‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 42 sur 115 · CHAPITRE II LES CHASTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II LES CHASTES

La chasteté du corps a fait écrire bien des sottises ; inspirées par Fesprit de parti, nous ne nous attarderons pas à nous commettre avec les divers modes d'argumentation où elles s'expriment. A côté des polémistes, les femmes ont également pris la parole : « La chasteté de l'homme est impossible », déclarent-elles avec conviction. La politesse nous interdisant de les contredire, nous nous contenterons de faire observer qu'elles sont juge et partie dans la question et que l'attrait qui émane de leur personne, s'il ne devait éveiller chez l'homme qu'une admiration de tète, perdrait à leurs yeux certainement de son prix.

En fait, sur ce thème de la chasteté, il n'y a qu'une voix qui mérite d'être entendue : celle de la physiologie. Dans quelle mesure le renoncement aux fonctions sexuelles est-il possible et si ce sacrifice est susceptible d'influer sur la santé générale, — voilà le double problème qu'il importe de résoudre.

Dans ce domaine particulier , l'homme peut ce qu^il veut. Que sa volonté doive être robuste et que, pour triompher, elle évite les occasions de faiblesse — tentations, excitations, écarts de table — à cela aucun doute. La chasteté n'est accessible qu'à des natures d'élite qui, la foi religieuse aidant, terrassent victorieusement les révoltes des sens — pour y arriver Pascal se flagellait les chairs, — ou bien k des âmes pures par absence de tentation et à celles-là il serait trop généreux d'accorder quelque mérite.

Une hygiène spéciale favorise le triomphe de la

volonté : hygiî^ne intellectuelle, par le choix des lectures et des relations ; hygifene morale, par la hauteur de Fidéal en vue; hygiène physique^ par la modération du régime alimentaire, Tabstinence des boissons alcooliques, et la vie rude en général. Certaines pratiques — les pratiques religieuses du prêtre — aident singulièrement au résultat, plus aisé à atteindre, disait jadis Ferdinand Fabre, l'auteur de Vabbé Tigrane et séminariste dans sa jeunesse, que ne se figurent volontiers les profanes dont les pensées et le règlement de vie n'ont pas été orientés, dès l'enfance, vers la direction sacerdotale»

La chasteté est donc possible; son observance est-elle capable de nuire? Ce second points bien

LES GHàSTES m

que soulevant des difficultés réelles, ne les révUe point insurmontables. Il existe une corrélation physiologique entre le fonctionnement de tous nos organes et en particulier entre l'activité sexuelle et celle de certaines glandes à sécrétion interne (thyroïde, parathyroïdes et probabJement surrénales), dont un des rôles au moins est de détruire les déchets des mutations organiques. Les glandes sexuelles cessant de fonctionner, leur paresse aurait- elle pouvoir d'entraîner T inertie des autres glandes et cette inertie serait-elle responsable de certains désordres de santé liés à Tauto-intoxication : dépression nerveuse, obésité, néphrite interstitielle, etc., plus souvent, ce semble , constatés chez les prêtres?

Si nous pénétrons ici dans un domaine obscur, un peu d'attention ouvrira toutefois jour k la filtra- ^ lion de rayons conducteurs»

Tout d' abord j le feu de la jeunesse n'a que faire, pour allumer les sécrétions internes, do Tétincelle des fonctions sexuelles. Les glandes fonctionnent avec véhémence dans la vingtième année et TexcU lation de Tune n'est nullement nécessaire à Téveil des autres. En sorte que la chasteté, si elle apparaît difficile à maîtriser, ne versera pas^ à coup sûr, dans le péril d'une complication morbide quelconque.

A partir de la trentaine, la fougue tendant à

iii LES MALADIES DES GARACTËREB

s'éteindre, la sagesse commande^ k qui prétend demeurer chaste, de s'imprégner de ceriaines notions physiologiques générales. Le but à atteindre exige l'excitation directe des glandes à sécrétion interne, sans que celle-ci soit sollicitée par l'activité des glandes sexuelles.

Une vie active, coupée de détentes, de voyages, de distractions intellectuelles, semble la condition la plus salutaire. L'existence sédentaire du prêtre, en général, n'est point bonne, d'autant que la sobriété monotone et permanente de régime à laquelle Tastreint la maîtrise indispensable de sa volonté, amène déjà par elle-même un certain alanguLSsement de la nutrition. La vie est faite d'exci-* tations; la santé résulte d'un heureux équilibre entre elles. Seulement, les excitations s'émoussant avec l'habitude, combien nécessaire leurrenouveU Icment, les modiGcations à leur rythme journalier, leur exaltation opérée par le changement. Ce ne sont là qu'aperçus rapides dont le développement nécessiterait de longues pages. 11 nous suffit d'indiquer les lignes directrices ; elles éclairent, ce semble, de lueurs curieuses les avenues d'un problème, que l'ironie ou le défaut d'attention des informateurs avait obscurcies à la légère ou négligées superben^ent*

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