‹ Les maladies des caractères: étude de physiologie moraleChapitre 92 sur 115 · CHAPITRE II LES PAYSANS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II LES PAYSANS

L'ouvrier a la vanité de son intelligence, la paysan celle de son bien. Le besoin d'éblouir se rattache uniquement chez lui à Tinstinct de posséder la terre. Son activité, son ambition, ses sentiments^ ses affections, tournent autour de ce pivot central qu'est la passion de son champ. La perte d'un des siens ne Témeut qu'autant qu'elle aUf^îiit les intérêts de son train de labour. Un paysan vient d'enterrer son fils, un garçon de doiue ans : « Il me remplaçait déjà un domestique d sanglolet-il en rentrant du cimetière.

Les paysans consultent le médecin, les jours du marché à la ville prochaine. Leur femme les accompagne, plus vive, débrouillarde ei te panier au bras. C'est le mari qui est malade; mais la femme ne lui laisse pas le temps de s'expliquer, elle sait mieux et c'est elle qui raconte. Docile, le paysan écoute, Tœil clignotant et les mains sur les

genouz. L'examen terminé, ia femme tire de son panier une douzaine d'œufa, générosité qui vaudra sans doute une réduction dans le prix des honoraires ; car les œufs sont déposés avant le règlement, rarement après.

La propreté du logis varie suivant les régions. Dans l'Est de la France les intérieurs sont bien tenus : à l'entrée la cuisine flamboie dans l'étincellemenl des cuivres^ mais c'est une cuisine de parade et pour visiteurs. La cuisine vraie, celle où sont les marmites occupe une autre pièce. Dans lo Centre, moins de propreté dans les chambres, mais plus de soins pour les bêtes. Aux pâturages, les bœufsj les vaches montrent un pelage net de souillure, exempt des écailles qui se plaquent sur les flancs dans le repos des étables.

Le médecin qui pénètre dans ces logis a fort à faire pour réussir, en matière de chirurgie, les interventions nécessaires. Heureusement la bonne nature veille, réparant de son mieux les fautes obligatoires en matière d'antisepsie. Que de plaies pansées avec des toiles d'araignée avant l'arrivée du médecin l S'il est un miracle, c'est la rareté des complications, à tel point qu'il n'est guère de praticiens de campagne qui, au cours de leur carrière, aient soigné plus d'une dizaine de cas de tétanos.

LES PAYSANS «tS

Les préjugés médicaux demeurent profondément enracinés, leur vie, en quelque sorte intermittente, ne se réveillant qu'à l'occasion de la maladie. Dans les intervalles de santé, rerieur légendaire se rendort et gagne à ces longs sommeils Tabri tutélaire qui la dérobe aux investigations et à la critique. C'est ainsi que blotti dans un village, le préjugé peut fort y demeurer confiné à jamais, sans dépasser les frontières des lmbita< tions. A Marchon, par exemple, près d'Oyonnax (Ain), il existe une maladie : la maladie des soies. Les indigènes sont seuls à la connaître et les pays voisins l'ignorent totalement.

Ce qu'est cette maladie, une aventure de ma jeunesse médicale me permet do l'apprendre au lecteur. Il y verra l'obstination de la mentalité paysanne, une fois que s'y est enfoncée une croyance. Un autre tableautin de la vie campagnarde, tracé d'après nature, complétera les traits de la pliysionomie morbide propre au paysan.

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