‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 73 sur 115 · CHAPITRE IX LES VANITEUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX LES VANITEUX

La vanité prétend transporter dans l'esprit d'autruî rimage flatteuse que l'intéressé s'est formé de sa personne. On est fort content de soi. Gardée jalousement avec le dédain de l'opinion, cette satisfaction s'appelle de l'orgueil. Eparpillée et bourdonnante de manière à piquer l'attention, elle devient de la vanité.

L'orgueilleux ferme sa porte aux intrus ; le vaniteux l'ouvre ; pour lui pas de familiarité odieuse du moment qu'elle lui fournit matière à gonflement et à parade. Faire la roue, le but de la vie est ramassé autour de cette volupté suprême dont l'attrait ne cède pas, même devant les angoisses de la dernière heure. Proche de sa fin, aux premières annonces de l'agonie, le vaniteux ne désarme pas. Il trouve à peine ses mots, ne rassemble plus ses idées, articule des phrases sans suite, sa passion veille dans sa lucidité première. Il se remémorera les titres des personnes qui lui rendent visite :

« Monsieur X., dites-vous, est chevalier de la Légion d'honneur. » — « Non il est officier», corrige le mourant. Et il ajoute, les lèvres éclairées d'un faible sourire : « Il a été nommé officier à la promotion où j'ai eu la cravate de commandeur ». Un autre, professeur, fera venir un de ses élèves et, la parole déjà pâteuse, lui intimera l'ordre de prendre la plume et d'écrire sous sa dictée la leçon d'ouverture de son prochain cours : ce Messieurs, balbutiera-t-il, je vous remercie de l'empressement, » puis les mots se brouillent, les yeux se voilent; dans un sursaut d'énergie, il reprend : « de l'empressement que vous avez mis à remplir cet amphithéâtre ». Cette fois, c'en est trop, la tête se renverse sur l'oreiller, les dernières lueurs s'éteignent^ la vanité s'enfonce déUnitivement dans la nuit qui descend.

Les maladies des vaniteux offrent ce caractère de ne pouvoir être traitées que par des médecins officiels, empanachés de titres. Un praticien vulgaire, si averti soit-il, ne compte pas. Il faut le grand jeu et toute la Faculté. Plus le piédestal sera officiel, plus la médication qui le surmontera aura chance d'efficacité.

A parler à ces doctes personnages, le vaniteux prend un ton grave, l'ironie meurt sur ses lèvres. Il ne discute pas, il admire.

Seulement le respect n*étouffe pas en lui la haute

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