SCROFULE
A la suite des affections tuberculeuses de l'œil, nous plaçons celles qui sont dues à la. scrofule, les observations cliniques ayant mis depuis longtemps en évidence les rapports intimes qui existent entre les deux soi-disant dialhèses. Toutefois, ces rapports n'ont pas encore reçu une explication suffisante. Grancher admet que toute affection scrofuleuse est de nature tuberculeuses ; d'autres auteurs, au contraire, Bouchard et Villemin, par exemple, pensent que la dyscrasie scrofuleuse ne fait que préparer un terrain favorable au développement de la tuberculose. Ce qui est incontestable, c'est qu'un certain nombre d'affections regardées comme jadis de nature scrofuleuse ont été reconnues récemment pour être tuberculeuse; il nous suffira de rappeler qu'on a parfois rencontré le bacille de Koch dans le chalazion, bien que sa présence ne soit pas constante.
La scrofule se manifeste aux paupières par des inflammations analogues à celles que présente la peau de la face : impétigo et eczéma. Quelquefois les lésions du rebord palpébral ne sont que des manifestations locales d'affections qui occupent le reste du visage. Dans la blépharile ciliaire scrofuleuse. le mal atteint les follicules pileux euxmêmes racines des cils); ces organes suppurent et les cils tombent. Lorsque la guérison survient, on observe souvent que les cils sont groupés, par places, en houppes : par l'effet de la rétraction cicatricielle, plusieurs cils semblent sortir par un seul orifice.
La conjonctivite scrofideuse n'est que la propagation à la muqueuse oculaire de l'eczéma et de l'impétigo des tégumenls(Voir p. loi). Tant que dure l'affection cutanée, la conjonctivite n'est pas susceptible de guérison. La conjonctivite scrofuleuse produit un gonflement de la muqueuse comparable à celui que détermine un catarrbe chronique; on observe une sécrétion jaunâtre, purulente, quelquefois très abondante, mais jamais comparable, à ce point de vue, à la sécrétion produite par la conjonctivite blennorrbagique. 11 existe encore de l'injection péricornéenne et de la photopbobie. Dans la conjonctivite bulbaire, il n'est pas rare de rencontrer des pblyctènes.
La scrofule peut déterminer, dans la cornée, les diverses lésions suivantes : kératite ulcéreuse circonscrite, infiltration marginale, pblyctènes multiples, pannus scrofuleux, kératite fasciculaire et kératite interstitielle (parencbymateuse). Cette dernière affection n'entraîne pas de développement des vaisseaux.
La kératite ulcéreuse donne lieu à de petits foyers inflammatoires, situés en partie au niveau du rebord cornéo-sclérotical, en partie dans la cornée même; ils pénètrent seulement un peu au-dessous de la membrane de Bowman. Ces foyers de kératite ulcéreuse sont généralement causés par l'invasion de microbes pyogènes dans des phbjctènes. Après l'ouverture des petits foyers purulents, il reste des ulcérations peu profondes, qui ne tardent pas à se recouvrir d'épithélium régénéré et laissent des opacités punctiformes. Dans des cas rares, par suite de l'infection, l'ulcère s'accroît, devient plus profond et peut amener la perforation de la cornée et le prolapsus de l'iris; il guérit enfin, en laissant après lui un leucome adhérent. Étant encore étudiant, j'ai vu moi-même, à une époque où on ne connaissait pas encore le traitement antiseptique des affections de la cornée, plusieurs cas qui se terminèrent par le prolapsus de l'iris, et une fois même par la panophtalmie"suppurée. Dans la kératite ulcéreuse, c'est aussi l'infection qui est la cause de l'iritis, avec ou sans bypopyon, qui vient compliquer parfois la maladie.
Toutes les affections scrofuleuses de la cornée s'accompagnent de photopbobie et d'injection péricornéenne Lorsqu'il se développe des pblyctènes multiples ou de longue durée, on voit apparaître, au niveau du rebord cornéo-sclérotical. des vaisseaux qui pénètreut sous forme de faisceaux dans la cornée [kératite fasciculaire ; bande vasculaire d'Arlt). Si la nco-formation de vaisseaux dans la cornée se prolonge pendant un certain temps, on voit se produire une prolifération irrégulière d'épithélium cornéen ; du tissu conjonclif de nouvelle formation s'interpose, autour des vaisseaux, entre l'épithélium et le parenchyme de la cornée, dont la surface antérieure devient onduleuse par endroits.
Quand il existe simultanément plusieurs des affections des pau-
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pières, de la conjonctive ou de la cornée que nous venons de décrire, on ;i T « ophtalmie scrofuleuse » des anciens auteurs. On rencontre en même temps du gonflement des glandes lymphatiques, de l'épaississement de la lèvre supérieure, des croûtes situées au-dessous des narines et divers symptômes généraux de scrofule.
Nous avons parlé plus haut (voir page 260) des conséquences de la carie serofuleuse de L'orbite, du développement des fistules cutanées, des déformations des paupières par rétraction cicatricielle, de Pectropion et de la lagophtalmie avec leurs symptômes consécutifs fopacités de la cornée) ; nous n'y reviendrons pas.
Le traitement doit d'abord s'adresser à la maladie générale, et consister en huile de foie de morue, en iodures, en arsenicaux et en aliments fortifiants; il faut en outre soigner attentivement les affections concomitantes de la peau du nez et du visage.
On truite la blépharadénite scrofuleuse, avant que les ulcérations ne commencent à se cicatriser, par la pommade au précipité jaune au 60e. S'il existe des croûtes, on les enlève d'abord, et on cautérise les paupières avec la pierre infernale. La suppuration des follicules pileux des cils réclame un traitement antiseptique (vaseline boriquée, pommade à la résorcine à 3 p. 100). Quand les pustules commencent à guérir et qu'il apparaît des granulations, il faut cautériser celles-ci avec le nitrate d'argent.
Lorsqu'on se trouve en présence d'affections de la cornée, il faut avoir soin surtout que les phlyctènes ne soient pas infectées par des micro-organismes ; pour atteindre ce résultat, on a recours aux instillations de solutions boriquées. On combat avec succès l'injection péricornéenne et la photophobie par les collyres à l'atropine ou à la cocaïne. Ce n'est que lorsque l'injection vasculaire disparait qu'on peut commencer à faire usage de topiques irritants (calomel) pour favoriser la résorption des infiltrations. Enfin, quand il existe de la conjonctivite scroîuleuse, on peut employer des collyres astringents, qu'on porte dans le sac conjonctival, tout en soignant les affections concomitantes de la face.