ANEMIE PERNICIEUSE PROGRESSIVE
nerf optique et la couche des fibres optiques de la rétine avaient subi une dégénérescence graisseuse que Ziegler attribua à L'ischémie des artères rétiniennes. Cette explication concorde avec les résultats obtenus expérimentalement par Spronck. Ce savant ayant produit l'anémie de la moelle épinière en liant les artères qui s'y rendent, constata au bout de quelques jours un commencement de dégénérescence des fibres nerveuses et, en mémo temps, une prolifération du tissu interstitiel.
On conçoit que les troubles de la vue apparaissent tantôt d'une façon rapide, tantôt à une époque assez éloignée des perles sanguines. Le sang, en effet, se distribuant d'une manière inégale dans les diverses parties du corps, il en résulte que l'ischémie locale de la rétine arrive plus ou moins rapidement selon les cas.
On n'a pas encore noté avec assez de soin l'état de la pupille dans les observations concernant les cas dont nous nous occupons. Dans des expériences faites sur des animaux, Kussmaul et Tenner ont constaté que des pertes sanguines lentes et répétées amenaient un très léger resserrement de la pupille; des hémorrhagies foudroyantes, avec syncope et convulsions, produisent, au contraire, une mydriase très prononcée. Par suite, il est permis de penser que, dans les cas de pertes sanguines graves, l'amaurose est précédée de dilatation de la pupille, symptôme qui n'est que la conséquence de l'anémie des vaisseaux cérébraux.
Les moyens thérapeutiques essayés pour combattre l'amaurose consécutive à des pertes sanguines n'ont encore donné aucun résultat. Il va de soi qu'il faut tout d'abord éviter la répétition de l'hémorrhagie, et pour cela, on emploie les injections hypodermiques d'ergotine, etc. Lorsque l'amaurose a déjà fait son apparition, on doit essayer, comme je l'ai recommandé dans une publication antérieure, d'augmenter la quantité de sang dans la rétine en maintenant la tête basse et en enveloppant de temps en temps les extrémités avec la bande d'Esmarch. On pourrait aussi, comme l'a conseillé Ziemssen pour d'autres affections, avoir recours aux injections hypodermiques de sang défibriné. Employé dès le début de l'amaurose, ce dernier moyen serait peut-être susceptible d'empêcher l'atrophie optique. Si l'on ne redoute plus d'hémorrhagie, il est permis d'essayer les injections hypodermiques de strychnine et la galvanisation du nerf optique. On a tenté d'augmenter la quantité de sang dans les vaisseaux rétiniens en diminuant la pression intra-oculaire par l'iridectomie, ou la ponction de la chambre antérieure; mais jusqu'ici ces tentatives n'ont donné aucun résultat.