LÈPRE
long, entraîner la perforation de la cornée et l'atrophie consécutive du globe oculaire. Si la prolifération lépreuse a gagné le bord de la chambre antérieure (cavité de Fontana), elle se propage en arrière en suivant le ligament pectine de l'iris et peut atteindre l'iris luimême, le corps ciliaire et la choroïde; ce n'est que dans des cas exceptionnels que de petits nodules lépreux prennent naissance dans l'iris sans avoir été précédés de tumeurs de la cornée et de la conjonctive. Ces nodules peuvent même apparaître avant aucun symptôme d'affection de la cornée, et ils simulent alors la tuberculose de l'iris (Hirschberg).
11 est extrêmement rare que l'affection lépreuse frappe surtout la région ciliaire et produise un épaississement du corps ciliaire, une ectasie et un amincissement de la sclérotique en déterminant tous les symptômes du slaphylome sclérotical antérieur (Vossius). Dans le cas observé par cet auteur, les altérations concomitantes de la cornée pouvaient faire croire à une infiltration scléreuse. Bloch s'est assurément trompé quand, après avoir examiné 41 cas de lèpre de l'œil, il a prétendu que l'affection débutait généralement par le corps ciliaire.
Les altérations causées dans le tractus uvéal par le processus lépreux rappellent celles qui sont dues à une autre cause : elles consistent en opacités, en ratatinement du corps vitré, en décollement de la rétine, en opacités du cristallin, en atrophie du globe oculaire. La névrite optique que j'ai constatée à l'examen anatomo-pathologique dans un cas observé par Meyer ne se rencontre probablement qu'au début de l'affection du tractus uvéal ; elle est un symptôme concomitant de l'irido-choroïdite.
On évalue à 66 ou 75 pour 100 le nombre des lépreux atteints d'affections oculaires. D'après Kaurin, 90 fois sur 100, l'affection est bilatérale, et, d'après Jatzow, près du tiers deslépreux (30 pour 10) deviennent complètement aveugles.
Dans la plupart des cas, la peau est atteinte par la lèpre de cinq à dix ans avant les yeux ; les paupières seules sont, avons-nous dit, affectées de très bonne heure. Le cas de Meyer où l'affection oculaire a précédé l'apparition de tous les autres symptômes, est tout à fait exceptionnel.
A l'examen histologique, les tumeurs lépreuses de l'œil se montrent constituées par des amas de leucocytes (Panas) ou par des granulations de forme particulière (Poncet). Dans le cas que j'ai examiné au point de vue anatomo-pathologique, la tumeur lépreuse avait tous les caractères d'un fibro-sarcome, et, sous ce rapport, elle ressemblait à certains tubercules du tractus uvéal qui ont été pris, au premier abord, pour des sarcomes. Beaucoup de cas douteux, décrits par divers auteurs comme des exemples de sarcomes de l'iris ou d'autres parties du tractus uvéal, ont été examinés, depuis ma publication, au
point de vue bactériologique, et Ton a reconnu qu'il s'agissait d'affections tuberculeuses (voir p. 335).
Dans la lèpre, les altérations des tissus sont produites par un bacille semblable à celui de la tuberculose ; il a été décrit par Arnauer Hansen, puis par Neisser. Ce bacille détruit les cils, la peau des paupières, et il attaque aussi, à une période très avancée, les fibres striées de l'orbiculaire des paupières; le tarse est, pendant longtemps, à l'abri de ses atteintes. Dans les parties affectées par la lèpre, on a trouvé des bacilles en nombre extrêmement considérable ; ils marchent de la périphérie vers le centre de la cornée ensuivant les fentes lymphatiques. Les membranes anbistes antérieure (ou de Bowraan) et postérieure (ou de Descemet) n'en ont jamais présenté. Une seule fois, dans le cas de Meyer, Cornil a rencontré les bacilles de la lèpre en dedans des cellules de l'épithélium antérieur de la cornée et aussi dans les interstices intercellulaires dudit épithélium. Après avoir pénétré jusqu'au rebord ciliaire, les bacilles envahissent la partie postérieure de l'œil. Poncet en a vu dans l'iris et dans les procès ciliaires. Dans la choroïde, plus on se rapproche du nerf optique et plus les bacilles deviennent rares. Poncet en trouva encore dans la chambre postérieure de l'œil, dans l'espace limité par les fibres zonulaires qui s'insèrent à la cristalloïde antérieure et à la cristalloïde posrieure (canal d'Hannover) ; mais jamais on n'en rencontra dans le cristallin. D'après les recherches de Bull et de Hansen, la rétine semble susceptible d'être envahie par le bacille. Les altérations rétiniennes que ces auteurs découvrirent à l'examen analomo-pathologique, étaient des foyers gris blanchâtres; l'ophthalmoscope, cependant, n'a jamais permis de constater des lésions de la rétine. Le cas de Meyer est également à noter, car il existait des altérations dans l'espace supra-choroïdien.
Dans les cas où l'organe de la vue n'est pas directement atteint par la lèpre, il peut survenir des troubles graves du côté du système nerveux, par exemple des accès épileptiformes, des paralysies, de l'aliénation mentale, et ces troubles entraînent des troubles circulatoires qui retentissent sur l'appareil de la vision. 11 se peut alors que l'affection cutanée ait peu d'importance. Teobaldi, en examinant àl'ophthalmoscope des malades de cette catégorie, a constaté des anomalies du fond de l'œil, qui, cependant, ne permettaient pas d'expliquer la nature de l'affection cérébrale. Sur 11 sujets atteints de dépression cérébrale (démence, hypocondrie), il observa l'anémie ou la décoloration de la papille optique; sur 18 autres offrant, au contraire, des symptômes d'exaltation, il nota l'hypérémie des vaisseaux rétiniens.
Carron de Villards a décrit une périostite de l'orbite qui serait due à la lèpre, mais aucun auteur récent ne l'a observée.
Le traitement des affections lépreuses de l'œil n'a pas encore donné
beaucoup de résultat. Quand il existe de la déformation des paupières, il faut empêcher le développement d'affections secondaires de la cornée; s'il est nécessaire, on doit combattre le lagophthalmos par la blépharoplastie. On peut essayer de détruire par le galvanocautère les tubercules lépreux superficiels de la cornée ou de la conjonctive. En dehors du changement de climat, on a conseillé aux lépreux de prendre à l'intérieur de l'huile de cbalmoogras (gynocardia odorata), et Vidal prétend avoir constaté que ce traitement fait diminuer le volume des tumeurs lépreuses de la peau. La dose est de 20 gouttes par jour au début, et on peut l'élever progressivement jusqu'à 150 gouttes. On ignore encore l'effet que peut avoir cette médication sur les manifestations oculaires de la lèpre.