LES AGACÉS
Rien n*est bien, Fentourage^ les soins, le médecin. Il est tel de ces malades qui fera mourir de cha^in tous les siens avant de s'empoisonner lui-même avec la surabondance de fiel qu'il sécrète. Phénomène bizarre, la sensibilité, étouffée à Tordinairc, est susceptible, lors des secousses émotives^ de jaillir en ondes d*attendrissement imprévues et soudaines. Jamais homme ne fut pleuré comme Socrate par Xanthippe. Si, dans son œuvre, clic fut aidée par la ciguë, son chagrin n'en fut pas moins sincère. La présence de Socrate assurait le maintien de son équilibre. Lui parti, les poches de bile ne trouvaient plus issue. Pauvre femme, les abcès distendus par le fiel lui coupaient le soufQe. Elle fut bien à plaindre.
Dans les affections chroniques, Tagacé fait le malheur des siens; combien de temps se prolongera la misère de son commerce, l'évaluation manque de certitude. La faculté de résistance du sujet est fort inégale. Un dyspeptique se tirera d'affaire, un hépatique, un rénal risquent davantage. La gravité du mal dépend de la nature de l'intoxî* cation qui a produit la fatigue.
Si l'agacé meurt, une épitaphe louangeuse et noble ornera sa tombe : « Le modèle des époux, la compagne adorable », que sais-je encore? Nulle formule ne paraîtra trop riche pour évaluer Téten*
I5é LES HALâDIëS des GARÀCTÈEEB
due de la perte. Ceux qui restent ont bien droit ie compenser le peu de regret que laisse le disparu dans leur ccbuf, par T accent d'emphase dont ils rehausseront son inscription funéraire. Et puis son départ rompt toute une suite d'iiabiludes, d'acquiescements dociles, de silences imposés dont l'entourage avait pris le pli. Le mort accaparait toute la famille à son chevet et lui imposait le despotisme de ses volontés. De tels tyrans laissant après eux un grand vide, les épitaphes qui le déplorent répondent souvent à la vérité d'un regret très sincèrement ressenti.