L'INCONSCIENT DU CARACTÈRE
qui actionnent la sécrétion lacrymale, l'irritabilité des nerfs du cœur avec les battements précipités qu'elle entraîne, agissent de leur côté à titre de cordes émotives. Les souffrances subies affinent à leur tour ; l'énergie des sécrétions internes, en stimulant les ferments organiques, engendre l'activité générale et, au point de vue psychique, favorise les essors imaginatifs qui ouvrent à la bonté la prescience des misères où elle doit aborder.
Cela est tellement vrai qu'un détraquement organique suffit pour tout abattre : les effusions du cœur, le besoin de répandre un peu de soleil autour de soi, se tarissent ou se rétractent aussitôt que, sous l'effet de la maladie, les nerfs de la vie végétative remplissent imparfaitement leur rôle de stimulants et d'informateurs. La bonté s'écroule ; sur ses ruines se dresse Tégoïsme, sentinelle féroce de l'instinct de conservation menacé.
La vieillesse, sorte de maladie physiologique, agit dans le même sens d'alanguissement et de torpeur. La bonté, chez les vieillards, se racornit et se dessèche ; elle ne demeure active que dans les natures d'élite où le grand sympathique, toujours alerte, ne s^endort pas dans l'indifférence et vaillamment tient tête aux attaques de la fatigue.
L'inconscient ne limite pas son champ d'action aux domaines de la physiologie; il intervient dans
les rapports sociaux, impose les sympathies ou les antipathies soudaines entre sujets qui se voient pour la première fois et dont lés cordes vibrent à Tunisson ou sont déchirées de dissonances réciproques, marque son entrée dans diverses constructions de l'esprit, éclaire d'une lumière vive la grande querelle qui au xvii® siècle s'est élevée entre jansénistes et catholiques. Les jansénistes, munis d'un sympathique débonnaire, n'en recevaient pas des images tumultueuses qui s'inscrivaient en lettres de feu sur les registres du péché. D'où leur conclusion que ces images, dont ils n'étaient pas troublés, pouvaient à volonté être chassées du champ mental : c'était risquer la perdition de son âme que d'accepter la honte d'un pareil contact.
Affligés d'un rétrécissement du cœur, les jansénistes taillaient le restant de l'humanité sur l'infirmité du patron qui déparait leur mentalité. De là, le cilice de Pascal. Bâti sur un type différent, le seul grand homme de Port-Royal, désespéré de ne pouvoir mieux faire, se labourait les chairs pour étouffer les clameurs d'un sympathique qui refusait de se soumettre. Ses amis s'étonnaient à pareilles manœuvres; ils ne comprenaient pas. Logiciens, leur cerveau fonctionnait avec méthode suivant un rythme prévu ; les images inconscientes du sympathique ne les bouleversaient pas.
CnAPlTRE IX L*£l£VÂTION des GARAGTËR£S
Un caractère élevée coniment s'oppose-t-il à la dé^adation par des sentiments bas? Les soUiciLalions du sympathique lo Jaissent-ils indilTérent, ou du moins possède-t-il en soi une faculté de résistance suffisante pour triompher des excitations avilissantes ? Deux sortes de natures élevées^ bien connues des théologiens, se partaoeut Thonneur do siéger aux sommets : celles qui résistent à des tentations, celles qui n*en sont point tourmentées. Les premières ont un sympathique véhément et les secondes un sympathique cotonneux»
Peu intéressantes^ ces dernières : c'est d'elles que, parlant des natures féminines dontrélévation réside dans la placidité des sens, Bacon a écrit' : « Trop souvent les femmes chastes, enflées du mérite de cette chasteté et fières de leur terrible vertu, sont d'un caractère revôche et intraitable, »
* làco», Es^îs de polît, et de marale^ ÛButt^s complètes 1839, p. 403, iDtfod. par Buchon.
N'étant pas attaquées, elles s'érigent en citadelles imprenables, et quel mépris souverain pour les malheureuses qui ont succombé !
Les vraies grandes natures chassent loin d'elles les sentiments bas : culte du succès, frénésie de Targent, manœuvres tortueuses, avarice, envie. L'ardeur de leurs sensations n'allume en elles que des images nobles, et cotte constatation suffit pour rétablir le cerveau dans la prééminence de son autorité. Les excitations émotives enfoncent chacun dans la vérité de sa nature, celle-ci ayant été modelée par l'éducation des sentiments poursuivie à travers l'atmosphëre salubre de la famille. Aux parents de ne point exalter la fortune, de ne pas envier, d'inculquer la dignité de soi, le sentiment du respect, de ne consentir à aucune abdication de caractère. Les enfants peu à peu pétrissent leur sensibilité sur l'exemple qu'ils croisent à la maison; en imitant, ils se réfrènent; à force d'étouffer les clameurs mauvaises, ils les font taire. La noblesse de l'attitude et des actes entre dans la vie instinctive du sujet. Il pourra se permettre des faiblesses, mais les vilenies d'âme échapperont à Teffort de sa volonté. Sur la gamme des sentiments organiques — amour et appétits, répulsions — se sera lentement édifiée toute une symphonie de sentiments épurés, élevés, participant de la chaleur des premiers, mais ne rappelant la matérialité