CHAPITRE XI LES HABLEURS
Les hâbleurs sont des bavards qui se vantent. Tartarin est de leur race, ce brave Tarlarin qui regardait le lion, le fameux lion de la ménagerie, fusil à la main, bien en face, dans le blanc des yeux, comme vous et moi. Tartarin était un hâbleur de Théroïsme. Des types dîffërenls ne manquent pas. Chacun a croisé les hâbleurs du mérite, de la supériorité, de la fortune, des rela^ tiens. Ce dernier travers, hâblerie des relations» appartient aisément à la gent féminine. Qui n'a fréquenté la maîtresse de maison qui connatt tout le monde, sur chaque nom en vedette appuie le piquant d'une anecdote, déclare : <c Attendez un peu, la marquise de X..., mais oui, je me souviens très bien. Nous étions au mieux du temps où etle recevait le capitaine ». Associer la hâblerie h la médi^ sance, délectation de reine pour les femmes encore jeunes. Quand elles ont passé Tâge, la médisance rentre ses ongles, la hâblerie prend de la dignité.
IIHJ tEB BiàLADieS DliS GA.RACTERES
Elle s'étend aux événemeats conLemporainB, discute la politique, envahit la diplomatie, tranche les problèmes internationaux, et Lorsqu'à Rome, j'ai quittiS le cardinal Mcrry del Val, assure une dame au front dominateur et aux cheveux d'un noir invraisemblable, le train de Paris avait quelques heures de retard. Je me précipitai an ministfcre. Quel contre-temps! Ma mission manquait son but : « Ma chère amie, gémit Briand, je « suis désolé. La séparation de l'Ëglise et de TËtat <c a été votée au moment oii votre train entrait en «r gare, 3)
Il appartenait à notre époque de réaliser la fortune d'une forme de hâblerie qui avait échappé à la vanité de nos pères : celle qui, prenant le contrepied des évaluations morales adoptées, attachait un panache de parade à rexaltation de sentiments très bas. C'est ainsi que la sécheresse devint delà fermeté, la lâcheté du courage, la servilité de la discipline, Tabsence de cœur un affranchissement de Tesprit, On a vu cela. Pour prendre rang parmi lea esprits avancés, il n'y avait qu'à souscrire aux affirmât ion j du bréviaire politicien. Applaudie dans l'atmosphère surchauffée des réunions électorales, Fautorité du prestige s'évanouissait tout de même dans rintimité du tôte^^-tête. Chez lui, le hâbleur se taisait, agacé du peu d© crédit qui accueillait
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ses discours. A quoi bon exposer les grands principes devant des gens qui ne comprennent pas? Malade, c'est encore pis; les dernières velléités d'éloquence se dissipent devant la préoccupation de la conservation personnelle. Tout au plus, plastronnant encore, prononcera-t-il : « Des troubles si extraordinaires ne s'abattent que sur moi >j, la supériorité de son mérite le condamnant à l'exception dans la forme de souffrance.
Si les hâbleurs en tant qu'individus attirent peu la sympathie, les nations affligées de ce défaut font le vide autour d'elles. Voyez l'Allemagne. Ou est la supériorité proclamée par ses pédants? Supériorité intellectuelle, morale, scientifique? L'intelligence est lourde,, la morale assujettie aux circonstances, la science s'enfonce dans des sillons préala^ blement ouverts.
Scientifiquement nous avons connu tour à tour la hâblerie de la tuberculine de Koch et du « 606 ^ d'Ehrlich. « Un Sedan scientifique, proclamait l'empereur Guillaume émerveillé de la découverte de Koch. Sedan pour ses sujets en effet; car beaucoup succombèrent à la médication homicide en attendant que d'autres jonchassent de leurs cadavres le champ de la défaite militaire. Si la nation vaincue baisse de ton, ne nous fions pas aux formules de ses promesses doucereuses. La hâblerie nationale
in LES MALADIES DES CARACTÈRES
est un vice qui ne s'extirpe pas aisément. Aussitôt que les événements s'y prêteront, elle refleurira dans son éclat d'antan et les couleurs aveuglantes do la revêtir avec tapage.