‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 51 sur 115 · LES OBÈSES · texte numérisé non relu

LES OBÈSES

de son impuissance et Tobëse qui répugne à Taction accueille le scepticisme avec la sympathie qui se dégage de Tankylose de ses jambes. Au lieu d'un obèse sensitif, Renan eût été un maigre, les Ori^ gines du Christianisme n'eussent pas été écrites. Les sensitifs actifs n'ont point le temps de couper un fil en quatre. A la racine de leur besoin de mouvements et d'espace, ils ont disposé des for^ mules synthétiques résistantes et cohérentes dont ils se gardent de disjoindre les éléments fondamentaux. Ce sont des patriotes, des militaires, des croyants. Us vont de l'avant, parce qu'il faut avancer et refusent d'entendre les raisons qui risqueraient de ralentir leur marche. La santé d'une nation est attachée à l'énergie de leur volonté.

Les sensitifs obèses, du fait de la difformité de leur nature, ne pourront s'évader de leurs fonctions de rats de bibliothèque et, pleins d'indulgence, sans doute, car la sévérité implique souvent l'activité dans la sanction, grignoteront, sans souci des résultats, les parchemins héréditaires où est promulgué l'exposé des grands problèmes.

Le traitement varie suivant la cause. Il est fort aisé de faire maigrir les uns et les autres, mais pour les obèses sensitifs, il convient d'y regarder à deux fois. Faute de quoi, les substances toxiques

[lisser » pro-

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emprisonnées dans la graisse pourraient se glii hors de leur geôle et, rentrant dans le sang, produire des désordres divers, sur lesquels nous avons attiré rattention\ Renan, toute sa vie, est resté gras : de là Taménité de son humeur, les poisons qu'il Qxait dans la graisse étant emp&chés de porter leur action irritante par ailleurs et sur la charpente délicate de ses éléments nerveux.

■ Ch. FîQ^sfnger. Les tLceîd^Dti pûâsibles des cures d'atnaîgrîgBcmeni cbeï les cardiaques. Académie de Médecine > fi octobre

CflAPITRE V!U LES LAIDS'

Dans les pages curieuses et fines, que M. Emile Tardieu consacre à la philosophie de la laideur, il est un trait de caractère qui ressort et assigne, aux sujets affligés d'un défaut esthétique, un relief tout particulier d'humeur et de pensée. Avant tout, le laid est content de sa personne. Si des réserves réduisent la valeur de sa beauté physique, bien vite, il trouvera des compensations dans Tidée qu'il se forme de sa valeur intellectuelle et morale ; son dédain enveloppe le commun des mortels et la beauté, s'ils en ont, ne sert que de cadre à rinaï- ^ifiance mentale, dont ils doivent être forcément afOigés. C'est ainsi qu'en jugeront vis-à-vis de leurs semblables mieux partagés les hommes vraiment laids. Ces derniers ne s'estiment pas seulement supérieurs par l'esprit; quand ils écrivent et qu'ils content Thistoire, ils ne considéreront pas

' Ewtx Taudiiv. Psychologie dû la laideur. Revue Bleue, 30 mai

aiBément la laideur comme un attribut négligeable dans la fortune de leurs héros.

Parlant de l'apostolat de saint Paul : « Un laid petit Juif Ta emporté », déclare Renan. Lui-même, le grand critique, de quel regard nouveau eût-il enveloppé le spectacle du monde si sa conformation physique se fût montrée difiérente. Son obésité Finclinaitau scepticisme, nous l'avons dit tout à l'heure, car une enveloppe trop pesante répugne aux formules affirmatives qui incitent à Faction. Mais la laideur de Renan, quel rôle a-t-elle joué î II faudrait fouiller son œuvre, y démêler la sympathie dont il caresse les êtres mal venus ou difformes^ dépister les notations qui enregistrent les défectuosités physiques de ses personnages.

Au moins^ si ses atomes s'accrochaient avec dilection aux hommes dont les contours étaient taillés aussi lourdement que les siens, Renan a-t-il échappé à un autre travers dont sont coutumiers les êtres mal partagés physiquement. En cela différent de Sainte-Beuve, tout aussi laid que lui, Renan ne se piquait point de succès féminins. Toute sa vie, Sainte-Beuve regrettait de ne pas être né capitaine de dragons. Les bonnes fortunes dont il se targuait dans l'intimité n'eussent point prêté au sourire, et lui-même, au lieu de répandre dans ses portraits féminins les parfums nuancés de sa plume^ eût peut-être de ci de là pu se glorifier d'une conquête

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moins exclusivement littéraire, si une fée moins ingrate se fût dès rorigine penchée sur son berceau. De cela toutefois, nul n*a droit de se porter garant. Quand un homme a Toeil vif, Tesprit alerte et possède en plus la célébrité de Sainte-Beuve, s'il est repoussé des femmes, ce n*est point sa laideur qui lui vaut ces défaites. ïl y a autre chose. Une femme d'esprit mé disait un jour : « Sainte-Beuve devait être malpropre ». Et cela est possible . La saleté d'Un autre critique, Gustave Planche, était proverbiale. Non point qu'il négligeât les soins de son corps; mais dans son bain quotidien, continuant ses lectures, il était peut-être parvenu à la fin de sa carrière sans Jamais avoir pris une fois la peine de se savonner les mains. De Renan, il y a certain portrait où le peintre Bonnat, interprète fidèle do la réalité, avait eu soin de maintenir la bande de deuil qui bordait largement le pourtour des ongles ^ L'union de la laideur et de la malpropreté physique apparaît comme une sorte de lien harmonique dont l'accord est bien fait pour refroidir de la part des femmes l'ardeur des velléités amoureuses. « L'âme du laid, abreuvée

* n paratt que le portrait de Bonnat avait été inspiré par une inaliee du peintre et ne correspond pas à la réalité* Renan avait les ongles très soignés. N'a-t-il du reste pas écrit : « Je tiendrai à la propreté dans ma chambre et sur moi-même, faisant tous mes arrangements le soir et le matin ». Ernbst Rbnan. Fragments intimes, Galmann-Lévy, p. 269.

d'amertume, n'est point belle à la fin », déclare justement M. E. Tardieu; mai^ le corps du laid^ comment se comporte-t-il ? Quel est le chiffre de bains que prenaient Sainte-Beuve et Renan? Jusqu'à quel point Thorreur de l'eau faisait-elle partie de la mentalité de ces grands travailleurs ?

La laideur chez la femme est souvent corrigée par la grâce. La souplesse des mouvements ferme les yeux sur l'imperfection des traits. M. E. Tardieu rappelle le portrait de M. Guibert sur M'^* de Lespinasse : « Elle n'était rien moins que belle, assure ce dernier, mais sa laideur n'avait rien de repoussant au premier coup d'œil ; au second, on s'y accoutumait; et dès qu'elle parlait, on l'avait oubliée ». Si l'homme laid est souvent entraîné d'un sentiment très vif vers la femme, la femme laide a souvent la complexion des grandes amoureuses. M""" de Lespinasse en est un exemple et combien d'autres avec elle ! Que, parfois, il se produise une idéalisation du mouvement passionnel ; que l'amour profane se transforme en amour divin, cela est possible, encore que rare. Les supérieures de congrégations ont l'œil très averti et quand une postulante est laide, elles y regardent à deux fois avant de Taccepter. « Des femmes se sont rencontrées, nous dit M. Tardieu, qui ont désespéré de leur visage et d'être aimées et se sont données à Dieu qui voit les âmes. » Sans doute, mais ces

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