CHAPITRE X L'ACTIVITË DES CARACTÈRES
Parmi les diverses sortes de caractères, si noua distinguons les deux types fondamentaux : les actifs et les sensitifs, quelle raison physiologique déterrerons-nous à la racine de leurs tempéraments? Les actifs sont des sexuels, à sécrétions internes véhémentes ; chez les sensitifs le tapage génital et sécrétoire fortement réduit est adouci par les coups ie flûte que soupire la sensibilité d'organes plus délicats (estomac, tube digestif en général). Débordante dans les périodes de jeunesse où rinstinct sexuel et les sécrétions internes atteignent leur apogée, l'activité s'éteint avec les années à mesure que les sollicitations génitales baissent de ton et que Tathérome, cette rouille des artères, apparaît comme le signe d'abdication des sécrétions internes. Incapables de détruire les déchets organiques, elles les laissent accumuler au petit bonheur et sans crier gare.
La sensibilité, elle^ continue de briller d'un éclat non modifié ; les sensitifs le demeureront jusqu'à leur dernière heure, les organes d'où jaillit la, faculté do vibration ne s'endorment dans la torpeur qu'avec la rupture de la fibre suprême. On dit : les vieillards ne sentent pas. Quelle erreur ! La sensibilité est d'un autre ordre, elle a retourné sa rétine en dedans, voilà tout. Dans le jeune âge, trouvant à s'échapper dans l'action, elle se colorait d'espoirs en fleurs et d'allégresse expansive ; retenue dans uu fauteuil, avec l'apparition de la décrépitude, des nuées de regrets s'abattent lentement sur elle et la couvrent d'une brume opaque et glacée. Tant que les fonctions sexuelles chantaient leur symphonie orchestrée par la vigilance des sécrétions internes^ la sensibilité s'épanchait largement au dehors; maintenant que c'en est fini de la bagatelle, la sensibilité s'accumule, s'altère, fermente, rancit, en même temps que la souplesse des organes se perd dans la raideur des incrustations fibreuses ou calcaires.
Les maladies du retour d'âge sont liées à la fois à la diminution de vitalité qui accompagne le déclin des fonctions sexuelles, et l'abandon de leur poste par les sentinelles des sécrétions internes. La surveillance ne s'exerçant plus, la lésion organique s'installe. Seulement, ce n'est point nécessité, si un sujet âgé se plaint de troubles, de les imputer
à Fexistence d'une lésion matérielle ; la sensibilité, sur certaines natures^ ne s'émoussant pas avec les années, de simples manifestations d'ordre nerveux, sans altération organique superposée, peuvent fort bien inscrire à leur actif la raison des malaises accusés.
Les sensitifs, physiquement et moralement, continueront de souffrir de leurs aiguillons piqués sans atténuation dans les chairs. Les actifs à la sensibilité émoussée, verront avec Tâge non pas se flétrir en eux une fleur d'émotivité qu'ils n'ont jamais possédée, mais ils deviendront maussades, querelleurs, épuisant en mille combativités d'humeur la provision d'activité qu'ils ne peuvent plus dépenser en manifestations motrices : voyages, exercice physique, marche ou sports.
Quant aux apathiques, l'activité sexuelle et des sécrétions internes n'émeut guëre en eux une placidité qui n'est en défaut que sous forme d'explosions épisodiques et courtes. Ribot dit de leur personne qu'ils représentent « par excellence le tempérament moral, mais d'une moralité froide, constituée en habitude, qui inspire le respect plus que la sympathie... Ce tempérament se rencontre chez les martyrs et les héros passifs qui ne courent pas au-devant du danger, qui ne sollicitent pas le supplice ou la mort, qui sans entraînement, mais
no LES MALADIES DES CARACTÈRES
sans peur ni recul, font leur devoir jusqu'au bout' ».
La vieillesse de l'apathique est la période la plus heureuse de sa vie ; il n'a plus rien à faire et a droit de se laisser vivre. Un vieux curé m'afQrmaît un jour que le rayon radieux n'avait commencé à luire sur sa carrière que du jour où il avait atteint quatre-vingts ans. Il est mort quelques années plus tard et avant le terme de quatre-vingtdix que son ambition lui assignait comme limite.
Une certaine sensibilité, maintes fois associée, si tdie n'assure pas aux apathiques, dans le courant de la vie extérieure, les facultés offensives des sensitifa actifs, leur confëre au moins, quand l'organisme est menacé, la possibilité de réactions défensives qui suffiront à venir à bout des maladies intercurrentes. Et ils vivront aussi vieux que les autres, parfois plus vieux, parce que l'absence de tentations les aura, leur vie durant, prémuni contre r inconvénient des écarts et le péril des excès.
* RiBOT. La psychologie des sentiments. Alcan, 3* édlt., p. 401.