‹ Les maladies des yeux dans leurs rapports avec la pathologie générale; (volume 2)Chapitre 199 sur 277 · LÈPRE · texte numérisé non relu

LÈPRE

A la suite de la lèpre, l'organe de la vue peut être atteint soit de déformation des paupières avec affections consécutives de la cornée, soit de lésions lépreuses siégeant dans l'œil lui-même.

Dis le début de la maladie, on observe des affections des paupières et des sourcils. Ceux-ci tombent et sont parfois suivis dans leur chute parles cils; les tumeurs lépreuses peuvent causer la madarose. L'ulcération de ces tumeurs amène à sa suite des déformations cicatricielles des paupières et l'eclropion. Si le processus envahit les couches pro-

fondes, l'orbiculaire des paupières peut être lui-même atteint, d'où résulte le lagophlalmos (impossibilité de fermer les paupières). Comme conséquence du lagophtalmos, on voit se produire une opacité homogène de la cornée, accompagnée d'injection vasculaire et de xérose de la conjonctive. Il est rare qu'on trouve en même temps une affection de l'iris, mais le traclus uvéal peut être atteint dans toute son étendue, et les lésions de ce tractus occasionnent la cataracte et même l'atrophie du globe oculaire; ces complications surviennent dans la lèpre à forme ulcéreuse.

Dans sa forme tuberculeuse la lèpre produit des tumeurs qui siègent dans la partie de la conjonctive que ne recouvrent pas les paupières, principalement tout près du rebord cornéo-sclérotical, d'abord du côté temporal, puis du côté nasal. De très bonne heure l'iris est atteint, et l'on rencontre soit des synéchies postérieures, soit de petites tumeurs qui sont indépendantes de celles de la conjonctive.

Les tumeurs lépreuses de la conjonctive consistent en épaississement d'un jaune lardacé ou d'un blanc jaunâtre avec un ton plus ou moins rose surajouté. Ces tumeurs sont généralement pianos; elles ont de la tendance à envahir les couches profondes. 11 est très difficile, étant donné leur peu de saillie, de les fixer avec une pince lorsqu'on veut les exciser. Elles sont parcourues par des vaisseaux qui forment un réseau extrêmement fin, et, sur leur pourtour, on voit la conjonctive traversée par des faisceaux de gros vaisseaux qui s'enfoncent dans la tumeur.

Dans la cornée, la lèpre peut déterminer des lésions de deux sortes. i° un pannus lépreux, c'est-à-dire une opacité qui se développe de la périphérie vers le centre et qui renferme des vaisseaux de nouvelle formation ; 2° des tubercules qui ont également leur point de départ dans le rebord cornéo-sclérotical. Ces derniers forment de petites saillies blanchâtres ou d'un rouge-jaunâtre, qui sont taillées à pic du côté où la cornée est saine, tandis que du côté tournée vers le rebord cornéo-sclérotical elles se confondent par une inclinaison insensible avec la membrane malade.

On voit aussi se développer parfois, du rebord cornéo-sclérotical vers le centre, une opacité qui occupe toute l'épaisseur de la cornée et qui contient un grand nombre de vaisseaux de nouvelle formation; l'épaississement pathologique présente l'aspect d'un staphylome de la cornée ou de la partie antérieure de l'œil, ainsi que l'ont observé Meyer et de Vicentiis. J'ai eu l'occasion de faire l'examen anatomopathologique du cas publié par Meyer, et j'ai constaté que la cornée, considérablement épaissie et opaque, n'offrait qu'une grande tumeur lépreuse.

Les tumeurs multiples de la cornée ont une certaine tendance à l'ulcération; elles peuvent, par suite, après un temps plus ou moins

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