CHAPITRE ni LES DOMESTIQUES
Si les domestiques humbles, soumis, dévoués, fidèles, perpétuent peut-être encore de rares échantillona de leur espèce dans des contrées isolées et lointaines, partout ailleurs leur allure a épousé le pli de la mentalité régnante : haine contre les maîtres^ hypocrisiea méchanceté, paresse. L'apparition du syndicalisme a précipité la chute des qualités qui pour l'ordinaire ne siégeaient^ il est vrai, pas très haut. Appartenant en majeure partie à la race esclave dont les rejetons déparent les différents étages de la société, la classe des domestiques n'échappe à aucune des tares qui en marquent le caractère; humilité, insolence, arrogance, vanité, sécheresse, cruauté facile. Ces défauts, le groupemmt syndicaliste les a stimulés, piqués, lancés plus triomphants, sans que ce grossissement des vices ait été réduit par l'acquisition d'une qualité qui fasse contre-poids. Ce n'est point un mérite en effet de s'astreindre aux volontés d'un groupe-
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ment professionnel et d'en vénérer les décisions au point d'abdiquer tout esprit de critique personnel ; c'est descendre un peu plus bas et s'enfoncer davantage dans la servilité de sa nature, sans réaliser par ailleurs l'avantage du plus humble gain. De toutes les organisations syndicales JI n'en est pas une dont pâtissent aussi ingénument les adhérents. A force de défendre certains droits qui ne leur sonl d'aucun secours^ ils en oublient les devoirs de service qui les font vivre.
Sans doute, ils n'avaient nul besoin de l'aiguillon corporatif pour se transformer, une fois malades, en sujets fort désagréables. Le fond coutumier de leur nature, toujours mécontente, suffisait à revêtir une forme agressive, aussitôt que dans un lit d'hôpital, ils recevaient des soins et ne risquaient pas, du fait de leur humeur épineuse, d'être brutalement remerciés comme il leur advenait la veille, Ide leur place. La négligence des infirmières^ la visite trop rapide du médecin, la mauvaise qualité de la nourriture, toutes les possibilités de plaintes I hospitalières trouvent un accueil empressé auprès d'eux. Leurs récriminations véhémentes n'en ont I jamais trop dit. Rentrés chez eux, ils ne tariront I pas sur leurs griefs, disant à peine merci aux [ maîtres qui ont pris à leur charge les frais dlios- L pitalisation, estimant que toutes les bontés qu'on
m LES MALADIES DES CARACTÉEEIS
a eues pour eux appartiennent à un ordre de pro^ cédés qui leur est nécessairement dû.
Dans la maison de retraite de Chardon-Lagache, plus modeste, dan^ celle de Sainte-Périne, plus onéreuse^ les domestiques femmes^ qui, ayant réa-lise quelques économies, sy abritent, comptent bien comme les plus insupportables des pension^ nairas. Autour d'elles plane et se répand une atmosphère de commérages ^ de médisances, de propos d'office dont les relents pénètrent et rendent irrespirable Tair de toute réunion où des gens aimables ne s'occupent pas exclusivement des faits et gestes de leur prochain. Depuis quelques années lo nivellement des petites fortunes a groupé côte à côte, à Sainte-Périne, à la fois les domestiquea enrichiSi les concierges et aussi les officiers, les magistrats, lea fonctionnaires en retraite. Les anciennes femmes du monde, condamnées à ces promiscuités odieuses, s'isolent et se plaignent. Elles ne soupçonnaient pas que le principe d'égalité les poursuivrait jusque dans leur retraite de sa haine pour le sentiment du respect, la seule déférence que ce principe autorise étant concédée h la puissance de l'argent.
Pauvres réfugiés de la société, ayant souffert de la médiocrité matérielle, ils entrent à Sainte- Périne, avec l'allégement de penser que doréna-»
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vant au moînsj ils ne seront plus agacés par la présence de leurs domestiques. Dans la maison de retraite, les domestiques sont toujours là; au lieu de servir, ils traitent avec vous de pair à compagnon, La démocratie niveleuse a de ces cruautés dont elle ne s'aperçoit même pasj les agréments d'éducation, de milieu^ les délicatesses d*âme, les afflnements de rcsprit comptant à ses yeux comme des différences négligeables et ne justifiant au nom de leur supériorité, aucune mesure de faveur.