‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 39 sur 115 · CHAPITRE V LES MÉLANCOLIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE V LES MÉLANCOLIQUES

La tristesse j T anxiété, le désespoir abattent les psychasthéTiiqueS) mais seulement à titre de symptômes consécutifs. L'idée fixe règne; les manifestations dépressives s'ordonnent sous la tyrannie de son absolutisme* Dana la mélancolie, c'est la dépression qui commence. Sous l'eflet de Tatteinte profonde portée à ianutrilionj — atteinte peut-être non plus d'origine toxique, comme dans ies psyc 11 asthénies^ mais plutôt de nature infectieuse^ — les sécrétions internes troublées dérangentle rythme normal des transniissions nerveuses, et celles ci, faussées dans leurs accords, viennent jouer leurs notes discordantes sur un appareil profondément détraqué, nous voulons dire la cellule nerveuse psyclûque elle-même.

ChezrhystériquCjle neurasthénique, le psychasthénique, la vie du sympathique viscéral, les sécrétions internes subissent des déviations plus ou moins marquées. L'appareil récepteur, dans

son ensemble, demeure sain. Les premiers reconnaissent Tabsurdité de leurs conceptions; contre elles, ils tentent la lutte; le mélancolique s'abandonne et subit sans révolte la fatalité du destin.

Sans doute, les lignes frontières ne sont pas toujours nettement dessinées; psychasthéniques et mélancoliques peuvent se rencontrer sur des terrains mixtes et échanger entre eux un partage plus ou moins complet de leurs troubles. Ces types intermédiaires, connus des aliénistes, risquant de jeter la confusion, ne nous arrêteront pas.

Le mélancolique, à Tétat de pureté, diffère du psychasthénique par des distinctions multiples. Tout d'abord, la cause infectieuse possible. L'étiologie infectieuse des maladies mentales est démontrée pour la confusion mentale, où les états mélancoliques alternent souvent avec des périodes d'excitation; elle est certaine pour la paralysie générale où la syphilis joue la grosse partie, probable pour la démence précoce. La folie maniaque dépressive, Tépilepsie apparaissent à la puberté, période afiFectionnée des maladies infectieuses. La mélancolie débute souvent à la façon d'une infection générale : troubles gastro-intestinaux, état saburral, accélération du pouls, légère élévation thermique, le soir (T. 37%8 à 38%2). La forme suraiguë avec stupeur donne l'impression d'un système nerveux anéanti

LES MÉLANCOLIQUES lOS

par une charge infectieuse écrasante. La durée de la maladie souvent cyclique (quatre à six mois), a des retours à l'occasion de causes parfois puériles : infections indéterminées d'origine gastrointestinale ; prédisposée par une vulnérabilité héréditaire, la cellule nerveuse se laisse envahir sans résistance et se désagrège passagèrement.

Le caractère normal du sujet, chez le psychasthénique, n'agit guère sur la nature de Tidée obsédante qui le tourmente. Un sujet simplement nerveux happera au passage une manie, un tic, une obsession qui dériveront simplement d'une image morbide recueillie au hasard, fixée aussitôt en centre d'habitudes mentales. Un tel sera hypochondriàque, tel autre phobique et phobique pour une variété innombrable de craintes imaginaires. La sensibilité primordiale du sujet n'aura guère agi qu'en favorisant l'attache du trouble mental à la tendance émotive du^moment.

Chez le mélancolique, il est rare que la maladie n'apparaisse point comme l'exagération d'un état normal. Ce sont les timides, les réservés, les timorés, les doux, les indécis qui versent dans la mélancolie, de même que les sujets excités, expansifs, tumultueux de gestes et surabondants de paroles roulent allègrement vers les états maniaques.

La maladie déclarée, le médecin ne peut rien.

ÎÛ6 LES MALADIES DES GARÂCTÈREa

Sa visite soulage le psychaslhénique. Le mélanco* lique n'en a cure. Ce qu'il demande, c'est la paix ; ne rien voir, ne rien entendre, demeurer immobile dans le mutisme et laisser trafner un œil éteint sur la mort de ses désirs. Le médecin qui lui déplaira le moins sera celui qui, en sa préaencej se tiendra le plus calme et ne s'exprimera qu'en paroles rares, La sollicitude empressée de ses proches Texaspëre; à leur approche, il fronce les sourcils, la crispation de son masque se détendant avec leur départ.

Un médecin suisse s'est acquis une grande réputation dans le traitement des mélancoliques. Ils viennent à lui en cfict au bout de nombreuses semaines d'infructueux traitements quand le cours habituel de la maladie touche à son terme. On dit : « rhabile médecin i*. On devrait plutôt dire : riiabile homme, puisqu'il édifie sa gloire sur une prévision de circonstances qui se produiront fatalement.

TBOISIËME PARTIE

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