PERTES SANGUINES
Après avoir traité des troubles oculaires dans l'anémie essentielle, il est naturel de s'occuper de ceux qui surviennent dans l'anémie consécutive à des pertes sanguines.
D'après Arlt, parmi les pertes sanguines susceptibles d'occasionner des troubles de la vue, il faut placer en première ligne les métrorrhagies; d'après Fœrster, au contraire, ce seraient les gastrorrhagies qui influeraient le plus sur les fonctions visuelles. Il est incontestable que ces fonctions peuvent être troublées à la suite d'hémorrhagies d'organes divers; on en a observé même des exemples consécutivement à des hémorrhagies du dos du pied (Bock) et des organes génitourinaires.
A plusieurs reprises, Jacobson a noté la diminution de l'amplitude de V accommodation après des pertes sanguines. La fatigue qu'éprouvent parfois pendant la lecture les nouvelles accouchées est probablement le résultat de la perte de sang (1).
L'amaurose peut aussi se montrer à la suite d'hémorrhagies, et c'est une complication qui a une importance considérable. De Graefe, le premier, a eu le mérite de signaler le fait dans un cas de gastrorrhagie.
Il est très rare que l'amaurose apparaisse aussitôt après la perte de sang, et que le malade se réveille aveugle après une syncope. Le plus souvent l'affection ne fait son apparition que trois à six jours, et dans quelques cas peu nombreux, quinze à dix-huit jours après l'accident primitif. La marche de l'amaurose due à des hémorrhagies est très
(1) Vu le rôle important que joue le sang dans l'élimination des produits de l'échange, la diminution de la quantité du sang pourrait peut-être entraîner l'accumulation de produits toxiques dans l'organisme et causer des auto-intoxications. Il serait téméraire de se prononcer sur la question, de savoir si la parésie du muscle de l'accommodation serait due à cette cause.
rapide; il arrive que le malade accuse auparavant des anomalies visuelles. Quand l'amaurose n'est pas complète, on peut noter des lacunes très considérables dans le champ visuel, et le scolome offre cette particularité de n'être pas central mais de frapper la périphérie. On voit quelquefois le scotome s'étendre de plus en plus et atteindre le champ visuel tout entier; dans quelques cas une très petite partie de la périphérie de la rétine reste seule indemne.
Dans tous les casd'amaurose par perte sanguine la réaction des pupilles s'est trouvée abolie. On ne connaît qu'une seule exception à cetle règle et c'est Samelsohn qui l'a signalée.
Lorsqu'au début on examine l'œil à l'ophlhalmoscope, on observe l'ischémie des artères rétiniennes; les veines sont, au contraire, dilatées et la papille est légèrement proéminente. 11 est tout à fait exceptionnel que l'on ne constate qu'une légère décoloration de la papille. Dans quelques cas on observe la névrite optique, la papille est proéminente, son pourtour offre généralement un voile blanchâtre qui en rend les limites indécises, d'autant plus qu'il existe quelques liémorrhagies autour des vaisseaux. La névrite optique amène liés rapidemont une atrophie de la papille. Aussi, comme peu d'observateurs ont eu l'occasion d'examiner les malades à l'ophlhalmoscope au début de L'affection, s'explique-t-on qu'on l'ait décrite sous le nom d'atrophie du nerf optique par suite de pertes sanguines.
D'après Pries, sur 100 cas d'amaurose consécutive à des hémorrhagies, l'affection s'est terminée 50 fois par l'atrophie complète des nerfs optique?, 20 fois par la guérison totale et 30 fois par une simple amélioration on par arrêt de la maladie. On peut surtout espérer une amélioration dans les cas d'amblyopie avec conservation partielle du champ visuel.
Les hypothèses les plus diverses ont été ('mises pour expliquer la pathogénie de l'amaurose consécutive à des pertes sanguines. Jacobson a supposé que la névrite optique était causée par une affection cérébrale intercurrente (inflammation ou hémorrhagie de la base du crâne). (îessner observa un cas d'amaurose qui était survenue à la suite d'une métrorrhagie consécutive à l'accouchement; il existait en même temps une myélite ascendante aigué. Il en conclut que les pertes sanguines considérables entraînaienl une altération des parois vasculaires et que L'inflammation du nerf optique et de la moelle épinière était la conséquence de cette altération.
Après avoir soigneusement étudié les lésions anatomiques produites par une amaurose consécutive à des pertes sanguines, Ziegler a donné du processus une explication qui mérite l'attention. L'amaurose était survenue trois jours après l'hémorrhagie. L'examen ophtalmoscopique, pratiqué aussitôt, révéla l'existence d'une névrite optique très avancée. Le malade mourut et le microscope fit voir que les fibres du