LES TIMIDES Î
plus tard, tableau! La infere et la fille dans le costume d'Eve, alignées au port d'armes, atlen-' daient, les yeux fixes et les talons joints. « De grâce, un peu de linge », protesta le médecin interdit. Et elles remirent leur chemise.
L'audace du timide ne jaillit que de la vivacité où atteignent ses représentations mentales et de i'éclat qui les fait rayonner brusquemenL L'KésitaLion se noie dans cette lumière. Au lieu de ses habitudes d'effacement et de doute j le sujet s'élance dans un mouvement d'offensive dont il s'étonne le premier. Les timides amoureux, ambitieux, non plus que les timides pudibonds, à certaines heures ne connaissent plus d'obstacles. Toutes leurs angoisses tombent à leurs pieds, comme tout à Theure la chemise de nos campagnardes.
Si les maladies des timides n'offrent aucun caractère propre, leur attitude, vis-à-vis la mort, retrouve un cachet personnel, La mortj à leurs yeux, se change en un personnage vivant qu*ils redoutent comme ils feraient d'une visite grosse d'imprévu à laquelle ils ne sauraient se soustraire. Devant la terreur de celle vision, il n'est point de sentiment assez robuste pour faire contre-poids. Le sentiment religieux lui-même défaille. Des croyants sincères luttent en vain, se désolent, se reprochent comme
m lë:s maladies des cahactéres
une lâcheté l'épouvante qui les harcèle. Ils ont la foi, la foi ne les soutient pas. Ils prient avec ferveur, nulle flamme ne les échauffe* Toute la vie, ayant dirigé leur souci vers le dernier voyage, voici maintenant qu'une sueur glacée les inonde à ridée du départ prochain. Tout h la fin cependant, Tangoisse se tarit avec les forces qui s'écoulent. Un certain calme renaît; la visite du prêtre ramené la douceur dans la paix de Tâme; le timide ferme les yeux, apaisé par les consolations suprêmes, insensible à l'horreur du grand mystère.