LES VANITEUX
estime qu'il nourrit de sa personne. A un organisme aussi exceptionnel ne conviennent pas les remèdes qui réussissent chez le vulgaire. Si décoré soit-il, au médecin de ne point perdre de vue cette prétention. Seuls, auront chance d'un bon accueil, les pilules à noms exotiques, les breuvages américains^ les tisanes aux simples des Pampas. Les cures à l'étranger jouiront d'une faveur spéciale. Les noms de certaines villes sonnant d'une façon particulièrement attrayante à Toreille, recevront les amateurs de sanatorium aux régimes exclusifs et savants. Le poids et la nature des aliments dosés^ calculés, triés d'après les renseignements fournis par les analyses du laboratoire, voilà la vraie science et seule digne de ce nom. Michel Provins n'exagérait pas quand il parle du Sanatorium édifié sur les rapports entre l'absorption et l'élimination des principes phosphores. « Le haricot, tu le sais, confie le docteur de l'établissement à un ami, est une fève extrêmement riche en phosphore ; d'autre part l'acte d'amour est de tous nos actes celui qui consomme le plus dudit phosphore. » Il ne s'agit plus que de doser, à Taide d'analyses. Apprenant s'il y a pénurie ou pléthore, elles régleront d'une façon scientifique la conduite conjugale dans l'alcôve.
Les premiers clients de ces maisons extraordinaires sont des vaniteux. La foule des snobs fait
suite. Le triomphe ne se fût pas imposé avec cet éclat, si les médecins eussent plus finement démêlé la nature du malade auquel ils avaient affaire. Pour garder sa confiance et le retenir chez lui, il n'y avait qu'à contenter son faible. Des remèdes extraordinaires appuyés d'analyses lumineuses qui éclairent la composition du régime quotidien, il y a des malades qui aiment ça. Que ne faisons-nous droit à leur caprice?