CHAPITRE XX LES TIMIDES
Gomme tant d'autres, les timides abdiquent leur travers devanila maladie. Vis-à-vis d'elle, les réactions ne sont ni indécises ni embarrassées, La volonté du sujet n'intervenant pas, tout va le mieux du monde, La timidité étant une méfiance de soi doublée d'une représentation mentale vive des dit' Gcultés à surmonter, rétracte la personnalité du sujet sans toucher à sa vie végétative. C'est un malade comme un autre.
Alité, échappant de ce fait à Tanxiété des démarches à tenter et des visites à faire, le timide retrouve la maîtrise de sa sensibilité et son imagination cesse de Taffoler. Elle se tient calme ; si le cœur bat, ce n'est que de Qèvre, A peine si quelque émotion l'agite devant la manifestatioïi d'un désir à formuler. Le malade exprime-t-il l'envie d*une modiûcation au régime, d'une consultation avec un confrère, ce n^est pas lui, c'est sa femme qui se charge de la demande. A la question qui lui en est
posée, pour peu que le médecin plisse le front, le timide a vite fait de se dégager. Ce n*est pas lui, c'est sa femme la coupable. Elle seule avait réclamé, lui se tenait tranquille et satisfait.
Sous le choc d'une émotion vive, la timidité peut se transformer en audace^ cette audace des timides qui traduit un triomphe désespéré de l'énergie instinctive sur l'apeurement de la volonté. Les médecins assistent parfois à la représentation inattendue de ce bouleversement mental. Un homme commence son discours par un ton impérieux, puis sous l'étonnement de votre regard, tout à coup le fil des idées lui échappe, il balbutie, s'excuse, reprend, n'y parvient pas et c'est à vous de Taider avec une grande douceur dans la voix, Los femmes mettent une hâto fébrile à se dévêtir et c'est une prodigalité excessive dans TécrouJernent des étolfes. Une grosse campagnarde, moustachue et majestueuse, vient un jour consulter un médecin de campagne, en compagnie de sa fille âgée d'une vingtaine d'années. La flUe était mince, délicate, très pure de lignes, la mère énorme et congestion* née. Toutes deux appelaient le médecin «c Monsieur le curé »» tant leur émotion était grande. Mandé brusquement à la porte, le confrère s'excusa pour une minute et pria en son absence les deux femme» de ae dévêtir. Quund il rentra quelques instants