‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 45 sur 115 · CHAPITRE IV LES MAIGRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV LES MAIGRES

Jamais maigre n'imprima mieux que Calvin les marques du tempérament au tour de ses idées. Il faut voir son portrait tel que nous le livre une des premières éditions de l'Institution chrétienne (Genève, 1569). Un bonnet plat, lacé par-dessous le menton, coiffe une tête anguleuse qu'allonge une barbiche de chèvre; le masque, éclaire d'un œil morne, se rejoint par un cou décharné à un tronc où se devinent les os saillants sous la houppelande feutrée d'un épais col de fourrure. La pensée intérieure, inquiète et hargneuse, serre contre le tronc les deux coudes, rétractés et terminés par des mains au geste avare, Tune appuyée sur un livre, Tautre légèrement surélevée dans Tex tension de l'index. Quelle différence avec Luther, gras, rose, réjoui, et s'étalant de face dans la rotondité de ses chairs ! Les portraits de Calvin le montrent toujours de profil. C'est sec et coupant; chez Luther, copieux et confortable. La grivoiserie

n'est pas loin dans une si riche luxuriance de santé. Les Propos de Table se comprennent et leurs développements libidineux, tandis que la figure de Calvin nous initie à la sécheresse et à l'aridité de sa doctrine de la Grâce et à ses affirmations sur la prédestination des damnés.

Quelle fut au juste la santé de Calvin? Dyspeptique à coup sûr et ayant fort à lutter contre la paresse de son intestin. Parlez-moi au contraire de Luther. Il ne devait pas avoir besoin de pilules, celui-là. Le bon équilibre de ses fonctions s'affirme dans r incarnat reluisant de ses joues. La dyspepsie el les inconvénients qui s'ensuivent sont en effet à la fois une cause d'amaigrissement extrême et d'irrilation permanente. La misanthropie de la quarantaine s'éveille surtout chez les sujets dont restomac depuis quelques années a épuisé sa puis* fiance de cohtractilité. Ajoutons que le trouble des fonctions digestives n'est lui-même, en général, que secondaire; il fait suite à une série d'excitations d'origine émotive, lesquelles retentissent sur la musculature et les sécrétions gastriques. Seulement le courant qu'elles entraînent ne se fixe pas dans le lit des fonctions digestives. Il se porte encore ailleurs et modifie probablement le mécanisme des sécrétions internes ; d'oîi cet amaigrissement rapide qui s'explique insuffisamment par la mauvaise opération stomacale et rappelle celui^ des 'sujets

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