‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 49 sur 115 · LES SOBRES · texte numérisé non relu

LES SOBRES

est celui qui consomme peu, aliments ou boissons» en dépit d'une santé parfaite. Seulement, s'il se porte bien, ses goûts de modération, au lieu de répondre à une tendance naturelle, peuvent fort bien avoir été inspirés par un sentiment surajouté. Comptez les sobres par vanité, par ambition, par hâte fébrile de courir à leurs desseins, comptez les sobres par amour, ceux qui dédaignent la vile matière et rêvent de pure flamme.

Dans l'antiquité, le médecin Erasistrkte fut mandé auprès du prince Antiochus qui refusait le boire et le manger. « Vous êtes' amoureux de votre belle-mère » déclara le clinicien. Et c'était vrai. Tellement que Seleucus Nicator, le mari, ému d'une tendresse aussi rare, s'empressa d'y faire droit, en abandonnant sa femme au fils qui se consumait d'amour. L'histoire ne nous renseigne pas au delà et nous ignorons tout du régime d' Antiochus une fois que brilla dans sa vie le rayon enchanteur dégagé par la séduction d'une bellemère.

Telle jeune fille refusera de se nourrir par crainte d'embonpoint. Il lui sera représenté qu'une maigreur flasque est la plus pitoyable des enveloppes. Te^e autre invoquera l'impossibilité absolue de digérer (anorexie mentale) ; une déformation

psychique règne à la racine de cette conviction, et le séjour dans une maison de santé peut devenir nécessaire pour rompre l'entêtement de l'inanition. Les sobres non plus volontaires, mais par nécessité, appartiennent au groupe des malades ordinaires et c'est la cause même du trouble physique en jeu qu'il conviendra de réduire.

Quel que soit le vice d'origine, il est une formule diététique qui court chance de réussir dans l'universalité des cas. Exercé à des réplétions modestes, l'estomac du sobre supportera mal les distensions exagérées. Peu de boissons ou plutôt les boissons en dehors des repas, ces derniers étant ordonnés fréquemment, toutes les (deux ou trois heures et composés d'un seul plat. Un dyspeptique glouton ne pouvant être traité de la même manière qu'un dyspeptique sobre, l'habitude antérieure du sujet réglera ici encore la disposition du régime.

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