‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 77 sur 115 · CHAPITAB XII LES AMBITIEUX · texte numérisé non relu

CHAPITAB XII LES AMBITIEUX

La meilleure définition de Tûmbition a été donnée par Napoléon I", dans ses conversations avec Rœderer ; «e L'ambition, conGatt l'empereurj m'est si naturelle, m'est tellement innée, elle est si bien attachée k mon existence, qu'elle est comme le sang qui coule dans mes veines ». Et il ajoutait, ce qui caractérise Tambitieux intelligent : « Elle ne va qu'avec les circonstances et l'ensemble de mes idées ^ ».

Autrement dit, rambition est un stimulant physiologique. Dans les esprits supérieurs, ce stimu^ lant dirige des associations d'idées agiles, au préalable, vers le but longuement assigné à l'avance. Si les idées sont courtes^ Tambition ne leur confère aucune puissance d'essor. Elles demeureront courtes, rebondissant vides, en actes sans envergure, sous le coup d'aiguillon qui les stimule.

* Saihïs-Bedva : Causeriea du lundi, 1&55, U VUI, p. 307.

C'est pourquoi les régimes démocratiques de discussions sont des régimes de médiocrité. La démocratie allume l'ambition sans exciter les intelligences. Elle alimente des fleuves de mots qui se perdent dans une mer de verbiage.

Gomme toutes les passions, l'ambition prend sa source dans les rameaux profonds du nerf grand sympathique. Elle grandit ou rabaisse, au hasard des claviers cérébraux sur lesquels elle dispose ses gammes. Une intelligence do marque en tirera des sonorités puissantes ; une intelligence eesoufflée ne livrera que des sons aigres et criards. L'amour, le sentiment religieux procèdent de mt^me. Ils exalteront les esprits élevés, enfonceront les autres un peu plus bas, dans les conditions de leur nature. L'égoïsme dominera davantage les amoureux à l'horizon mental rétréci; la sécheresse racornira plus profondément les âmes religieuses sans ressort de marque. Qu'une même doctrine puisse aboutir ici aux eflfusioris douloureuses d'un Pciscal, et là aux médisances des punaises de sacristie, une pareille diflférence établit, aux yeux les moLDS avertis, la valeur prédominante du terrain mental se veloutant, sous des ensemencements iil^n tiques, d'une verdure de sentiments essentiellement disparates.

Dételle sorte qu'on peut distinguer quatre sortes d'ambitieux n'ayant entre eux d'autre point de con-

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tact que le dém de se frayer la voie; mais un désir servi par des moyens d'exécution inégaux : les intelligents et les sots, les esprits élevés et les esprits bas.

Les premiers concertant avec habileté Içurs pré* visions; les seconds refoulés au premier essai et jaunissant, pour le restant de leur vie, dans la rage des déceptions rentrées ; les autres, les yeux fixés vers Tétoile qui conduit aux terres idéales et généreuses; les derniers animés par le seul souci de leurs intérêts particuliers.

La hauteur du but ne modifiant en rien la forme deB réactions morbides, le médecin n'aura nullement à se préoccuper du degré où siëgent les aspirations de son malade. La vulnérabilité du sympathique réglera la prudence dans les agressions médicamenteuses. Donner espoir toujours, car la spontanéité^ des guérisons est habituelle ; observer, se dire à part soi que remettre sur pied un ambitieux h Tâme basse n'est point forcément un service à rendre à son pays : c'est h cette attitude rassurée et résignée que se borne l'intervention des guérisseurs.

In democratia, quotidie novi suboritmtur,

déclarait jadis Hobbes. En démocratie, chaque jour de nouveaux candidats surgissent de dessous les autres et de plus bas. Tombant malades, ces gens

â0^ tm RALAÛIKï» bES CàHâCTÊHES

réalisent un type d'ambitieuz, le plus répandu de tous, où l'ivresse de la popularité allume la sordidité des sentiments ; de grands mois, les mouvements des instincts haineux et méchants, chacun connaît cette manière de duper le pauvre monde.

La faconde du langage implique l'activité des sécrétions internsB.

En voyant de tels malades guérir, le médecin ne se glorifiera pas d'une cure que, tout d'abord, la conatituiion du sujet menait naturellement à biea et qui chargera ensuite la société d'un poids affligéant dont elle se serait aisément passée. C'est le rôle du médecin de remettre sur pied, quelle que soit la valeur des unîLéa sur qui s'exerce son art. A la société de se débrouiller ensuite avec la qualité des recrues qu'il leur envoie. Elle se tirera d'affaire à condition d'accorder à rintelligence et à Tinstinct les places respectives qui leur reviennent.

Mais le auffirage universel s'est-il jamais occupé de l'intelligence? Les appétits le mènent, c'est àdire le sympathique, et cet instrument, les âniea basses sont toujours les plus entraînées à en manier les cordes avec fièvre et sans scrupules.

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