomphe des rhéteurs invoquent seules le souvenir de l'adage antique pour justifier la misëre de leur effort.
Gomme les hommes d'action chaque jour exposés à la mort, au-dessus de son idéal humain, le soldat a édifié un idéal religieux. Il est un croyant. L'instinct religieux fait partie de l'instinct de conservation. Le premier s'avive quand l'autre est menacé. Si la maladie s'aggrave, le soldat n'a jamais peur. A l'heure solennelle, il attend le prêtre et ne s'émeut pas. S'il est un eniiui qui lui pëse, c'est d'avoir échappé à la mort glorieuse sur le champ de bataille pour la voir s'installer sournoisement à son chevet, quand il ne l'appelle pas. Après avoir commandé toute une vie, quelle humiliation de recevoir des ordres à son tour, et de la part d'une inconnue qui, sans explication, nous expédie dans l'autre monde. Devant l'inévitable, sans doute la résignation s'insinue peu à peu ; les paroles du prêtre y aident, mais la grande sérénité, c'est surtout l'image de toute une vie d'abnégation et de sacrifice qui l'inscrit sur le front de celui qui va partir.