CHAPITRE II LES NEURASTBËNIQÏÏES
Les neurasthéniques sont des intoxiqués; intoxiqués par poisons du dehors (plomb, mercure , maladies infectieuses) ou par poisons du dedans, les organes chargés de les détruire ou de les éliminer fonctionnant d'une manière imparfaite (tube diges^ lif, foie, cœur, reins, glandes endocrines) p Sur les intoxications d'origine interne^ le système nerveux exerce une influence primordiale — un simple trouble émotif suffit à les produire, — entraînant chez Tun le diabëte (par excitation de la cellule hépatique), chez l'autre une maladie de Basedow (par excitation de la thyroïde), chez un troisième tout un cortège d'accidents gastro-intestinaux et cardiaques (par excitation du plexus solaire). En dehors de la secousse émotive, une simple disposition du système nerveux d'origine héréditaire peut amener des désordres dans les organes chargea de la destruction des déchets de la nutrition (thyroïde^ foie), réalisant de la sorte les formes de
tempérament connues sous le nom d'arthritïaroe, neuro-arlhritîsme, neurasthénie arthritique.
Le résultat de rinloxication est connu» Thistoire
des neurasthéniques en détaille les dillérents modes. Ce que noua voudrions dégager est simplement la vérité de quelques types mentaux modelés plus particulièrement sur certaines origines d'intoxication précise.
Noua ne nous arrôterûns pas au tableau général : sensation de fatigue, inaptitude à Tattentionf à la réflexion, à la volonté, partant absence d'esprit de suite, mobilité inquiète, besoin de direction. L'impuissance d'agir exagère les difficultés en s'inscrivant contre la possibilité de Teffort. Des visions anxieuses enveloppent Thorizon de demain comme des brumes de regret flottent sur Thorizon de la veille. Le pauvre diable est aussi malheureux de ce qu'il va faire que de ce qu'il a fait, L*acte qu'il a consenti après mille sollicitations contraires lu! déchire Tâme, comme le tourmente celui qu'il accomplira demain- Tout cela est connu, décrit dans les excellents livres de Maurice de Fleury, P. Janet^ Deschamps. Il nous semble seulement que si la faiblesse, Tirritabilité, les oscillations de conduite dessinent les contours exacts du dessin, des traita surajoutés inscrivent des dissemblances qu'il est possible de
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rattacher à une certaine diversité des organes en jeu.
C'est ainsi que les dyspeptiques seront tristes, déprimés, les thyroïdiens irascibles, une irascibilité qui jaillit à propos de rien et dont les fusées s'éteignent aussitôt. Les hépatiques se morfondent dans une aigreur qui résulte, comme nous l'avons dit, de la paresse des éléments nerveux baignant dans des humeurs viciées par la bile ou la choiestérine. Cette paresse s'oppose à l'adaptation et l'aigreur résulte de cette impuissance. Le sujet pense avec les idées de l'heure qui a sonné et se rebiffe contre celles de l'heure qui sonne. Les cardiaqueSy quand ils sont confinés dans le fauteuil, sont sujets vis-à-vis de leurs femmes à des accès d'exaspération jalouse. L'un d'eux me montrait un jour les flacons d'essences rangés sur le marbre de la table à toilette. « Il n'y en avait pas moitié autant, gémissait-il,, alors que j'étais en bonne santé. » Les tuberculeux épuisés, et cela le D' E. Tardieu Ta parfaitement noté*, deviennent aisément méchants. Le poison tuberculeux ne déprime point l'énergie morale ; il anéantit par contre l'énergie physique. La méchanceté naît du conflit entre les désirs enfiévrés par l'empoisonnement tuberculeux et l'impuissance à les satisfaire. Le surrénalien est
* E. Tardibu. La méchanceté, La Revue, 15 juillet 1914.
le grand découragé, pas même irascible, car les forces lui manquent, mais laissant traîner son regard morne sur la grisaille de l'horizon. Chez la plupart des neurasthéniques, des sursauts d'excitation passagère traversent les longues périodes d'écrasement. Le surrénalien ignore ces lueurs ; il erre dans la tristesse d'une nuit noire, et nul autre avec plus d'accablement n'articule le « à quoi bon » des excédés de la vie.
Ces nuances particulières ne sont point uniquement peintes par l'influence morbide. Le terrain du sujet les adopte dans la mesure où elles répondent à ses tendances profondes. Elles exagèrent ou dévoilent comme le ferait une secousse émotive, ses virtualités, ou confuses, ou secrètes.
Seulement ces virtualités elles-mêmes, dans fiuelles proportions, à l'état normal, ont-elles déjà élé imposées par l'hérédité et celle-ci, sur le sol nerveux, comment a-t-elle distribué les produits de sécrétion interne, les substances fermentatives, lesquelles font jaillir, dès le jeune âge de l'enfant et comme une moisson prévue, les divers modes d'humeur et de caractère? La physiologie ouvre les avenues; mais un enchevêtrement de ronces continue d'entourer le château de mystère.