‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 78 sur 115 · CHAPITRE XIII LES APATHIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII LES APATHIQUES

Des deux classes d'apathiques, les malados ai les normaux, les premiers ne bougent pas ou parce que leur sensibilité est terrassée ou parce l^-r qu'elle est ramassée autour de Tobsession d'une idée fixe qui absorbe à son profit toute rénergie disponible. Nous ne nous occuperons que des apathiques normaux, de ceux dont rémotivité évoluant sur un terrain sain s'agite en dedans sans se trahir par une marque d'activité extérieure. Plus la corde émotive est tendue, plus l'immohililé s'affirme. Ces sujets ne bougent pas, s'ils parlent souvent. Ils se recueillent, méditent, exposent avec abondance ce qu'ils feront le lendemain. L'apathique est Fbomme des projets. Il n'en exécuLe aucun, mais son imagination le transporte sur la réalisation de ceux qu'il a le dessein d'accomplir. Un commencement de travail l'encourage, malheureusement dès le début, les difficultés s'accumulent. L'apathique les énumère avec corn-

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plaisance , heureux d'imputer à des obstacles insurmontables le désir qu'il caresse d'avance, de s'arrêter en cours de roulo. Pour excuser sa conduite les raisons ne lui manquent pas. Il en allonge de plausibles, d'excellentes, d'irréfragables. On fée ou te, on le suit, on est convaincu. Décidément, il n'y a pas moyen de se comporter autrement et si Tapalhique est incapable d'activité, ce n'est point la bonne volonté qui lui fait défaut, c'est l'impossibiliLé ou il est de l'utiliser avec fruit.

Ses muscles se complaisent dans le repos comme son cerveau dans un cercle uniforme d'idées. Une fois gïavée, l'image mentale ne s'efface pas. De là à la fois la fidélité dans les affections et la permanence des rancunes. L'apathique est boudeur, d'une bouderie tout intérieure qui demeure silencieuse et obstinément close. Il veut ce qu'il veut et bien. Les manœuvres actives répugnant à sa nature, pour atteindre ses fins, il a des procédés h lui, détournés, enveloppés, condensés longuement dans les manœuvres d'une préparation savante dont il ne confie le secret à personne.

Malade^ que le médecin ne se flatte pas de lui imposer un avis en désaccord avec une résolution qu'il a prise. L'apathique ne dira rien, mais n'en fera qu'à sa tête et si le médecin insiste, il en voudra au médecin. Ajoutons que son hostilité désarme aisément devant une prévenance habile

LES APATHIQUES fOS

OU une flatterie décernée à propos. La sensibilité de Tapathique, si elle se reploie quand onlachoquo^ a vite fait de rouvrir ses antennes à qui sait prendre le chemin de son cœur.

Le malaise est-il sans importance, gardonsnous d'insister sur sa valeur légère. Ne sourions jamais. Tout ce que ressent un pareil malade mérite considération et Tironie l'exaspère. Son amour-propre s'accroît de l'absence d'activité; une susceptibilité ombrageuse rôde autour des paroles de l'interlocuteur qui ne partage point Ta dmiration qu'un semblable sujet nourrit de sa personne. Le sensitif actif est bon enfant, léger, ne s'obstine pas» saute d'idées en idées, se moque des contradictions qu'elles comportent. Le sensitif apathique est soupçonneux, grave, impassible, logique et dédaigneux. Le premier est franc, décidé, rieur, le second, fût-il doué d'un caractère loyal^ réserve ses jugements, hésite, ne se prononce qu'avec des réticences, ignore les explosions. Les démonstrations affectives ne sont pas son fait, 11 nourrit Phorreur des caresses et s'enferme dans le dédain des démonstrations tendres.

La sensitive apathique découragera le meilleur des maris, sans même se douter de ce que sa froideur d'expansion répand autour d'elle de déception et de lassitude.

« Docteur, ma femme que j'adore se comporte comme un glaçon. » li s*agit de dégeler le glaçon. Le terrain est glissant et peu propice aux condition» d'une victoire* Au lieu d'implorer l'assistance ingrate des drogues, que le mari ne se réjouit-il de ses avantages î II peut dormir tranquille et douze heures de suite, si cela loi plaît. Chacun le félicitera de sa bonne mine et il n'aura pas à méditer sur la maxime de La Rochefoucauld : « Il ne peut y avoir de règle dans Tesprit ui dans le cœur d*une femme si le tempérament n'en est d'accord. » Le tempérament de sa femme sera d'accord, croyez-le, et cette garantie lui tiendra lieu de compensation.

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